Notes du passé: La communication à travers les époques

Publié le par Alain GYRE

 

20.10.2016 Notes du passé N°2274

Le besoin de correspondre se manifeste, semble-t-il, à Mada­gascar dès la formation des premières « tribus ». Mais il est difficile de retracer l’évolution de cette communication jusqu’aux « mpiandry taratasy », autrement dit les porteurs de messages.

En tout cas, ce système ne doit acquérir la forme d’un service organisé qu’à l’issue des luttes qui précèdent l’instauration d’un pouvoir unique en Imerina. À cette époque, le pouvoir central se trouve dans la nécessité d’entretenir des rapports suivis avec ses armées en campagne, ses délégués en province et, peut-être, les représentants des puissances étrangères fixés sur le littoral.

En 1790, Andrianampoi­nimerina voit dans cette institution un moyen facile et sûr de renforcer l’action de son gouvernement. Aussi place-t-il sous son autorité directe les messagers de profession, quelque peu épars jusque-là. Son fils, Radama Ier sous l’emprise des mêmes préoccupations politiques, crée en 1810 un corps spécial de messagers royaux qu’il dénomme « Tsiamandoamamy ». Il en répartit l’effectif en de nombreux relais dans les directions de Toamasina, Maevatanàna et Fianarantsoa.

Ces « Tsimandoa » sont exempts de tout autre service ou corvée. Ils bénéficient du plus entier concours des autorités qui leur offrent des dons et pourvoient à tous leurs besoins. Fiers de leur mission et du prestige qui s’y rattache, ils réalisent des performances remarquables dans un pays dépourvu de voies de communication. C’est ainsi que le parcours d’Antananarivo à Fianarantsoa (360 km) est couvert en 65 heures, grâce à une trentaine de relais.

Cette institution, conçue dans un but politique, n’est jamais mise à la disposition des particuliers par le gouvernement hova. Aussi plus tard, pour soustraire leurs nationaux aux inconvénients d’une situation que le gouvernement merina entend perpétuer, la France et l’Angleterre instituent-elles un service périodique de courriers entre la côte et la capitale. À l’arrivée des paquebots d’Europe, les consulats de chacune des deux puissances groupent le courrier et le confient aux porteurs qui rejoignent Antananarivo.

Après le traité du 17 décembre 1885, l’administration française fait de grands efforts et obtient la faveur de la population. En septembre 1888, un office postal est créé à la Résidence générale. Aux bureaux déjà installés dans les anciennes possessions françaises de Diego-Suarez, Nosy Be et Sainte-Marie, viennent s’ajouter les établissements de Mahajanga, Vatomandry, Andevoranto, Maha­noro, Mananjary, Fianarantsoa, Maroantsetra et Vohémar. Mais faute d’agents techniques, le service y est alors assuré par des commerçants français ou par des représentants de la douane. Quant au bureau de Toamasina, il est rattaché depuis 1882 à l’office de La Réunion.

De Diego-Suarez partent des courriers qui desservent Sakarama, la Montagne d’Ambre, Vohémar et, par les navires, les ports de la côte Ouest. À cette époque, Antananarivo est reliée sept fois par mois à Toamasina, une fois à Maevatanàna et Mahajanga, deux fois à Ambositra, Fianarantsoa et Mananjary, tandis que Toamasina dessert trois fois par mois Vatomandry, Mahanoro et Mananjary, deux fois Mahambo, Foulpointe et Fenoarivo. Ces navires assurent parallèlement les réexpéditions vers les autres ports de la côte Est. Ainsi, la régularité et la sécurité du service français s’établissent de façon définitive.

En 1892, se crée le service des mandats. La poste prend ainsi une extension considérable, elle devient « l’auxiliaire influente et pacifique de la pénétration française en favorisant, avec l’association des intérêts, les échanges d’idées et de produits ». D’autant plus que les résultats acquis ne sont pas compromis par les troubles de 1895, même si les opérations ralentissent. Durant la pacification, le service reprend son développement puis étend progressivement ses activités, non seulement dans la branche postale, mais aussi au télégraphe, au téléphone et enfin à la radio.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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