Notes du passé: Hippolyte Laroche joue et perd

Publié le par Alain GYRE

Hippolyte Laroche joue et perd

29.09.2016 Notes du passé

Notes du passé: Hippolyte Laroche joue et perd

Malgré ses succès du début, la mission du résident général français, Hippolyte Laroche, est vouée à l’échec, estime Roger Pascal en 1961, cette mission ayant eu lieu en plein mouvement des Menalamba. De nombreux Français se méprennent sur les causes de l’insurrection qu’ils déclarent être « l’œuvre d’une bande de paysans imbéciles et superstitieux qui obéissent selon toute probabilité à des grands personnages de Tananarive ». Erreur sur la nature du mouvement, qui sera lourde de conséquences.

Effectivement, face à cette insurrection méprisée, les moyens et les pouvoirs de Laroche sont insuffisants. Le décret du 11 décembre 1895 fixe les pouvoirs et obligations du résident général « dépositaire des pouvoirs de la République ». Il administre, dirige, contrôle les différents services de l’ile; il est responsable de la défense intérieure et extérieure du pays, mais l’autorité ne lui est pas subordonnée.

Ainsi, il n’a aucune autorité sur l’armée et doit subir l’hostilité des colons et des missionnaires catholiques et protestants. En outre, il ne peut compter sur l’appui du gouvernement malgache. D’ailleurs, Hippolyte Laroche réprouve la tactique de l’armée qui, en brûlant les

villages qui abritent de soi-disant insurgés, « avec beaucoup d’efficacité, multiplie le nombre des rebelles tout en réduisant les populations à la haine et au désespoir ». De plus, les officiers du général Voyron considèrent tous les gouverneurs royaux comme des traîtres possibles et s’acharnent à les humilier.

Les résidents français, eux, sont furieux de voir « se perpétuer un régime qu’ils abominent ». Et du reste, le secrétaire général de la résidence, Bourde, croit non sans raisons leur main derrière les soulèvements des Betsimisaraka contre les Hova. « Tous ces colons, réduits à l’inaction, voyaient perdre leurs économies et plutôt que d’accuser leur malchance, préféraient exercer leur hargne sur la reine. »

Ils vont jusqu’à répéter que « le dernier des Blancs, fut-il crétin ou repris de justice, avait droit à plus de respect que la reine de Madagascar ». Et ils accusent le résident général d’aveugle, faible et entièrement soumis aux volontés de la souveraine. « Ils croyaient que c’était du Palais même que partaient les mots d’ordre de la révolte et que le résident général fermait les yeux. » En quelques mots, militaires, colons et même missionnaires réclament des exemples, c’est-à-dire «la mise à mort des membres du gouvernement royal. »

En fait, d’après Roger Pascal, seul Hippolyte Laroche sait bien analyser la situation et la fameuse politique des races préconisées par Gallieni est déjà proposée par lui, comme il l’écrit le 10 septembre au ministre Lebon : « On n’a pas tardé à reconnaître que le gouvernement royal assez puissant en Emyrne pour que notre intérêt y soit de le conserver uni, est un allié inutile en face des Bara, des Tanala d’Ikongo, des Antandroy, des Mahafaly, des Sakalava d’Ambongo, et un allié compromettant en face des autochtones de la plus grande partie de la côte orientale. L’opportunité de retirer peu à peu les agents de la reine des postes qu’ils occupaient hors du Plateau, m’apparut dès le mois de mars. »

En lutte avec son entourage et ses collaborateurs- « Je suis dans une maison de fous »-, il résiste cependant aux pressions de la colonie européenne. Ce qui lui vaut d’être rappelé. Comme le résume Roger Pascal, il existe à Antananarivo une rue Hippolyte Laroche, un raccourci raide que les automobiles ne peuvent emprunter.

« On ne pouvait trouver meilleur symbole. Chargé par son gouvernement d’appliquer une politique impossible, Laroche fut sacrifié. »

Il remet ses pouvoirs au général Gallieni et quitte la capitale le 10 octobre 1896. Il devait être placé en disponibilité avec solde, puis sans solde, et enfin mis à la retraite en 1899.

Il faut dire aussi qu’Hippolyte Laroche a imaginé une France fécondant des pays neufs, les ouvrant à la civilisation universelle par la seule vertu de l’exemple et par l’effet des idéaux républicains. Dans son discours du 7 mai 1896, il déclare en substance : « Nous ne sommes pas des conquérants, mais des frères aînés. Nous allons vous aider à forger un nouveau monde. »

Mais plus tard, il dira : « J’ai joué avec de mauvaises cartes. Le général Gallieni, avec une capacité véritable et en possession des moyens et de l’unité de direction qui n’étaient pas entre mes mains, réussira. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article