Notes du passé: Les raisons d’un dépeuplement dans le Centre-est

Publié le par Alain GYRE

Les raisons d’un dépeuplement dans le Centre-est

29.07.2016 Notes du passé

Notes du passé: Les raisons d’un dépeuplement dans le Centre-est

«Au fur et à mesure que nous nous éloignons de la capitale, le pays devient de plus en plus désolé et moins cultivé », note James Hastie, agent anglais, dans son Journal en décrivant son voyage à Foulpointe avec Rafaralahy et une partie des troupes merina qui accompagne ce dernier. Leur destination finale est Foulpointe, mais leur itinéraire passe par le lac Alaotra.

Ils accomplissent le parcours Antananarivo-Ambatondrazaka, soit environ 185km, du 24 juin au 2 juillet. Ce parcours passe par le Nord et le Nord-est de l’Imerina. Le troisième jour du voyage notamment, James Hastie mentionne que la population semble être plus dense aux environs du village d’Ambohi­manoa pour redevenir clairsemée le lendemain (lire Notes du

25 juillet et précédentes).

D’après Jean Valette, cette description de l’Imerina et celle aussi de l’Antsihanaka laissent deviner un peuplement pas encore achevé, « caractérisé par des zones peuplées au milieu de zones désertes ». Cette idée est déjà développée par le professeur Hubert Deschamps dans ses Migrations intérieures à Madagascar (1959).

L’agent anglais essaie d’expliquer cette réalité. Il se base sur des emplacements de nombreux villages abandonnés pour expliquer la diminution considérable de la population. Ainsi, il l’attribue à deux causes, les fièvres et les « fréquentes invasions destinées à alimenter le trafic des esclaves ».

Pourtant, Jean Valette ne partage pas cette idée. Pour l’archiviste paléographe, depuis longtemps, les fièvres, endémiques, doivent entrainer une sorte d’équilibre dans la population. « Seules des migrations, en amenant une forme nouvelle de paludisme, auraient pu faire naitre de nouvelles formes de la maladie auxquelles n’auraient pas été habituées les populations. Or, aucune migration n’est attestée dans la région à cette date. » Une telle circonstance se présente vers 1904, lors de « l’épidémie de paludisme » meurtrière en Imamo due, selon toute vraisemblance, à un apport chinois.

En ce qui concerne les razzias destinées à alimenter le marché des esclaves, toujours d’après Jean Valette, Hastie les place donc « postérieurement aux luttes menées par Andrianampoinimerina pour s’emparer d’Ambohibeloma du Nord, soit au moins vingt ans auparavant ».

Poursuivant son idée, l’archiviste paléographe indique que le territoire en question est depuis lors, sous l’autorité merina. « Ces razzias auraient donc été le fait des Merina eux-mêmes et si elles ont eu lieu, il convient de les placer aussitôt après la conquête, les esclaves ayant en quelque sorte constitué un butin de guerre et cette émigration forcée étant un moyen d’éliminer des opposants. »

Jean Valette apporte une autre précision. Si cette région de l’Imerina voit des infiltrations sihanaka dans les années 1760-1780, son peuplement est essentiellement merina. Sa conquête est, de ce fait, assez aisée hormis quelques foyers de résistance et ne semble pas avoir laissé des traces profondes d’antagonismes. « Les éliminations ont été, en fait, peu nombreuses et sans doute, faut-il chercher ailleurs les vraies causes de cette faible population. »

James Hastie signale également, dans les environs immédiats d’Antananarivo, « un grand nombre de petites parcelles de terres cultivées dans les vallées ». Dès Kaloy, il mentionne, outre une déforestation à peu près complète, que l’irrigation bien que connue, est très peu utilisée. Il s’étonne qu’aux environs d’Ambohimanoa, de nombreux « terrains marécageux qui conviendraient au mode de culture pratiqué par les habitants » ne soient pas aménagés.

Autre point intéressant : il constate dans la région même d’Ambatomanoina, une modification dans l’habitat. « La sécurité qui est née récemment du pouvoir de Radama n’ayant plus rendu nécessaire de se mettre à l’abri des hauteurs fortifiées, les plus hauts qui restaient dans le pays, ont construit des cases dans les endroits qui leur ont paru les plus avantageux. »

Ainsi, comme le laisse entendre le Journal d’Hastie, la paix instaurée par Radama permet d’abandonner les habitations en hauteurs. Ce qui entraine l’installation des populations dans les vallées, et cette modification devait avoir des répercussions importantes sur les modes de culture. « La culture irriguée- et même la culture sur marais- demande, en effet, ce que l’on appellerait de nos jours des investissements qui ne sont guère concevables qu’en période de paix » (Jean Valette).

En même temps, l’abandon des villages fortifiés aura conduit à celui de la culture sèche sur les pentes jadis aménagées des collines, d’autant que la disparition des forêts rend quasi impossible un écobuage nécessaire pour en obtenir un rendement acceptable. Et le passage d’une mode de culture à une culture est facilité par le petit nombre d’habitants qui permet de ne remettre en état que les bas-fonds les plus rapidement aménageables. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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