Notes du passé: Le prince Ratefy tombe, victime de la politique

Publié le par Alain GYRE

Le prince Ratefy tombe, victime de la politique

08.08.2016 Notes du passé

Notes du passé: Le prince Ratefy tombe, victime de la politique

Le prince Ratefinanahary est donc condamné à mort avec l’accord de l’armée, dont le porte-parole est Ravelontsalama qui, selon les lettres qu’écrit Robert Lyall au gouverneur de Maurice, est « l’un des zélés adhérents » de Ranavalona Ire (lire précédentes Notes). Dans sa lettre du 10 octobre 1928, l’agent britannique fait état de différents rapports sur l’attitude du prince Ratefinanahary.

Certains d’entre eux indiquent qu’au moment où la nouvelle de la mort de Radama parvient à Toa­masina, Ratefy aurait dit que « suivant la coutume de Madagascar, à la mort d’un roi, un des fonctionnaires de chaque district devait aller rendre directement hommage au nouveau souverain». Comme Robin et Philibert ne peuvent quitter leur poste, le prince décide de monter lui-même. Il aurait rassemblé les officiers et soldats et leur aurait expliqué son intention avant de quitter Toamasina.

D’après Robert Lyall, un autre rapport « prétend » que Ratefy aurait invité les soldats stationnés au Sud à rejoindre son drapeau avant son départ de Toamasina, mais aurait essuyé un refus. On raconte aussi que Ratefy, dans ses quelques derniers jours de liberté, aurait cherché à s’embarquer pour Maurice, ce que le capitaine du « Vittoria » lui aurait refusé.

« Ici l’opinion générale et probablement juste sur Ratefy et qu’en quittant la côte, il désirait profiter des circonstances et tenter d’assurer le trône à son fils Rakotobe dont il ignorait la mort. On est d’accord pour déclarer qu’il a été sagayé comme on dit ici, et non brûlé vif. Le bruit a couru qu’il avait été exécuté avant l’assemblée publique, mais cela parait controuvé. J’ai de bonnes raisons de croire que l’exécution intervint au coucher du soleil, le 7 octobre, et que sa dernière requête aux bourreaux fut de ne pas multiplier les coups, mais d’y aller vite. Le premier coup lui perça le cœur et Ratefy tomba victime de la politique en pleine maturité. On m’a dit qu’à l’avènement de Radama, le père, la mère et les deux frères de la présente reine avaient été mis à mort et l’on se demande comment éviter de tels sacrifices. »

Dans sa lettre du 20 octobre 1828, Lyall revient à nouveau sur l’affaire Ratefy. Il estime qu’il vaut mieux que les choses se soient passées ainsi. « Car le départ du prince (pour Maurice) m’aurait placé, et avec moi tous les Européens, dans une situation critique et dans une très pénible condition vis-à-vis du gouvernement malgache qui, sans nul doute, nous aurait tous gardés en otage. »

L’archiviste paléographe Jean Valette évoque aussi diverses autres sources sur la mort du prince Ratefinanahary. Il est ainsi signalé deux lettres écrites en aout- septembre 1828 par Ratefy en personne au gouverneur de Maurice, Colville, et une autre de ce dernier au premier.

Sa première lettre en date du 28 août 1828 est écrite d’Ambato­harana. Il y rappelle le décès de Radama et se présente à Colville, précise son ascendance royale dans l’Imamo, sa parenté avec Radama à la suite de son mariage avec Rabodo­sahondra, sœur du roi, et le fait que son fils Rakotobe devait, par la volonté même d’Andrianampoini­merina, hériter du royaume merina.

Jean Valette fait remarquer que dans sa lettre, Ratefy ne parle pas de l’assassinat de son fils, le 31 juillet, et dont il doit être informé au moins par les Rév. Bennet et Griffiths.

« Cette nouvelle explique d’ailleurs, le pessimisme sur son propre sort qu’il manifeste dans sa lettre puisqu’il envisage ou sa mort ou son exil. » Ratefy écrit en effet : « Mes pensées sont telles que je préfèrerais être mort ou partir dans un autre pays plutôt que de me voir dans une situation rabaissée. »

Ratefy explique aussi dans sa lettre les raisons qui amènent « le succès de l’élimination des héritiers légitimes » et l’accession au trône de Ranavalona. « … Mon fils devait lui succéder sur le trône. Mais Radama, ayant imposé de lourdes contraintes au peuple pour lui faire acquérir des connaissances et pour civiliser le pays… les anciens du peuple et les notables n’aimaient pas qu’un des parents de Radama lui succédât, car il mourut sans avoir désigné son successeur. »

Ainsi, la « révolution de palais » qui met Ranavalona sur le trône, est présentée comme une réaction contre les idées modernes de Radama et contre ses innovations qui doivent soulever des oppositions « d’ordre divers » et entrainer des rancœurs et le désir d’un retour à la situation antérieure.

À noter que Simon Ayache se pose quelques questions au sujet de cette lettre, notamment si elle est vraiment de Ratefy, tant elle semble avoir été rédigée par une personne habituée à manier la langue anglaise.

Sa deuxième lettre, le 7 septembre, est de Toamasina. « Elle est plus tragique, plus pressante que la précédente ». L’assassinat de son fils y est expressément mentionné et Ratefy semble en tirer toutes les conséquences. Il demande ainsi asile à Maurice et un navire anglais pour venir le chercher dans le grand port de l’Est.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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