Notes du passé: Les forces antakarana face aux troupes merina

Publié le par Alain GYRE

Les forces antakarana face aux troupes merina

22.09.2016 Notes du passé

Notes du passé: Les forces antakarana face aux troupes merina

Lorsque le roi antakarana, Tsimiaro, succède à son père Tsialana Ier en 1832, le pouvoir dont il hérite est loin d ‘être facile à assumer. C’est du moins ce que signale l’historienne Micheline Rasoamiaramanana (Colloque international d’histoire, à Antsiranana en 1987) en abordant les relations de ce roi antakarana avec les Merina et les Français.

En effet, dit-elle, dans une région marquée depuis la fin du XVIIe siècle par des soubresauts politiques, des invasions venues du pays sakalava et des guerres intestines, l’exercice de l’autorité suprême «obtenue par accord ou éviction » ne peut engendrer que des haines et des rivalités tenaces. Cela se complique par le morcellement du royaume dû à des divisions successives, les problèmes de juridiction territoriale et l’invasion du pays dans la première moitié du XIXe siècle.

Tsimiaro, petit-fils de Lamboeny, est à l’époque âgé d’une trentaine d’années et appartient à la branche royale antakarana dite d’Ambatoharanana. Et s’il hérite d’un pouvoir arraché par la force- par son père à son oncle Boanahajy (Rabona) en 1809- c’est aussi un royaume fortement affaibli depuis l’irruption des Merina en 1823, suivie de l’obligation pour le roi Tsialana de reconnaître leur souveraineté. Toutes les tentatives de les refouler s’avèrent vaines, facilitées par des « sujets pusillanimes et l’impuissance voire l’inertie de ses pairs et alliés ».

Au départ, le roi Tsimiaro bénéficie pourtant de l’appui de la majorité antakarana en tant que « symbole et garant de la continuité ». De surcroît, il a des qualités d’intelligence, d’énergie et de bravoure qui, bien utilisées, ranimeront le courage des plus défectueux et rallieront les adversaires. Sans oublier sa connaissance de l’Ankarana, pays de montagnes et de grottes qui offrent de nombreux abris naturels, ce qui peut éventuellement faciliter les coups de main et la guerre d’usure.

Face à lui se trouvent les Merina qui, malgré la crainte qu’ils inspirent, ne peuvent cacher leurs faiblesses dues à leur nombre restreint, leur isolement dans les garnisons éloignées de leurs pays, l’absence d’appui réel en attendant les troupes de secours…

Cependant, pour bénéficier de tous ses atouts, Tsimiaro doit réduire les dissensions internes et organiser la foule peu organisée et mal armée des hommes valides mobilisés.

Ce, pour pouvoir opposer une résistance concertée à la cohésion des envahisseurs qui disposent d’une armée de métier, entraînée au tir et à l’obéissance et à des éléments tactiques depuis l’ouverture de l’Imerina à l’Occident.

En outre, les Merina désignent le prince bemazava Tsimandroho pour commander la population réunie autour de la garnison d’Iharana (Vohimaro), ce qui pose un problème d’autorité.

« Certes, la présence plusieurs fois séculaires d’islamisés de culture swahili sur les côtes Nord de Madagascar et le long de la côte orientale d’Afrique a fini par créer des affinités et tisser des liens avec la famille royale antakarana. Mais les activités plus mercantiles que guerrières de ces Islamisés, limitent leur rôle à celui de conseillers et leur soutien à un appui surtout moral.»

Les conquérants inaugurent ainsi une politique de domination qui fera ses preuves, puisqu’en faisant les lois de la succession et en mettant à l’ordre du jour le vieux dicton « diviser pour régner », leur intervention contribue à compliquer les rapports entre les différents princes et surtout à renforcer leur domination.

Selon Guillain, Tsimiaro nourrit et nourrira toujours à leur égard « une haine profonde et un vif désir de vengeance » pour avoir violé le sol de ses ancêtres et porté atteinte à sa dignité de roi. Néanmoins, il reste prudent optant pour la conciliation en attendant des opportunités de vengeance. À partir de 1835, il profite d’une situation qui met provisoirement une sourdine sur les dissensions internes pour ouvrir les hostilités. Mais s’il réussit à reconquérir une grande partie de son pays, il se heurte bientôt à des problèmes déjà connus par son père:

« Le manque de cohésion des princes insurgés et la supériorité des Merina transforment son initiative en acte téméraire et l’obligent à abandonner la Grande terre et son fort naturel, situé dans les grottes du massif karstique connu sous le nom de trou de Tsimiaro pour se replier vers le petit archipel des îles Mitsio avec 5 000 (selon Dalmond) de ses fidèles en 1840 ».

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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