Les Malgaches, métis africano-indonésiens

Publié le par Alain GYRE

Les Malgaches, métis africano-indonésiens

Photo: www.lemonde.fr
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Selon une étude, le peuple de Madagascar a pour ancêtres des Africains mais aussi des Banjar, venus de Bornéo, qui se seraient croisés il y a un millier d'années environ

Bordé par l'Afrique et le Sud-Est asiatique, l'océan Indien fut, durant des siècles, l'une des plus importantes zones d'échanges et de commerce du monde. Dès le IIIe millénaire avant J.-C., l'ouverture de routes maritimes et l'installation de comptoirs y favorisèrent les migrations. D'ouest en est, en raison du transport des esclaves. Mais également d'est en ouest, comme le confirme une récente étude internationale.

Nicolas Brucato, chercheur au laboratoire d'anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse (AMIS) du CNRS et des universités Paris-V et Toulouse-Paul-Sabatier, et ses collègues ont étudié le peuplement de Madagascar par le truchement de la génétique. Ils affirment, dans le dernier numéro de la revue Molecular Biology and Evolution, que les Malgaches sont le produit d'un métissage, survenu voici un millier d'années, entre des individus originaires d'Afrique et d'autres -issus de l'un des nombreux groupes de l'espace insulaire indonésien. En l'occurrence, les Banjar, dont les descendants actuels -vivent dans le sud de Bornéo, à plus de 7 000 km de là !

Une thèse crédible

A peine 400 km séparent Madagascar de la côte africaine. Et pourtant, constate François-Xavier Ricaut, généticien au laboratoire AMIS, " le malgache parlé par les habitants de l'île est classé dans la famille des langues dites “austronésiennes” dont l'usage est répandu dans le Sud-Est asiatique et dans le Pacifique. Il est proche du ma'anayan, l'un des dialectes de Bornéo ".

Non moins bizarrement, on -retrouve dans la culture malgache des traditions répandues dans plusieurs régions de l'Indonésie, comme la pratique du " retournement des morts " ou l'emploi de certains instruments de musique, tels que des cithares ou des xylophones d'un genre spécifique.

D'où l'idée avancée depuis longtemps par les anthropologues que des populations austronésiennes ont, dans un passé lointain, colonisé Madagascar. Une thèse crédible si l'on tient compte de la puissance de certains royaumes maritimes malais médiévaux – comme celui de Srivijaya (VIIe-XIIIe) dont faisait partie Bornéo – mais qui, faute d'indices supplémentaires, est longtemps restée à l'état d'hypothèse.

D'audacieux colons

En effet, à l'inexistence des sources écrites s'ajoutait l'absence de traces archéologiques de cet événement. Du moins était-ce le cas jusqu'au mois de juin, date à -laquelle une équipe a annoncé dans la revue PNAS avoir découvert, à Madagascar, des restes d'anciennes cultures de riz,de soja vert et de coton, clairement originaires d'Asie et datées de 700 à 1 200 ans.

Nicolas Brucato et ses confrères voulaient aussi en avoir le cœur net. Dans le cadre du projet multidisciplinaire " Oceo-adapto " de l'Agence nationale pour la recherche (ANR), ces biologistes ont comparé le profil génétique de trois groupes de population du sud de Madagascar à celui d'une soixantaine d'autres d'Asie insulaire dont une trentaine provenant d'Indonésie.

En recherchant les similitudes entre les génotypes et les haplotypes de ces centaines d'individus actuels, ils ont pu établir que les ancêtres asiatiques des Malgaches étaient des Banjar. " La langue actuellement parlée par les Banjar étant le malais, nous nous sommes intéressés à l'origine de ce groupe et avons démontré qu'il -résulte lui-même d'un mélange de populations entre Malais et Ma'anayans. Un peuple autochtone de Bornéo qui parle un dialecte proche du malgache ", explique Nicolas Brucato.

Les scientifiques font remonter à un millier d'années, soit à peu près le moment où l'occupation humaine de Madagascar serait devenue pérenne, cet épisode de migration des Banjar. Il aurait concerné une poignée d'individus et aurait pu s'appuyer sur la présence connue dans leur -région d'origine d'un important comptoir de commerce.

Comment ces audacieux colons ont-ils réussi à atteindre leur destination à plus de 7 000 kilomètres de leur point de départ ? " Nous n'en savons rien. Aucune trace d'un séjour n'a pour l'instant été observée sur les côtes de l'Afrique. On ne peut -exclure qu'ils aient effectué le trajet en direct. " Des études récentes sur les courants marins auraient démontré que l'aventure est possible.

Vahé Ter Minassian

© Le Monde

Publié dans Revue de presse

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