Notes du passé: Les premiers jours d’Hastie à Tana en 1822

Publié le par Alain GYRE

Les premiers jours d’Hastie à Tana en 1822

23.07.2016 Notes du passé

Notes du passé: Les premiers jours d’Hastie à Tana en 1822

Durant son séjour à Madagascar en 1822, James Hastie a passé quatorze jours à Antananarivo, du 10 au 23 juin. Durant ce court laps de temps, l’agent britannique envoyé par le gouverneur de Maurice, Sir Robert Townsend Farquhar, peut s’occuper d’affaires aussi diverses qu’importantes, dont certaines, entre autres la colonie agricole de Foulpointe, marquent l’avenir de Madagascar. Et selon Jean Valette, en rapportant fidèlement dans son Journal, certaines conversations qu’il a avec Radama Ier, « il nous permet de mieux saisir la pensée du souverain ».

La première tâche d’Hastie, le 11 juin, est de verser au roi, le montant de l’Équivalent pour l’année « qui doit se terminer le 10 octobre 1822 ». Tout au moins ce qui doit être versé en espèces, soit « 1 200 piastres en or… et un montant égal en piastres d’Espagne », c’est-à-dire en argent (12 000 francs). Sans oublier les cadeaux personnels envoyés par Farquhar à Radama.

Hastie s’occupe aussi de régler le sort matériel des personnes qui l’accompagnent dans son voyage. Il trouve auprès du souverain, puis de ses conseillers, une aide efficace.

Le problème Jeffreys, « le plus facile » se règle dès le 12 juin, par l’octroi d’ « une nouvelle maison agréable au milieu d’un vaste enclos et… de deux serviteurs ». Les artisans, dont l’un, Brooks, devait mourir le 24 juin, sont l’objet de soins particuliers. Hastie veut, en effet, expliquer en détail à Radama quel sera leur rôle et par quels moyens ils pourraient le remplir. Le roi semble saisir assez vite ce qu’on attend de lui et il leur octroie « un terrain choisi dans une situation qui convient à leurs activités respectives» et en donnant « un serviteur à chacun des artisans, en échange de quoi chacun d’eux devra instruire deux jeunes gens ».

Hastie s’occupe également de leur logement, après le départ de Radama pour le Menabe, et il loue l’aide reçue des « personnes que le roi a investies de son autorité pendant son absence ». Si bien, écrit Hastie, que « les artisans peuvent désormais commencer leurs travaux ».

Quant aux deux naturalistes, dont les préoccupations sont quelque peu étrangères à Radama, ils se voient charger de s’occuper du jardin créé à Mahazo­arivo à la suite de la mission Lesage en 1817. Ils reçoivent aussi un terrain destiné, dans l’esprit de Radama, à « lui montrer un aperçu du système qu’ils souhaitaient utiliser pour la culture des produits indigènes et des plantes et graines introduites dans le pays ».

Par ailleurs, problème lié en quelque sorte à l’arrivée dans la capitale des artisans-missionnaires et, sur un plan moindre, de Bojer et d’Hilsenberg, la mise en valeur de Madagascar préoccupe tout à la fois le roi et l’agent anglais. Ce dernier est conscient que la perte de ressources entrainée par la suppression de la Traite, doit être compensée par de nouvelles activités lucratives, dont profiteront les sujets de Radama et le « Trésor public ». Le souverain apparait tout à fait d’accord sur ce point, malgré quelques divergences qui s’expliquent facilement.

D’après Jean Valette, « symptomatique à cet égard est la divergence de vues entre Radama et Hastie, au sujet de la campagne qu’une armée merina, sous les ordres du roi, s’apprête à entreprendre en pays sakalava ». Hastie préfèrerait que cette campagne n’ait pas lieu car, selon lui, elle n’entre pas dans une politique d’ensemble destinée à promouvoir l’économie du pays.

Cette campagne contre le Menabe doit, en effet, dans l’esprit d’Hastie, déboucher sur la conquête d’un port, point sur lequel il insiste. Et cela pour deux raisons : la possession des ports (et donc des côtes) est nécessaire tant pour empêcher les exportations d’esclaves que pour promouvoir le commerce légal, mais « il faut aussi y voir le désir d’Hastie, en faisant flotter le drapeau merina, de faire pièce aux visées françaises ».

Mais la réponse de Radama est claire. Cette campagne, selon lui, est nécessaire, d’abord parce qu’il veut réduire à l’obéissance des chefs turbulents qui, sur les pourtours de l’Imerina, narguent son autorité et, sans doute, se livrent à des déprédations, ensuite parce qu’il estime qu’une telle campagne doit permettre d’aguerrir les corps d’armée récemment instruits à l’européenne dont il dispose.

« Il est vraisemblable aussi que Radama, fier de ce nouvel instrument, voulait en quelque sorte l’expérimenter et qu’il espérait venger les défaites assez cuisantes que lui avait, à plusieurs reprises, infligées Ramitraho, le roi du Menabe. »

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