Notes du passé: Les caractéristiques du cycle des douze ans chez les Tanala

Publié le par Alain GYRE

Les caractéristiques du cycle des douze ans chez les Tanala

30.09.2016 Notes du passé 2257

Notes du passé: Les caractéristiques du cycle des douze ans chez les Tanala

Dans une étude sur le « Comput ancien des années malagasy », J.C. Hébert évoque aussi bien le système des sept ans du calendrier antemoro que celui des douze ans chez les Tanala d’Ikongo. Il explique de prime abord que les noms des mois, dans ce dernier cas, sont du calendrier d’origine sanscrite et les nomsd’années, ceux du Zodiaque. Toujours selon l’auteur qui se réfère aux « ombiasy » (prêtres, médecins ou sorciers), chaque année jouit de particularités qui l’identifient.

Ainsi, l’Alahamady qui, en tant que mois, correspond au Bélier, est l’année des filles et se caractérise ainsi par le fait que les femmes n’accouchent que des filles à cette époque. À l’Asaoro (Taureau), les taureaux mugissent et le riz est abondant. À l’Alizaody (Gémeaux), il ne naît que des garçons qui auront plus tard toutes les femmes qu’ils désireront. À l’Asorotany (Cancer), le tonnerre est violent. À l’Alahasady (Lion), il naît des hommes vigoureux, grands chasseurs desangliers, adroits au maniement de la sagaie. À l’Asombola (Vierge), les filles qui naissent, sauront chanter et les garçons bien mentir. À l’Alimizana (Balance), les garçons deviendront rois ou chefs de tribus. À l’Alakarabo (Scorpion), les nouveau-nées auront une vie déréglée et les garçons seront laborieux. À l’Alakaosy (Sagittaire), les enfants qui naissent, seront des sorciers et auront une nombreuse progéniture. À l’Alizady (Capricorne), les pluies seront abondantes, les caïmans dangereux. À l’Adalo (Verseau), tous les malades font « sakamanga ». À l’Alohotsy (Poissons), tous les vieillards malades mourront.

Pour illustrer ce calendrier de douze ans, J.C. Hébert cite quelques exemples. Ainsi, le 1er janvier 1904 correspond au deuxième jour de la dixième semaine- « la semaine comporte deux à trois jours »-, soit au 23 du mois de « Vatravatra » (sixième mois) de l’année Adalo (onzième année du cycle). Celle-ci a débuté le 23 juillet 1903 et se termine le 22 juin 1904. « L’année 1904 a donc été de 336 jours seulement, ce qui dénote un strict comput astrologique de 12 mois à 28 jours. »

Pour l’auteur cependant, le cycle de douze ans n’est pas d’origine arabe bien que les noms donnés aux signes du Zodiaque le soient. « Peut-être est-il une lointaine réminiscence du cycle de douze ans portant des noms d’animaux, originaires du Sud de la Chine et en usage au Viêt-Nam, au Cambodge et au Siam. »

J.C. Hébert fait ainsi un parallèle avec le cycle qui comporte les années successives du Rat, du Bœuf, du Tigre, du Lièvre, du Dragon, du Serpent, du Cheval, de la Chèvre, de l’Âne, du Coq, du Chien et du Cochon. Ce qui l’amène à s’interroger sur l’origine de ce comput très particulier des Tanala. « Pourquoi n’ont-ils pas adopté le cycle septennal usité par leurs voisins antemoro, basé sur l’énumération des jours de la semaine et que semble avoir connu la majorité des groupes ethniques côtiers de Madagascar ? »

J.C. Hébert fait aussi, dans un autre chapitre de son étude, un rapprochement entre les calendriers swahili, comorien et antalaotra (Nord-ouest malgache). Il distingue trois calendriers, le « primitif » dans lequel l’année compte 365 jours 1/4 ( ) et se base sur le cycle végétatif. Elle comporte de ce fait quatre saisons respectivement de 100-100-100-65 jours et se divise en décades.

Le calendrier solaire de 365 jours est passé par deux modifications. La première est constituée de semaines de sept jours commençant le dimanche (influence arabe). La deuxième modification se fait par trois étapes successives ou simultanées. Il y a d’abord le cycle

septennal qui accorde une place primordiale au vendredi, sans doute lié à la circoncision (influence arabe). Ensuite, la semaine débutant le samedi semble être un trait culturel local. Enfin, il y a l’année qui commence au Nairuzu (influence persane).

Le calendrier lunaire compte 354 jours avec trois couches culturelles distinctes : appellations mensuelles numériques (sauf pour les trois derniers mois), appellations mensuelles zodiacales (influence arabe) et appellations mensuelles arabes (calendrier de l’Hégire).

« Le plus étonnant est que ces éléments, dont la présence est parfois contradictoire, aient coexisté ensemble dans un syncrétisme qui n’est même pas totalement achevé. » Ainsi les fêtes et rites d’origine arabe et les mois généralement usités sont basés sur un calendrier lunaire de 354 jours. Et les fêtes du Nouvel An et les cérémonies agraires restent attachées au calendrier solaire de 365 jours qui serait d’origine persane.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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