Notes du passé: Début très difficile pour des négociations en 1883

Publié le par Alain GYRE

Début très difficile pour des négociations en 1883

02.07.2016 Notes du passé

Notes du passé: Début très difficile pour des négociations en 1883

Quand l’ambassade malgache, envoyée en Europe et en Amérique du Nord, terminant son voyage, est de retour à Paris vers la mi-juillet 1883, elle rencontre Jules Ferry qui vient de remplacer Duclerc à la présidence du Conseil. Jules Ferry refuse de poursuivre les négociations, arguant que le pouvoir de les mener à bien incombe désormais aux émissaires français envoyés à Madagascar. Il s’agit de Baudais et de l’amiral Galiber.

Le règlement du conflit franco-merina qui vient d’éclater, imposé par la France en juin de la même année, porte sur trois points. Le premier est que le gouvernement royal ne doit plus empiéter sur « le territoire national du Nord-ouest sous protectorat français ». Le deuxième porte sur la garantie que les Malgaches donnent aux ressortissants français, de posséder un terrain sur le territoire national. Et le troisième exige du gouvernement royal une indemnité de 200 000 farantsa (ariary).

Quand l’ambassade envoyée en mission à l’étranger arrive à Antananarivo en novembre 1883, les deux parties décident de reprendre les négociations à Toamasina. Le gouvernement malgache est représenté par le 15 hrs (honneurs) Rainandriamampandry, gouverneur de Toamasina, les 13 hrs Andriantasy, Rainizana­manga et Ramarosaona. La partie française comprend l’amiral Galiber et Baudais. Les négociations débutent en novembre 1883 pour se terminer en mai 1884. La première réunion sert surtout à faire connaissance et à présenter les lettres officielles qui accréditent les émissaires de chaque partie.

Lors de la deuxième séance, l’amiral Galiber demande d’emblée, aux représentants malgaches s’ils souhaitent qu’on leur remette deux prisonniers de guerre, mais Rainandriamampandry décline l’offre, préférant qu’on aborde immédiatement les discussions. Les deux représentants français imposent, comme base de discussions, les trois exigences de leur gouvernement émis en juin. Et tandis que la partie malgache tergiverse, Galiber lance un ultimatum : plus de discussion possible en dehors de leurs trois points. Pour les Français, il ne reste plus en fait qu’à rédiger le traité de paix.

Le chef de la délégation malgache insiste pourtant sur une décision du gouvernement royal qui est de discuter d’un accord autre que l’ultimatum. Les Français rejettent cette proposition.

On reprend donc les trois points. Concernant le protectorat français au nord du 16e parallèle du territoire malgache, qui va de Mahajanga à Antomboka, les Malgaches rétorquent :

« Radama Ier avait focalisé tous les efforts de son armée et de son peuple sur la côte Nord-ouest malgache, il y avait installé un gouverneur et des soldats, et avait établi un système de taxes douanières, tout cela depuis 1824. Sa successeur, Ranavalo­manjaka Ire, avait respecté cette décision et chassé les étrangers qui y pénétraient clandestinement. Et les souverains qui se sont depuis succédé, en avait hérité puisque les gouverneurs et les troupes dans la région de Mahajanga sont installés par le royaume merina. »

Les représentants français répliquent à leur tour « qu’il ne sert plus à rien de revenir sur le passé, que seuls les trois points de l’ultimatum comptent ». Baudais ne manque d’ailleurs pas de rappeler « la charte signée par Radama II en 1862 », qui stipule que « le roi de Madagascar accepte que la France reprenne le territoire qu’il possédait dans l’ile ». À quoi Rainandriamampandry riposte : « Cette propriété a déjà été abolie depuis que la reine Rasoherina, sa successeur, a payé l’indemnité de 240 000 farantsa. »

Prenant à son tour la parole, Baudais demande alors en quoi consiste la contreproposition malgache. Les Malgaches répondent qu’il faut trouver un autre moyen de sortir de la crise. Chaque partie reste ainsi sur sa position.

Toutefois, le 26 novembre, Rainandriamam­pandry envoie un message à Galiber et Baudais par lequel il présente les aménagements que le gouvernement compte apporter à l’ultimatum français : la location de terrain à un étranger sera libre et laissée à la discrétion du propriétaire et du locataire, mais la vente entre les deux reste formellement interdite ; le gouvernement malgache accepte de payer toute indemnité exigée par la France pour mettre fin à la polémique ; quant au protectorat que la France veut instaurer dans le Nord-ouest de l’ile, les émissaires malgaches mettent en exergue que Madagascar est « un pays indépendant, souverain, indivisible ». Toutefois, ils proposent le paiement d’une autre indemnité pour ne pas détériorer davantage la situation.

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