Notes du passé: La colonie merina s’installe à Foulpointe

Publié le par Alain GYRE

La colonie merina s’installe à Foulpointe

01.08.2016 Notes du passé

Notes du passé: La colonie merina s’installe à Foulpointe

Les Notes terminent ici de rapporter les renseignements donnés dans son Journal par James Hastie, qui accompagne le général Rafaralahy, sur l’établissement de la colonie merina à Foulpointe.

Le 1er juillet 1822, l’agent anglais annonce que l’armée de Radama qui s’empare d’Ambohi­dava, est placée sous les ordres de Rafara­lahy qui, selon lui, est lui-même sihanaka. Il retrouve d’ailleurs, à la grande assemblée d’Ambatondra­zaka, ses « compagnons de jeunesse ». Ce qui, d’après Jean Valette, « donne un général sihanaka placé à la tête d’une armée merina pour conquérir le pays sihanaka, et un général élevé en pays sihanaka ». L’archiviste paléographe rappelle l’information de Petit de La Rhodière indiquant qu’une expédition merina procède à la conquête de l’Antsihanaka au moment de l’exploration de la côte Est de Madagascar par Sylvain Roux, en 1818. « Les Ansianacs succombaient sous ses armes quand nous étions à Madagascar. »

Le 8 juillet, au mont Ampanga­lambolosy, James Hastie et la troupe conduite par Rafaralahy, quittent le pays sihanaka pour se diriger vers le Sud-est, à travers la grande forêt. « Il s’agit là d’un itinéraire totalement inédit et à ce titre, des plus intéressants », écrit Jean Valette qui relève l’importance de la rivière Manambato dans l’itinéraire d’Hastie. Ils campent sur ses bords le 8 juillet, la retrouvent le lendemain au soir, « bien que nous ayons marché souvent à une certaine distance de la rivière ». Ils s’installent à nouveau sur l’une des rives, le 10 juillet au soir.

C’est en suivant cette rivière, non par la vallée, mais surtout par les crêtes, que le groupe traverse la grande forêt en trois journées de marche, soit environ 60 kilomètres. Hastie la décrit comme caractérisée par « de nombreux arbres de haute futaie, mais pas de gibier et très peu de makis ». Toutefois, il ne signale aucun habitant pendant cette traversée.

La situation change dès que le groupe quitte la forêt. Le 11 juillet, Hastie insiste sur beaucoup d’endroits aménagés pour la culture du riz, « sans doute sous forme de tavy », et sur la présence de nombreux « tsangambato » (pierres levées) qui, à défaut d’habitations, révèlent néanmoins une certaine population, d’ailleurs rencontrée le soir même. « … quelques indigènes revenant de Tamatave, où ils avaient échangé des vêtements de raphia contre des cotonnades » (Journal d’Hastie à la date du 15 juillet). Ce qui prouve une activité agricole assez développée pour laisser des surplus.

Rafaralahy et Hastie atteignent, le 16 juillet au soir, Foulpointe où les précèdent les deux autres groupes de soldats qui empruntent l’itinéraire plus classique, Moramanga-Andevo­ranto-Toamasina-Foulpointe. Dès le lendemain, l’implantation de la nouvelle colonie commence. Elle est solennellement annoncée dans un Kabary, « en grande partie destiné sans doute à rassurer les populations betsimisaraka et les traitants installés dans la région », mais qui a surtout l’intérêt de faire connaître, avec exactitude, l’esprit qui préside à cette création, précise Jean Valette : « Le but… de promouvoir l’économie de la région en créant un commerce important, conformément aux lois merina qui protègent toutes les propriétés et qui ont entièrement supprimé tout à la fois les vols et les violations de propriété. »

Jean Valette indique que la colonie de Foulpointe n’a pas pour seul but la mise en valeur agricole de la région, mais aussi le développement du commerce auquel les colons sont autorisés à se livrer :

« … le commerce des produits du pays pour l’exportation et celui des marchandises importées. »

Les 2 000 nouveaux colons et, en principe volontaires, doivent travailler aux installations collectives du nouvel établissement et il est convenu que ces prestations porteraient sur une durée de quatre mois suivant l’arrivée à Foulpointe. En même temps, ils peuvent aussi se livrer pour leur compte à la culture et, à cet effet, des parcelles de terrain seraient octroyées à ceux qui en font la demande. Pour encourager ces initiatives, Rafaralahy réduit la durée de leur service obligatoire. Il les autorise à « ne consacrer qu’un jour sur quatre» de leur temps aux travaux d’ordre public afin qu’ils puissent consacrer les trois quarts de leur temps à travailler pour eux, à construire leurs maisons, à préparer et à enclore leurs terrains de culture. En même temps, il leur promet les semences nécessaires.

Cette offre « généreuse » présentée comme une initiative de Rafara­lahy, est repoussée par les colons qui, selon Hastie, « répondirent que les promesses qu’ils avaient faites à Radama, voulaient qu’ils achèvent les travaux publics et qu’une fois ceux-ci terminés, ils se prévaudraient de ses offres pour tout ce qu’ils considèreraient utile à leurs projets ». Hastie fait ainsi exécuter, du 18 au 25 juillet, les débuts des travaux qui consistent « à préparer le terrain pour les cultures, à planter des arbres et des boutures, à ensemencer et à préparer les bois pour former les enclos ».

Ce travail terminé, l’agent anglais peut alors se préoccuper de diverses autres questions, en particulier du ravitaillement de la nouvelle colonie. Le 20 juillet, il va à Toamasina où il achète à Jean René une assez grosse quantité de riz qu’il ramène par bateau à Foulpointe, le 29 juillet. Il profite de ce nouveau séjour pour effectuer « quelques essais de nouvelles cultures, du blé, de l’avoine et du coton ».

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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