Notes du passé: Deux fortes personnalités s’affrontent dans le Boina

Publié le par Alain GYRE

Deux fortes personnalités s’affrontent dans le Boina

16.09.2016 Notes du passé

Notes du passé: Deux fortes personnalités s’affrontent dans le Boina

Pour arriver à établir une paix plus ou moins durable en pays Menabe, Radama Ier se plie aux conditions de son beau-père et décide d’y envoyer des ambassadeurs (lire précédente Note). Et pour complaire au roi Ramitraho, il envoie même son épouse Rasalimo accompagnée du Français Robin et escortée d’un millier d’hommes placés sous les ordres d’Andriamihaja. « Ils serviront d’escorte à la reine et de garde à l’ambassadeur. »

Pourtant, Ramitraho refuse de recevoir sa fille et évite de tenir la promesse qu’il a faite. Les envoyés de Radama ont toutefois, plusieurs entretiens avec l’un de ses neveux, Tsimikotokoto. « Ces pourparlers se terminèrent tragiquement par la mort de ce dernier, au cours d’un engagement dont il est difficile de dire si la responsabilité en incombe aux Merina ou aux Sakalava. »

D’après Ellis, Tsimikotokoto aurait finalement accepté un arrangement avec Andriamihaja. Mais au lieu de respecter ses promesses, il se serait avancé avec une troupe fortement armée pour attaquer traitreusement les envoyés de Radama. Ceux-ci s’apercevant à temps de la trahison, auraient fait feu et tué ainsi le jeune prince.

Guillain pour sa part, relate : « Les deux parties ne parvenaient pas à s’entendre, en vinrent aux mains, chacune d’elles prétendant que l’autre avait agi traitreusement. Tsimikotokoto perdit la vie dans cette escarmouche où les Hova, à tort ou à raison, avaient été les agresseurs. »

Cependant, l’incident n’a pas de fâcheuses conséquences, les deux adversaires étant soucieux de ne pas provoquer une rupture irrémédiable. Radama fait connaitre combien il regrette le lamentable dénouement de cette affaire et la disparition du jeune homme qu’il s’apprête à recevoir dans sa capitale, à l’issue des négociations.

De son côté, Ramitraho, tout en regrettant la mort de son neveu, feint de « rejeter ce qui s’était passé sur une erreur de ce dernier et proclama qu’aucune faute n’était imputable aux troupes de Radama ». Le roi sakalava envoie à son tour une ambassade à Antanana­rivo, « se procurant ainsi repos et sécurité pour la saison suivante».

Les hostilités en restent là dans le Menabe. D’ailleurs, Radama est appelé sur la côte Est en 1827 et ne peut avant sa mort, en 1828, reprendre la lutte contre Ramitraho.

La guerre a beaucoup plus d’âpreté dans le Boina où le roi merina dépêche également des renforts. La situation y est confuse. Andriantsoly qui apparait soumis en 1824, supporte très mal le contrôle exercé sur tous ses actes par Ramanetaka. Ce dernier semble, en plusieurs circonstances, avoir blessé par « de mauvais procédés », l’orgueil du roi sakalava habitué jusqu’alors à voir tous ceux qui l’entourent, céder et se plier à ses moindres caprices.

En outre, les officiers et les soldats merina qui enchérissent encore sur la conduite de leur général, ont par toutes sortes de vexations, irrité contre eux les populations voisines. « La discipline sévère qui régnait dans les troupes merina, tant que Radama avait été au milieu d’elles et qui avait si puissamment contribué à y faire accepter son autorité, n’avait pas été maintenue dans les garnisons laissées sous les ordres de Ramanetaka et les exactions commises par elles, venaient augmenter le mécontentement des Sakalava. »

Ceux-ci se plaignent alors à Andriantsoly et l’incitent à faire la guerre aux Merina pour les délivrer de l’oppression qui pèse sur eux. Le roi déchu résiste d’abord aux instances qui lui sont faites, voulant laisser s’accumuler davantage les griefs et augmenter les haines.

« Mais un acte de violence commis à son encontre par Ramanetaka le décida à agir. »

Après la fin tragique d’Houssein, gouverneur de Mahajanga, Ramanetaka, désigné par Radama pour lui succéder, s’empare de tous les esclaves qui appartiennent à son prédécesseur en prenant sa place. En janvier 1825, une trentaine de ces esclaves, pour échapper aux mauvais traitements qu’ils subissent au service de leur nouveau maitre, s’enfuient pour se mettre sous la protection d’Andriantsoly dans sa résidence à Anfihaonana, près de Marovoay.

Ramanetaka les réclame, mais le roi sakalava, déjà irrité contre le gouverneur merina, refuse de satisfaire à sa demande. « Il argua une coutume sakalava selon laquelle, à la mort de Houssein, une partie des esclaves de ce dernier aurait dû lui appartenir ; puis il ajouta qu’il n’avait point appelé ceux qui étaient venus à lui, mais qu’ils avaient agi de leur propre chef. »

Ceci dit, il garde les esclaves. Ramanetaka ne l’entend pas ainsi et renouvelle ses prétentions en les appuyant par un détachement de 50 hommes. Andriantsoly persiste dans son refus. Les Merina s’introduisent dans sa résidence et emmènent les esclaves de force. Le roi du Boina comprend alors à quel point il est rabaissé par cet acte et se résout à se venger. La guerre est imminente.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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