Hanitra, variations sur la musique malgache

Publié le par Alain GYRE

20/10/2016     

 Hanitra, variations sur la musique malgache

Hanitra, variations sur la musique malgache Pour ses compatriotes malgaches, Hanitra reste d’abord celle qui fut la voix féminine du groupe folk Lolo sy ny Tariny. Mais la chanteuse qui a construit sa carrière solo loin de son pays s’attache à proposer une vision de la musique de chez elle, moins insulaire parce que davantage au contact des autres cultures. A l’image du concert qu’elle donne en cette fin du mois d’octobre à Paris avec le groupe jazz world Akpé Motion.

 

Quand elle est revenue vivre dans l’océan Indien en 2005 après avoir passé plus de deux décennies en France métropolitaine, Hanitra a posé ses bagages à La Réunion, à 700 kilomètres à l’est de sa terre natale, Madagascar. Si sa démarche était initialement guidée par "la nostalgie", le contexte politico-économique particulièrement agité de la Grande Île lui a fait préférer le département français voisin, plus sécurisant pour la chanteuse, également mère de famille.

 

C’est là qu’elle a découvert en avril 2014 le groupe Akpé Motion, de passage pour un concert, et aussitôt noué contact avec ce quartet jazz-world basé dans le sud de la France, séduite par le jeu du batteur. Lequel a pris part à l’enregistrement de Lasa, l’album que la Malgache a sorti l’an dernier et qu’elle a dédié "à toutes ces artistes au féminin qui pourraient passer dans l’oubli", avec une pensée particulière pour la chanteuse américano-mexicaine Lhasa de Sela, disparue en 2010. "Dès les premiers mots, rien qu’avec sa voix et une guitare, elle me captive, m’ensorcèle", justifie Hanitra.

 

Elle aussi doit beaucoup à sa voix, qu’elle a commencé à faire connaitre auprès de ses compatriotes à la fin des années 70, en intégrant les rangs de Lolo sy ny Tariny, l’une des formations phares du courant folk malgache très populaire jusqu’à aujourd’hui sur les hauts plateaux de l’hinterland.

 

Seul élément féminin aux côtés de huit garçons, la jeune femme est du voyage, en 1980, quand le groupe part tenter sa chance en France, grâce à un coup de pouce au Néo-Zélandais Graeme Allwright (à qui on doit les adaptations en français de nombreuses chansons de Leonard Cohen et Bob Dylan). Un 33 tours et des concerts en Europe vont permettre à la troupe de s’installer sur le Vieux Continent. Le temps est aussi, pour certains, aux études : ce sera physique-chimie pour Hanitra.

 

Devenue enseignante, elle ne commence à envisager une carrière en son nom qu’au début des années 90. "Tant que j’étais dans le groupe, j’étais incapable d’écrire et composer pour moi", explique-t-elle. L’écoute de la Brésilienne Maria Bethânia réveille en elle de nouvelles aspirations : "C’est elle qui m’a donné envie de chanter en solo, de quitter la polyphonie du groupe auquel j’appartenais. Et de prendre tous les horizons musicaux que j’aime pour les mélanger, en tirer autre chose."

 

Dans ce romavaza artistique qu’elle a cuisiné patiemment, celle qui a été élevée aux Beatles et soutient ardemment les jeunes rockeurs malgaches de Dizzy Brains a mis des influences qui vont de Crosby, Stills & Nash aux rythmes très africains présents dans le Sud de Madagascar. Cette démarche personnelle aboutit en 1998 à Omeko Anao, son premier album, suivi en 2010 par Any Aminay puis Lasa, cinq ans plus tard.

 

Si elle s’interdit avec prudence de "faire de la politique" et d’avoir un discours trop dénonciateur vis-à-vis de ce qui se passe sur son île natale, Hanitra a trouvé par quel biais pouvoir y agir concrètement. Quand elle y retourne, c’est aussi désormais pour aller voir sa "deuxième famille", en tant que marraine d’Aïna Enfance et Avenir. Elle a rejoint les rangs de l’association humanitaire réunionnaise, qui se dit "fournisseuse d’avenir aux enfants de Madagascar depuis 2005" à travers différents programmes d’aide sur le long terme à destination des plus démunis.

 

La cause lui tient à cœur. "Je me bats pour que le projet perdure" insiste-telle, tout en ajoutant aussitôt qu’elle n’a "peut-être pas la carrure des autres parrains", allusion notamment au chanteur français Laurent Voulzy – venu l’an dernier à Antananarivo avec son complice Alain Souchon pour donner un concert caritatif auquel Hanitra a bien sûr participé. "C’est une petite goutte d’eau par rapport à toute la misère de Madagascar, mais si on peut donner leur chance à quelques enfants, c’est déjà ça." Et c’est déjà beaucoup.

 

Source:Rfi

http://www.etropique.com/

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