Notes du passé: Le roi sakalava Andriantsoly s’installe à Mayotte

Publié le par Alain GYRE

Le roi sakalava Andriantsoly s’installe à Mayotte

20.09.2016 Notes du passé

Notes du passé: Le roi sakalava Andriantsoly s’installe à Mayotte

Àla nouvelle de l’insurrection des Sakalava du Boina (Boeny), Radama dépêche au secours de Ramanetaka, un corps d’armée de 2 000 hommes sous les ordres de Rainimaka (lire précédente Note). Ainsi renforcé, le gouverneur merina de Mahajanga, après avoir réoccupé Marovoay, augmente les moyens de défense du fort où il laisse une forte garnison. Il se lance ensuite, à la poursuite d’Andriantsoly en fuite, traverse la Sofia et se dirige vers le village de Langany, sur la rive droite de la Mahajamba, où le roi sakalava se réfugie.

À la nouvelle de l’arrivée des forces merina, les Sakalava savent qu’ils ne peuvent lutter avec quelque chance de succès et prennent la fuite. Andriantsoly, toujours accompagné de ses fidèles Antalaotra, décide « de ne pas attendre l’ennemi et d’aller s’installer au Nord, afin de s’éloigner des bases opérationnelles merina » (Jean Valette, archiviste paléographe).

C’est ainsi qu’il prend rapidement des dispositions : les femmes, les enfants et les bagages sont embarqués sur des boutres. Lorsque les Merina arrivent devant Langany, ils trouvent le village complètement évacué. Le lendemain matin, la flottille appareille sous les yeux de Ramanetaka impuissant. « Pour se venger, celui-ci fit incendier le village et retourna à Majunga. »

Après s’être arrêtés à l’embouchure de la Loza, les migrants se dirigent sur Anorotsangana où ils arrivent aux environs du 25 juillet 1825 et s’y installent, les Antalaotra sur les bords de la mer, Andriantsoly sur l’actuel emplacement du Rova. Les populations viennent tour à tour rendre hommage à leur souverain, mais seuls les Sakalava des environs sont astreintes à venir s’établir à Anorotsangana avec leurs familles. « Andriantsoly avait ainsi retrouvé quelques milliers de fidèles. »

Le roi sakalava comprend finalement que « les feux réguliers et la tactique militaire » donnent aux soldats de Radama leur supériorité. Il juge nécessaire de profiter du répit, sans doute passager, qui lui est donné pour travailler à mettre, autant que possible, les Sakalava au niveau de leurs adversaires. « Il réunit dans ce but 800 hommes qui, sous la direction de quelques Antalaotra instruits jadis à Majunga, furent tant bien que mal initiés au maniement des armes. » Mais Andriantsoly ne jouit pas longtemps du calme de sa retraite. Ramanetaka rend compte à Radama de sa fuite et lui fait part de sa crainte de le revoir avant peu avec des forces considérables. Il insiste sur la nécessité de poursuivre activement le fuyard.

Conscient de ce danger, le souverain merina envoie d’Antananarivo une armée d’un millier d’hommes, toujours sous les ordres de Raini­maka, qui s’avance à travers le pays sihanaka pour aller attaquer les Sakalava à Anorotsangana. Andrian­tsoly envoie à sa rencontre une troupe de 700 à 800 hommes, dont 200 Antalaotra, sous le commandement d’Houssein Faki. Dans la rencontre qui s’ensuit, les Sakalava ont l’avantage, ce qui est dû, sans doute, au fait que l’armée de Rainimaka est en majorité composée de Betanimena, soldats beaucoup moins exercés que les Merina. Rainamaka succombe, du reste, peu après à la maladie et les survivants rentrent en Imerina.

Cette retraite et l’arrivée de la saison des pluies assurent quelques mois de répit à Andriantsoly. Il en profite pour faire venir auprès de lui sa sœur Ouantsitsy et Roussi ben Mari. « Tout l’hivernage se passa sans hostilités de part et d’autre et les Sakalava reprirent leurs habitudes. » Cependant, Radama se résout à en finir avec eux et prépare une expédition sérieuse contre Anorotsangana.

Dès le retour de la belle saison, il donne à Ramanetaka l’ordre de faire voile jusqu’à Anorotsangana avec une dizaine de boutres et un grand nombre de pirogues. En même temps, il expédie d’Imerina un corps de troupes de 4 000 hommes commandé par Ramaro­sandy qui mènera l’assaut sur terre. « Mais soit par manque de coordination, soit entrave dans la navigation, Ramarosandy se trouva trop tôt aux prises avec les Sakalava. » Ses troupes arrivent dans les environs d’Anoro­tsangana dans les premiers jours d’avril 1826. Pour couvrir la ville, Andriantsoly fait marcher ses troupes à sa rencontre.

Le 10 avril, les Merina surpris par la violence de l’assaut des Antalaotra, paraissent faire un mouvement de retraite, mais pendant la nuit, une partie d’entre eux tourne les positions antalaotra au nord de la montagne. Pour ne pas être pris entre deux feux, ces derniers se replient en hâte. Renou­velant leur tactique de Langany, ils embarquent avec Andriantsoly, leurs familles et leurs biens. Et quand le 12 avril, Ramarosandy entre dans la ville, elle la trouve évacuée. Le lendemain, Andriantsoly se dirige à Mayotte.

Depuis cette année 1826 et jusqu’à ce que Radama tourne le dos en 1828, le Boina est partagé en deux : Ramanetaka gouverne la partie centrale, Ouantsitsy règne plus au Nord. Quant au Sud, pays de marécages, il reste libre.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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