Notes du passé: La débandade des Sakalava face aux occupants

Publié le par Alain GYRE

La débandade des Sakalava face aux occupants

19.09.2016 Notes du passé

Notes du passé: La débandade des Sakalava face aux occupants

Pour régler le compte des occupants merina, en particulier du gouverneur Ramanetaka, Andriantsoly, roi du Boina (Boeny) et les Sakalava du Nord, appuyés par les envoyés de son homologue du Menabe, Ramitraho, attaquent le camp militaire de Mahajanga sur quatre fronts. L’assaut commence le 10 mars (lire précédente Note).

Mari ben Roussi et les siens, au nord, arrivent rapidement au pied de la palissade qui est abattue en quelques endroits. Au sud, malgré l’artillerie assez importante qui défend l’approche du camp de ce côté, le corps de Tsimba engage l’action avec courage.

« De leur côté, les Merina, instruits par l’exemple d’Anfihaonana qui ne leur serait fait aucun quartier s’ils étaient vaincus, opposèrent une résistance opiniâtre », écrit Jean Valette. L’archiviste paléographe relate que, bien abrités derrière leurs retranchements, « ils reçoivent l’ennemi avec une fusillade si vive que l’ardeur de l’attaque en est ralentie ». Bientôt, la mort de l’un des chefs du corps de l’est met le désordre parmi ses troupes et elles ne tardent pas à lâcher prise.

Enhardis par ce succès, les Merina redoublent d’efforts sur les trois autres fronts. Ramanetaka en profite alors pour faire une sortie à la tête de quelques hommes et, « par une vigoureuse attaque sur le flanc de Mari, il força l’ennemi à la retraite ». Le plus grand nombre des fuyards se dirige vers Ambondro où Andriantsoly attend le résultat des opérations. D’autres se replient vers le village de Mahajanga et là, retranchés dans les maisons, continuent à tirailler sur les Merina. « Ramanetaka, pour ne pas perdre des soldats en essayant de les déroger, y fit mettre le feu et Mahajanga fut en instant la proie de flammes.»

Arrivés à Ambondro, les fuyards y répandent l’épouvante et les villages environnants sont aussitôt évacués par leurs habitants qui craignent les représailles des Merina. Malgré les efforts de quelques chefs qui essayent en vain de rallier leurs hommes, la déroute est complète.

« Le lendemain de la bataille, il n’y avait plus d’armée sakalava. Andriantsoly à peu près seul- il ne restait, en effet, auprès de lui que son fidèle Tsimba et deux femmes qui leur étaient attachées- réussit à la faveur de la nuit, à se réfugier sur une petite ile, l’ilot Makambi, dans la baie de Boina.

Pourtant, il ne se sent pas en sureté s’il reste aussi près de Ramanetaka. Il préfère se retire à l’embouchure de la Mahajamba où il arrive dans les premiers jours d’avril 1825. Des Antalaotra l’y rejoignent. Là, il appelle à son aide les populations voisines et envoie l’ordre aux chefs du Sambirano d’aller attaquer le poste que Radama entretient à Ampasandava depuis 1823.

Ce poste commandé par Rafaralahy Marozoky est défendu par des retranchements derrière lesquels la garnison est à l’abri des balles et des sagaies des Sakalava. Ce qui rend d’abord inutiles les efforts de ces derniers pour s’en emparer.

Informé de l’échec de cette première attaque, Andriantsoly dépêche un renfort de 70 Antalaotra, sous le commandement d’Abdallah Faki qui amène avec lui deux petites pièces d’artillerie. « Ces canons mis en batterie sur des hauteurs qui dominaient les retranchements, écrasèrent la garnison qui fut promptement massacrée. »

Après la défaite de Mahajanga, un grand nombre de chefs sakalava et la famille royale se réfugient à Marovoay. Là ils tiennent un kabary pour décider ce qu’il y a de plus sage à faire. Rafikandro, le cousin d’Andriantsoly, est d’avis à se retirer sur la frontière de l’Ambongo, pays boisé et marécageux, « où l’on serait à la fois à l’abri des assauts des Merina et assez près d’eux pour lancer de fréquentes attaques ».

D’autres, las de la guerre, souhaitent élire à la place d’Andriantsoly, sa tante Taratra et ainsi, faire la paix avec Radama. Tafikandro qui ne réussit pas à convaincre l’assemblée, s’en va loin des Merina, vers le Sud avec quelques centaines de partisans.

Ceux qui restent à Marovoay, dont Taratra et ses deux filles ainsi qu’Ouantatsy, sœur d’Andriantsoly et l’Ampanjaka Fitahangnha, sont saisis par les Merina. Seul Mari ben Roussi est laissé libre dans l’espoir, sans doute, que son influence ferait revenir à Mahajanga une partie d’Antalaotra. Il réussit à faire évader Ouantatsy, gagne avec lui les bords de la Mahajamba suivi de nombreux Sakalava. Andriantsoly n’est plus obligé de s’enfuir vers le Nord.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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