Electrification rurale: les solutions «décentralisées», toujours en friche

Publié le par Alain GYRE

Electrification rurale: les solutions «décentralisées», toujours en friche

Par Aabla Jounaïdi

Diffusion : mercredi 12 octobre 2016

Electrification rurale: les solutions «décentralisées», toujours en friche

Un kiosque énergétique solaire conçu par l'ONG Heri Madagascar.©beheri.com

L'électrification de l'Afrique est un énorme chantier, dont il est souvent question lorsque l'on parle du développement du continent, en particulier de ses campagnes. Chacun y va de son initiative. Et elles sont nombreuses qui tentent de combler le fossé : 500 millions d’Africains, la plupart en milieu rural, n’ont pas accès à l’électricité. Et pourtant, les ressources, énergies fossiles et énergies renouvelables, sont là. Des opérateurs, issus le plus souvent, du secteur privé, se lancent dans des solutions alternatives au réseau électrique classique. Mais ces expériences semblent encore éclatées et tâtonnantes.

Exceptés l'Afrique du Nord et l'Afrique du Sud, le continent voit une concentration de régions où le taux de population ayant accès à l'électricité est inférieur à 10%. C’est notamment le cas dans les zones rurales et périurbaines qui sont souvent éloignées du réseau national.

Pour Mouhamed Diop, directeur de projets à la société africaine de biocarburants et des énergies renouvelables SABER (une institution panafricaine chargée d’accompagner les Etats dans leur transition vers des systèmes énergétiques propres, ndlr), « il faut que les Etats se donnent les moyens de combattre cette injustice. » Selon M. Diop, les moyens financiers existent mais ne sont pas mobilisés pour viser l’objectif de la transition énergétique, alors que l’Afrique est une des régions les plus riches en ressources énergétiques renouvelables.

Pour répondre à l’urgence, des « réseaux décentralisés » se sont développés sur le continent. Ces systèmes autonomes fonctionnant grâce aux énergies renouvelables -solaire, éolien, biomasse, entre autres- constituent des solutions alternatives et complémentaires au réseau classique.

Ces dernières années, ces structures ont poussé comme des champignons. S’appuyant sur les communautés rurales, des sociétés spécialisées et des ONG ont développé des solutions dites « collectives » comme les kiosques à énergie.

La société Heri Madagascar a ainsi développé plus d’une soixantaine de « kiosques » dans la campagne malgache. Sur la Grande-Île, le problème est national puisque 15% à peine de la population a accès à l’électricité (contre 57% au Sénégal et 80% en Afrique du Sud).L’utilisation des énergies renouvelables y est, de plus, insignifiant.

C’est donc un pari qu’a réalisé la société Heri Madagascar. « Il a fallu gagner la confiance de la population, mais aussi celle des municipalités », raconte Samy Chalier, le directeur du développement. « Cela a été difficile au début et ce n’est que lorsque les constructions ont été achevées que les gens ont cru au projet », sourit-il. Désormais, la soixantaine de kiosques répartis sur l’île permet à des femmes entrepreneurs « franchisées » de louer, moyennant petite finance, des lampes à énergie solaire qu'elles rechargent sur place. L’accès à l’éclairage leur permet de prolonger leur activité et ainsi de financer la location de la lampe. Un cercle vertueux dont bénéficient également les écoliers qui peuvent étudier le soir, à la lumière de la lampe.

Heri Madagascar, « entreprise sociale » lancée en 2012 grâce à des fonds privés et de l’Union européenne, ne dégage pas de profits suffisants pour le moment. Mais son impact social est indéniable.

En dépit des risques commerciaux, le secteur privé est, avec les ONG, un acteur de premier plan des réseaux décentralisés.

En l'espèce, les Etats sont en retrait. « Les Etats se sont dit : ‘Puisque les privés et les ONG souhaitent investir ces champs-là, laissons-les faire’ », explique Loïc Owatta, consultant en management de l'énergie électrique. « Cela peut avoir du bon si l’on considère le dynamisme du secteur privé pour amorcer des dynamiques, continue-t-il. Mais le secteur de l’énergie électrique est trop important pour le laisser se développer en dehors d’une planification globale. L’enjeu, c’est de donner aux acteurs classiques (les entreprises nationales d’électricité, ndlr) les moyens d’intégrer ces innovations dans leur vision à long-terme », conclut Loïc Owatta.

En 2050, la population africaine va doubler. La question de l'électrification des campagnes se posera avec de plus en plus d'intensité, estiment les experts. Il faudra toute la force des Etats africains et des bailleurs internationaux pour accélérer et accompagner ce processus.

http://www.rfi.fr/

Publié dans Economie, Electricité

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