Notes du passé: Une difficile médiation sur le protectorat dévoilée par Suberbie

Publié le par Alain GYRE

Une difficile médiation sur le protectorat dévoilée par Suberbie

05.07.2016 Notes du passé

Notes du passé: Une difficile médiation sur le protectorat dévoilée par Suberbie

Comme les négociations entre les émissaires du gouvernement de la reine et la délégation française, Baudais et les deux amiraux Galiber puis Miot, n’obtiennent aucun résultat, Jules Ferry, président du conseil français, mandate Suberbie à les poursuivre en tant que « médiateur ».

Ce choix s’explique par le fait que ce dernier réside à Madagascar depuis longtemps et entretient des relations amicales avec le Premier ministre Rainilaiarivony.

Et là, l’objectif des Français se dévoile car ils veulent en fait, imposer le protectorat à tout Madagascar. Suberbie va même à Paris pour savoir ce qu’on attend réellement de lui. Ignorant les dessous de cette nomination, Rainilaiarivony ne cache pas sa joie. Il nomme son

fils Rainizanamanga pour servir d’intermédiaire entre le Français et lui Suberbie le rencontre à Fenoarivo- atsinanana.

Ce dernier s’efforce de convaincre le gouvernement malgache d’accepter le protectorat qui « garantira le progrès du pays et la civilisation des Malgaches ». D’après lui, ce protectorat ne pourra qu’apporter du bien aux sujets de la reine, précisant « qu’il n’aura pas d’impact sur l’indépendance du pays puisqu’il n’y aura pas occupation du territoire malgache ». Il ajoute que « la France ne fera que guider le gouvernement de la reine à mettre en place les structures du pays et à atteindre la civilisation ».

Suberbie poursuit : « Si le gouvernement malgache accepte le protectorat, Rainilaiarivony se maintiendra au pouvoir et plus tard, ses descendants l’y succèderont. Sinon, les troupes françaises monteront en Imerina. » Et il conclut : « Ce ne seront ni les Anglais ni les missionnaires qui nous feront obstacle. »

Suberbie use ainsi « du bâton et de la carotte », promettant à chaque fois, la multiplication des richesses du pays grâce à l’amélioration de son commerce extérieur via la France. En outre, dit-il, « Madagascar a besoin de protection, car si un pays plus puissant vient l’envahir, vous perdrez tout ». De plus, « si vous acceptez ce protectorat, nous n’aurons pas besoin de territoire, mais juste d’un port pour radouber et réparer les bâtiments qui fréquentent la région ». Il n’oublie pas cependant, de citer « d’autres avantages exigés par la France pour concrétiser le protectorat ».

Rainilaiarivony sait très bien que les deux pays ne sont pas de forces égales et que Madagascar court beaucoup de risques. « Mais une nation, si petite soit-elle, peut faire preuve d’un grand courage pour préserver son indépendance et sa souveraineté, comme le prouve déjà le peuple malgache en menant la guerre » (1883-1885), insiste-t-il.

«Il doit la faire car il sait très bien qu’il a tout à perdre si le gouvernement accepte cet accord.»

Les négociations secrètes entre Rainilai­arivony et Suberbie débutent en mai 1884. Au mois de novembre, rien n’est encore décidé, le Premier ministre ne pensant qu’à défendre l’indépendance du pays, Suberbie à imposer le protectorat sur toute l’ile. Aussi Rainilaiarivony fait-il savoir que l’émissaire français ne pensant qu’à imposer le protectorat, il « regrette sincèrement » de ne pouvoir l’accepter, tout en soulignant que le gouvernement de la reine est prêt à discuter d’un accord « autre que le protectorat ».

En réponse, Suberbie déclare sa déception et avertit le Premier ministre des conséquences de son refus. En dernier recours, il insiste pour que Madagascar fasse un « essai de protectorat», mais Rainilaiarivony le refuse « car le peuple le rejette ». Il promet que Madagascar ne mettra pas tout ou un bout de son territoire sous la protection d’un autre pays, et affirme qu’il est prêt à payer une indemnité dont le montant sera à discuter.

C’est ainsi que se termine la « médiation » de Suberbie. Pendant toutes ces négociations et depuis la déclaration de la guerre en 1883, les affrontements se poursuivent, faisant peu de morts, sauf à Iharana où la bataille est rude, compliquée par l’attitude de Malgaches qui soutiennent la France, et où l’on dénombre beaucoup de décès dont celui du gouverneur.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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