Notes du passé: L’or, richesse nationale et bien du peuple

Publié le par Alain GYRE

L’or, richesse nationale et bien du peuple

05.10.2016 Notes du passé

Notes du passé: L’or, richesse nationale et bien du peuple

Créée au lendemain de la signature des nouveaux accords franco-malgaches qui, en principe, devait aboutir à la consécration de l’indépendance monétaire de la Grande ile, la Banque centrale de la République malgache (BCRM) est, pense-t-on alors, un instrument d’impulsion approprié aux besoins de développement économique du pays. Elle est, dès lors, l’un des symboles de la souveraineté pleine et entière recouvrée par les Malgaches.

C’est le 12 juin 1973 qu’elle est fondée, succédant à l’Institut d’émission malgache et constituant une assise de l’indépendance économique souhaitée en 1972, par le peuple. Peuple dont la volonté d’avoir une monnaie nationale date alors de plus d’un siècle, sous la royauté. En effet, le prince Rakotoseheno, futur Radama II, se lie d’amitié avec le Français Lambert dès 1855. Il lui octroie une charte qui doit accorder à ce dernier, une véritable mainmise sur l’économie malgache. Devenu roi en 1861, le prince confirme la charte qui porte sur le monopole de l’exploitation des mines, la libre exportation des produits miniers et agricoles, la frappe d’une monnaie locale, etc.

Quelques années plus tard, le 23 juin 1866, le Premier ministre Rainilaiarivony signe avec des milieux britanniques un accord qui porte création d’une Banque royale de Madagascar, dont la vocation est « d’émettre des billets en langue malgache que le gouvernement malgache accepterait comme monnaie… Les rivalités franco-anglaises survenues en 1866, avaient mis fin rapidement aux activités de la Banque royale » (Edilberg Razadindralambo, premier président de la Cour suprême).

Par la suite, le traité du 17 décembre 1885, met fin à la première guerre franco-malgache. Le texte dispose que le gouvernement malgache paiera une indemnité de 10 millions de francs avec occupation de Toamasina jusqu’au paiement complet de la somme. Le Premier ministre, afin d’obtenir l’évacuation de Toamasina, charge Kingdon de négocier un emprunt à Londres. La France s’y oppose et fait admettre un emprunt auprès du Comptoir d’escompte de Paris. Celui-ci introduit les premières espèces monétaires françaises à Madagascar au lendemain de la loi d’annexion du 6 août 1896…

La BCRM est à pied d’œuvre en 1973, mais encore faut-il que ses coffres-forts abritent des réserves suffisantes et constantes de devises étrangères et d’or pour que soit solidement garantie la convertibilité de la monnaie nationale, le FMG. Les gisements aurifères de Madagascar, aussi bien alluvionnaires que filoniens, sont loin d’être épuisés. Ce, en dépit d’un écrémage anarchique des meilleurs endroits durant l’époque coloniale. C’est pourquoi, le gouvernement Ramanantsoa décide de proclamer, une fois de plus, que « l’or est un bien national qu’il faut protéger contre les trafiquants de tous bords, mais aussi de rendre son exploitation plus rationnelle et donc, plus rentable, en créant des tobim-panjakana, c’est-à-dire des chantiers ouverts pour le compte de l’État » (Georges Ramamonjisoa, journaliste).

Quelques mois plus tôt, le 21 mars 1973, le général de division Gabriel Ramanantsoa lance ce nouveau programme à Maevatanàna où 835 kg d’or sont extraits de 1887 à 1893, soit en six ans avant la colonisation. « On sait que Maevatanàna et sa région sont riches en gisements aurifères », souligne-t-il alors. « Nous aurons à développer au maximum la prospection et l’exploitation aurifères par le biais de collectivités villageoises ou Fokonolona, qui devront vendre leur production à un seul acquéreur, l’État.» Et de poursuivre «Nul n’ignore que des étrangers mettent à profit notre pauvreté pour acheter à vil prix et clandestinement l’or malgache. L’État, représentant du peuple, unique propriétaire de l’or, est le seul autorisé à en acheter. Le trafic qui se fait à son insu est illicite et sera désormais sévèrement réprimé. »

Le premier chantier ouvert dans le cadre de l’opération est celui de Masokoamena, dans la sous-préfecture de Tsaratanàna, toujours dans la province de Mahajanga. Son inauguration officielle, le lundi 9 juillet, revêt un caractère symbolique. Comme l’explique le ministre de l’Économie et des finances, Albert-Marie Ramaroson, la mise en exploitation de ce gisement, est la première étape d’une entreprise annoncée par le chef du gouvernement « qui visera l’exploitation rationnelle des richesses du sous-sol malgache grâce au travail et aux efforts que permettra la nouvelle restructuration du monde rural. » Car les collectivités villageoises sont érigées en institutions sociales dotées de pouvoirs étendus.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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