Notes du passé: Soavinandriana, un site lié aux martyrs

Publié le par Alain GYRE

Soavinandriana, un site lié aux martyrs

26.07.2016 Notes du passé

Notes du passé: Soavinandriana, un site lié aux martyrs

Le choix de l’emplacement du nouvel hôpital d’Antananarivo, Soavinandriana, entre Anjanahary et Ampasampito, semble assez surprenant pour l’époque (fin des années 1880). C’est assez loin de la ville haute. Il est, en effet, situé à 2,5km d’Andohalo, très écarté de la ville, séparé de celle-ci par des rizières et quelques escarpements, dans un espace pratiquement inhabité. Et le moyen de locomotion est le Filanjana.

Dans son « Report of year 1892 », le Dr Fenn ne manque pas de souligner « l’inquiétude des responsables, l’éloignement de la ville leur faisant craindre une diminution de la fréquentation des malades, tout au moins pour les consultations externes ».

« Mais l’expérience dès le début, fort heureusement, donna tort à cette opinion ainsi qu’en convient l’auteur » (Dr C. Chippaux, médecin-chef de Girard et Robic, 1963). Selon ce,dernier, il est certain que des impératifs d’hygiène et de sécurité sanitaire doivent intervenir sous l’influence des missionnaires.

« L’endroit choisi, alors complètement dénudé, était très aéré, bien ensoleillé tout au long du jour, écarté tant des foyers urbains de pullulement de rats que des dépôts malsains d’ordures ménagères.» En outre, l’hôpital se trouve à mi-pente et les mares d’eau croupissante ne sont pas à craindre comme à Analakely.

« Notons que la situation nord-est de l’endroit choisi par rapport à la ville, et plus spécialement à Andohalo, peut correspondre à une place d’honneur dans la pensée malgache ancienne, alors que le sud est fady et pouvait être considéré comme une injure. »

Il faut pourtant souligner le fait rapporté par certains journaux de l’époque, comme le « Filazalazana vaovao malagasy », qui parlent de l’hôpital bâti au lieu dit « Ampanatonandoha » qui, littéralement, signifie « lieu où l’on pend les têtes ». Mais selon le Dr Chippaux, ce dernier endroit, plus à l’est, correspond à celui où plus tard, devront s’installer les services de la Météorologie.

Certains auteurs, en tout cas, jugent que la reine Ranavalona III veut que l’hôpital soit placé sous les meilleurs auspices. D’autres estiment que sur la chaîne de collines nord-est, des emplacements auraient pu être retenus, car ils sont tout aussi bien ventilés, ensoleillés, approvisionnés en eau et enfin, à l’abri des conditions urbaines fâcheuses quant à l’hygiène.

Le Dr Chippaux cite également « une hypothèse fort peu connue, mais qui mérite attention ».

Le choix du lieu par la reine pourrait être lié à l’histoire du second martyr chrétien, Rafaralahy Andriamazoto. Ce jeune homme est mort pour sa foi le lundi 19 février 1838, peu de temps après la première martyre chrétienne, Rasalama. Tous deux ont été transpercés par des sagaies au lieu habituel des supplices, à Ambohipotsy, quartier sud de la vieille ville ou ville haute.

D’après Clark, en effet, les premiers chrétiens pourchassés par la reine Ranavalona 1ère au cours des persécutions, se sont réunis hors de la ville. « On choisissait les demeures les plus écartées et les nuits les plus noires (Mondain) pour chanter, en toute quiétude, lire et interpréter la bible. »

Toujours d’après le pasteur Clark, confirmé par la suite par le pasteur Rabary, Rafaralahy Andriamazoto possédait des terrains à Anjanahary. « Mais pour pouvoir recevoir ses coreligionnaires et pour prier ensemble, il dut s’isoler à l’est d’Anjanahary ». Sans doute vers l’endroit où est construit le nouvel hôpital.

« Du reste, la tradition veut qu’une caverne ait existé dans les parages » et, selon le Dr Chippaux, « cette excavation était propice à l’isolement ».

Rafaralahy mort, deux thèses s’affrontent concernant son corps. La première, celle du pasteur Mondain, dit que la mort de ce martyr a été tellement exemplaire que ses parents et amis obtiennent des bourreaux d’enlever le corps à Ambohipotsy et de l’enterrer à Anjanahary.

Mais dans les « Daty Malaza », le pasteur Rabary parle d’un épilogue plus sombre au drame. C’est le lendemain ou quelques jours après, dans l’obscurité, que deux parents ou amis, sous prétexte de collecter des brindilles de bois, auraient ramassé la tête et quelques ossements du martyr et les auraient mis dans un sac, avant de les enterrer à Anjanahary. Mais on ne sait exactement où. Quoiqu’il en soit, à Anjanahary se trouve actuellement un cimetière.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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