Notes du passé: Madagascar à travers des sites historiques

Publié le par Alain GYRE

Madagascar à travers des sites historiques

 

14.10.2016 Notes du passé N°2269

Notes du passé: Madagascar à travers des sites historiques

La plupart des noms de sites  (villes, collines, caps, vallées, lacs, etc.) correspondent dans la Grande île à un fait historique ou sont attachés à une légende née d’un évènement réel.

Ainsi, à l’Ouest de l’île Sainte-Marie, se trouve Ampanangona. Ramaro­manompo, roi de Foulpointe et des Betsimisaraka, le réserve pour servir de lieu de sépulture à la noble race des Zafindraminia. Le prince y fait élever un vaste bâtiment en madriers de bois choisis pour durer. Selon Barthélémy Huet de Froberville, Ramaromanompo veut y être enterré le premier. C’est ainsi que son corps y est déposé en 1754 avec tous ses bijoux en or massif (colliers, chaînes, manilles…), ses lingots d’or et d‘argent…

Les circonstances ne permettent pas, cependant, que ce lieu cache longtemps leur sépulture. Quelques années plus tard, le riche édifice est découvert par des Européens établis sur l’île aux Cailles, voisine de Sainte-Marie. Ils trouvent moyen de s’y introduire de nuit et le pillent. Ce cambriolage n’est connu des habitants que par la vente à l’étalage des richesses renfermées dans le tombeau. Ils portent plainte auprès de Valigny, alors gouverneur de l’établissement français pour le compte de la Compagnie des Indes, qui fait rechercher les coupables. Il en attrape quelques-uns et récupère quelques bijoux. D’autres plus malins trouvent le moyen de cacher les preuves matérielles de leur délit et d’échapper à la sentence. Néanmoins, désignés publiquement comme ayant participé au vol, ils sont chassés de l’établissement.

« Faible et tardive réparation de l’autorité pour un sacrilège monstrueux aux yeux du peuple le plus inviolablement attaché au culte des ancêtres ! »

Depuis, ces sacrilèges se renouvellent « avec une ferveur qui ne se conçoit pas. Les os des morts même n’ont point été respectés et ont couvert le sol de l’île qui, ainsi profanée, a dès lors tout à fait cessé d’être le lieu de sépulture des familles considérables de la Grande terre ».

Dans le Nord-ouest, se situe l’île Lambo qui fait partie d’un petit archipel. Sa pointe sud est nommée Ambala­metsaka et c’est là que les voyageurs font une petite halte. Du temps de Mayeur, en 1775, ce lieu est célèbre par le tombeau qui s’y trouve. C’est celui de Matavy, petite-fille du roi sakalava, femme de Ratsimilaho, roi de Foulpointe, et mère de Zanahary qui succède à son père.

Toujours dans la province du cap d’Ambre, se trouve la montagne Ankavaraky (Ankarana) décrite par Mayeur dans son « Voyage du Nord ». Arrivé à Mahafotoana, village de Lamboeny I (1710-1790), chef de la province, il apprend « qu’au-delà des mornes d’Ankavaraky » existe une vaste plaine fertile entourée de toutes parts de rochers presqu’inaccessibles. Elle est arrosée par une belle rivière qui prend sa source à mi-flanc intérieur des mornes « qui renferment le tombeau de la famille de Lamboina et constituent le lieu de dépôt de toutes ses richesses ».

Selon ses guides, le sommet de la montagne est « de corail blanc comme celui que l’on trouve au sommet de la mer, et qu’on était de temps en temps obligé de le casser parce qu’il repoussait sans cesse et embarrassait le sentier ». Comme les habitants ne le lui interdisent pas, Mayeur monte sur la montagne et découvre que tout cela est vrai. Il promet toutefois de ne pas aller au-delà de l’entrée de la plaine.

Mayeur constate qu’il n’y a qu’un seul chemin praticable d’accès à la plaine. Il comprend que ce lieu est le refuge des gens du pays lorsque la guerre s’allume entre les Sakalava et eux. « Ils y sont à l’abri de toute insulte. Les refugiés cultivent les choses nécessaires à leur subsistance. Ils y ont des troupeaux qui prospèrent. Les femmes et les enfants y trouvent la terre de

plantations, tandis que les hommes tiennent la campagne et font tête à l’ennemi. »

En outre, partout la masse élevée de corail présente des pointes aigües et fragiles qui en rendent l’accès impossible. Comme la rivière qui traverse la plaine, en s’échappant à travers les rochers forme une issue dont l’ennemi peut s’emparer, Lamboeny fait construire une digue élevée « pour fournir une abondance d’eau telle que nul ne put se hasarder à la franchir. Aux premières apparences de guerre, on faisait refluer toutes les eaux de la rivière de ce côté, ce qui formait un immense réservoir d’où alors elle s’échappait en torrents rapides auxquels rien ne pouvait résister ».

Mayeur ne peut pourtant pas visiter le lieu de sépulture de la famille Lamboeny (Ambatoaranana) car il n’a pas pu le rencontrer pour lui en demander l’autorisation.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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