Notes du passé: Digne de la couronne qu’il porte…

Publié le par Alain GYRE

Digne de la couronne qu’il porte…

26.10.2016 Notes du passé N°2279

 

Le début des relations anglo-malgaches, à partir de 1816, joue un rôle capital dans l’évolution de l’histoire de Madagascar. Dans un document qu’il rédige, l’agent civil britannique Thomas Pye, apporte des précisions – « du plus haut intérêt », selon l’archiviste paléographe Jean Valette – sur les quelques jours qui précèdent, la signature, le 9 juillet 1817, du traité passé entre Radama Ier et Jean René, prince betsimisaraka. Traité qui bouleverse les forces politiques malgaches en assujettissant Jean René, jusque là indépendant, au roi merina.

Le 6 juin 1817 au soir, alors qu’il réside à Toamasina en qualité d’agent civil du gouvernement de Maurice, Thomas Pye reçoit par un courrier venant de Foulpointe, une information confidentielle. Celle-ci annonce que le schooner français l’ « Espoir », battant pavillon arabe, s’apprête à embarquer des esclaves le lendemain et à faire voile aussitôt après pour Bourbon. Celui qui l’en informe est le capitaine français qui commande le navire. La réticence des armateurs à lui payer sa solde et l’appréhension que les Arabes du bord ne veuillent le jeter à la mer en arrivant près des côtes de Bourbon, font naitre chez lui de la crainte et le désir de se venger.

L’agent anglais sent la nécessité de s’entourer de précautions et prend ses dispositions. Il quitte Toamasina et gagne Foulpointe, le soir du 8 juin à 20 heures. À son arrivée, il trouve un jeune homme qui l’attend avec impatience. Il l’informe que le capitaine est à bord et lui assure que le navire achève d’embarquer sa cargaison de 97 esclaves destinés à Bourbon. Ce qui est en contravention aux lois française et anglaise.

« J’ai appris qu’indépendamment de huit arabes, il y avait aussi à bord  six solides esclaves employés en qualité de matelots et vêtus comme tels. »

Thomas Pye est accompagné d’un interprète, d’un guide et de Tsimirilaza, chef de Foulpointe et fils cadet du roi betsimisaraka Zanahary. Ils montent dans une petite pirogue et en quelques minutes, ils sont à bord du navire. Après une résistance acharnée de tous, sauf du capitaine, l’agent anglais réussit à en prendre possession et à s’y maintenir, malgré deux tentatives des Arabes pour le reprendre. « Au cours de ces deux tentatives, ils eurent deux tués et deux blessés. Le capitaine français du schooner qui m’aidait, fut aussi gravement blessé. » L’Anglais insiste également sur la « conduite zélée et désintéressée » de Tsimirilaza.

Il explique que les relations d’amitié et de commerce qui lie ce dernier aux Arabes, par le paiement de certaines taxes en contrepartie de l’usage de son port, lui fournissent la plus grande partie de ses revenus. Ce qui est un lien considérable d’intérêt. Mais l’influence dominante que les Arabes obtiennent dans cette partie de la Grande ile sur ce chef  betsimisaraka, en l’effrayant par leur nombre et leur courage supérieur, touche à sa fin.

« En effet, nous avons vu le chef malgache prendre une aussi rapide et aussi active part à briser les liens des esclaves et pratiquement renoncer à jamais à ce à quoi il avait l’habitude, la vente des Malgaches aux Blancs. C’est la juste récompense d’une politique éclairée qui a été pendant longtemps menée avec une persévérance et une vigueur dignes de l’importance de son but jusqu’à ce que le résultat soit obtenu. »

Pye revient à Toamasina, le 17 juin, et y trouve le chef et tous les habitants du pays alarmés par la nouvelle, imprévue pour eux, que Radama, roi des Merina, quitte sa capitale avec une armée de 40 000 hommes, dans le but de visiter cette partie de la côte. Radama arrive le 4 juillet et le lendemain, le navire le « Phaeton», commandé par le capitaine Stanfell, arrive à point nommé de Maurice, avec à son bord, les jeunes princes, ses frères, et James Hastie qui est leur précepteur. La joie de Radama est débordante. Son entrée à Toamasina, à la tête de son immense armée, en présence de laquelle il reçoit les jeunes princes des mains du capitaine Stanfell, est un imposant spectacle.

« Aucune description ne pourrait rendre cette magnificence. Sa garde du corps a atteint un très haut degré de discipline, jamais je n’avais été témoin en Europe, de plus de perfection dans l’exercice et d’ordre dans la tenue. J’en fus étonné. Ce corps d’élite se monte à 500 hommes. Il y a aussi au moins 35 000 soldats entrainés. Le roi fait manœuvrer et dirige d’un regard cette armée en apparence désorganisée. »

D’après l’agent anglais, Radama possède une grande et belle âme et il est très sensible aux sentiments de gratitude et d’amitié. « En vérité, il m’a semblé en tous points digne de la couronne qu’il porte».

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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