Notes du passé: Les « fantaisies » des femmes d’Andrianampoinimerina

Publié le par Alain GYRE

Les « fantaisies » des femmes d’Andrianampoinimerina

20.07.2016 Notes du passé

Notes du passé: Les « fantaisies » des femmes d’Andrianampoinimerina

Douze, nombre sacré, que seuls les souverains merina peuvent arborer. Douze collines aux douze Rova; douze femmes, tout au moins connues et jugées officielles. Andrianampoinimerina a bien utilisé ce chiffre. Quand on regarde une liste non exhaustive des épouses « importantes » du grand monarque (on en dénombre 18), on constate que la plupart se situent à un degré de parenté plus ou moins proche de son grand-père maternel, le roi d’Ambohi­manga Andriambelomasina, tandis que d’autres sont élevées au rang de femmes ou de simples concubines pour asseoir sa souveraineté sur les six territoires de l’Imerina.

Sa principale épouse, sa « vadibe » est Rabodonimerina. C’est sa cousine puisqu’elle est la fille de sa tante maternelle, Renibodonimerina qui est du reste sa « vady lova », l’épouse dont il a hérité. Rabodonimerina n’a pas d’enfant et elle adopte son neveu Rabodolahy que le roi a toujours considéré comme son fils et de ce fait, comme un successeur éventuel. Mais poussé par sa jalousie contre Laidama, sentiment attisé par sa mère adoptive, il se met en tête de le tuer ainsi que son père. Andrianampoi­nimerina se voit obligé de les mettre tous deux à mort, selon son principe de l’égalité de tous devant la loi. Rabodonimerina est « cachée » (ensevelie) à Namehana.

Concubine d’abord, répudiée puis reprise en tant qu’épouse en même temps que sa propre fille Rasamoma (d’un premier lit), Ramanantenasoa a presque le même sort. C’est la fille d’Andria­navalonjafy d’Alasora, allié du grand roi. C’est aussi l’une des cinq concubines qu’il utilise pour pacifier le Vakinisisaony et qu’il installe sur la colline de son père. Elle lui donnera deux enfants (quatre selon certains auteurs) dont Ramavolahy le barbu. Une fois qu’il atteint son objectif, Andrianampoinimerina libère de ses liens Ramanantenasoa qui convole en justes noces avec Andriamora, petit-fils de l’ancien roi d’Antananarivo, Andrianam­boatsimarofy.

Plus tard, le grand monarque décide de la reprendre, cette fois comme épouse, avec Rasamoma. Mais entre-temps furieux de la décision de son père de désigner comme successeur Laidama, Ramavolahy se révolte aussi et n’a de cesse que de tuer son cadet pour finalement s’attaquer à son père. Là encore, le roi le condamne à mort. En revanche, il épargne sa mère. Pourtant, celle-ci demande à quitter Alasora avec ses enfants et le monarque l’installe d’abord à Ambohimangakely puis à Kaloy où elle finit sa vie. Ce n’est que sous Radama II que ses cendres seront transférées à Alasora.

Une autre épouse royale qui a aussi fait des siennes, est Rambolamasoandro, mère de Laidama. Elle est également la fille de l’une de ses concubines, Ratomponimarovatana qui lui permet de pacifier le Marovatana: il la remercie quand il atteint son but pour prendre comme femme Rambolamasoandro. Celle-ci lui donne cinq enfants, mais cela ne l’empêche pas d’avoir un amant à qui elle rend souvent visite, secrètement s’entend.

Mais un jour, Laidama la surprend en train de disparaître furtivement. Il attache alors un poussin à un coq et les place dans un coin de la case royale d’Ambohi­manga. Évidemment, le poussin s’égosille à appeler sa mère et étonné de tant de vacarme, Andrianampoinimerina accourt. Voyant les deux volailles, il demande à son fils la raison d’une telle mascarade. Laidama répond: « Le poussin reste avec son père et sa mère lui manque. »Le roi comprend l’allusion et envoie ses gens suivre Rambolamasoandro prise en flagrant délit. Il a fallu de peu qu’elle ne se retrouve avec une condamnation à mort, tant la fureur et l’humiliation du souverain sont grandes. Il se contente cependant de la répudier. Rambolamasoandro ne tardera pas à se consoler avec un autre mari à Anosimanjaka.

Une autre épouse royale dont l’histoire est assez connue, est Rabodozafimanjaka, fille d’Andriantsira d’Alasora qu’il place à Mahazo quand il le vainc, tandis qu’il installe sa fille à Antsahadinta. Mais celle-ci implore le roi de placer son père près d’elle, ce qu’il fait en décrétant toutefois que les deux tiers des biens sont à elle. À la mort d’Andriantsira, Rabodozafimanjaka a des démêlés avec ses demi-frères qui estiment que le tiers des biens accordé à leur père leur revient. Ce qu’elle refuse. Ces différends aboutissent à des luttes intestines et le fief est de nouveau morcelé. Soupçonnée par son royal époux de manœuvres déloyales pour l’affaiblir, elle est soumise à l’épreuve du tanguin et n’en survit pas. Elle est d’abord inhumée dans un village voisin avant que ses restes ne soient transférés à Antahadinta, également sous Radama II. Mais certains conservateurs du site indiquent qu’ils sont toujours là où ils sont cachés.

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

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