Notes du passé: Des frères ennemis unis le temps d’un régicide

Publié le par Alain GYRE

Des frères ennemis unis le temps d’un régicide

09.09.2016 Notes du passé

Notes du passé: Des frères ennemis unis le temps d’un régicide

Dans la nuit du lundi 11 mai 1863, Radama II tombe sous les coups des sicaires « envoyés par deux frères ennemis, momentanément réconciliés par le crime » (Ary Robin ou M.F. Robinary, sociétaire de l’Association nationale des écrivains de la mer et de l’outremer). L’auteur veut parler de Raharo alias Rainivoninahitriniony et Tsimanosika alias Rainilaiarivony. Tous deux « se glorifient » de leur forfait. « Ni la cupidité ni l’amour des grandeurs ne furent pour rien dans l’accomplissement de cet acte politique. Nous ne vîmes que l’intérêt de la patrie. »

Selon Robinary, les vrais motifs du régicide sont de deux sortes. D’abord le besoin de consolider l’oligarchie hova créée sous Ranavalona Ire et menacée sous Radama II par l’influence des « mignons » du roi, les Menamaso- « les débauchés aux yeux rouges »-. Ensuite, la nécessité de mettre à néant la charte octroyée à Lambert. Tous deux sont fils de Rainiharo, de son vivant Premier ministre de Ranavalona Ire et fondateur de la puissante oligarchie qui domine toute l’histoire de Madagascar dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Héritier de la charge de son père, Raharo est le Premier ministre en fonction. Son cadet le deviendra aussi après avoir supplanté son frère « qu’il devait traiter avec la dernière ignominie, juger lui-même, charger de chaînes de son poids, exiler ».

Cet « homme extraordinaire » est né au mois d’Alakaosy, regardé comme néfaste au plus haut point par les augures. Il est voué à la mort dès sa naissance. Il échappe pourtant au bain d’eau bouillante grâce à deux expédients cruels, « amputation de l’annulaire droit et application d’un sobriquet honteux, Tsimanosika ou le dégradé, l’aplati ». À la naissance de son fils Laiarivony, Tsimanosika peut enfin relever la tête. Il prend, suivant la coutume le nom de son futur héritier. « Il entrait dans l’histoire en s’appelant Rainilaiarivony- le père de Laiarivony- et en affichant une haine irréductible contre la France.» Raharo et Rainilaiarivony croient anéantir la Charte Lambert avec la mort de Radama II, mais il n’en est rien.

Radama II s’exprime ainsi le 9 novembre 1861 : « Nous autorisons J. Lambert à former une compagnie ayant pour but l’exploitation des mines de Madagascar, des forêts et des

terrains situés sur les côtes et dans l’intérieur. Ladite compagnie aura le droit de créer des routes, canaux, chantiers de construction, établissement d’utilité publique, de faire frapper des monnaies à l’effigie du roi ; en un mot, elle pourra faire tout ce qu’elle jugera de convenable au bien du pays. Nous nous engageons à favoriser cette compagnie de tout notre pouvoir, spécialement à l’aider et à se procurer des travailleurs. De son côté, la compagnie s’engage envers nous, par une réciprocité loyale, à nous aider selon son pouvoir dans nos projets d’amélioration et de civilisation de notre pays, se rappelant qu’elle est fondée dans le but de procurer le bien et la prospérité de notre gouvernement. »

Ce document est contresigné par le Premier ministre Raharo à qui son frère Rainilaiarivony ne pardonne jamais cet aval. Pour les nationalistes hova, routes, canaux, chantiers de construction constituent les chemins et les instruments de l’invasion. La main d’œuvre à fournir et à rétribuer par la frappe des monnaies signifie l’émancipation des esclaves. Ils ne supportent surtout pas « l’abolition des corvées gratuites qui avaient fait jusque-là la force de la monarchie, la puissance des grands officiers et des grands dignitaires, la vie fastueuse de l’oligarchie dominante ».

À la place de la monnaie Lambert, Rainilaiarivony recourra à la monnaie de l’institution Kingdon. Celle-ci émettra des piastres de moindre valeur que celle de la piastre ordinaire, française, brésilienne, suisse, italienne ou autre. « Tous s’empressèrent de profiter de l’aubaine. Tout l’argent de bon aloi ayant ainsi été drainé dans les coffres de Kingdon et de Rainilaiarivony, on constata avec stupeur que les nouvelles piastres avaient été fabriquées par des faux-monnayeurs. Une émeute faillit éclater. »

L’affaire aboutit à une réclamation par Napoléon III pour Lambert de 1 200 000 francs d’indemnité. Échaudé par ce règlement de comptes, le gouvernement de Ranavalona II refuse de liquider la succession de Jean Laborde et c’est la première guerre franco-merina de 1883-1885. Il refuse également de remplir les clauses du traité de 1885 (paiement d’une indemnité de 6 millions de francs), prétexte à la seconde guerre franco-merina qui se termine par le protectorat de 1895 puis la colonisation de 1896.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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