Notes du passé: Plusieurs catégories dans les pratiques médicales traditionnelles

Publié le par Alain GYRE

Photo: latribune.cyber-diego.com

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Plusieurs catégories dans les pratiques médicales traditionnelles

07.10.2016 Notes du passé

La flore médicinale malgache est l’une des plus riches du monde. L’ile compte 12 000 espèces parmi lesquelles plusieurs milliers de plantes sont médicinales car elles possèdent des propriétés thérapeutiques. Celles-ci sont si grandes que, de tout temps, elles sont utilisées de manière empirique par les Malgaches pour se soigner. La guérison par les plantes date, en effet, de l’époque des ancêtres. Et malgré l’introduction de la médecine européenne avec l’arrivée des missionnaires, ces derniers continuent à pratiquer la médecine traditionnelle. La raison en est que les médecins manquent et surtout que des résultats probants sont obtenus dans ce domaine.

Fortement impressionné par cette médecine traditionnelle, le Dr Gershon Ramisiray soutient, devant la Faculté de médecine de Paris, le 18 juillet 1901, une thèse sur « les pratiques et croyances médicales des Malgaches ». Dans son étude, il insiste sur la philosophie qui dicte la procédure et la méthode de traitement des maladies. Le Dr P. Radaody-Ralarosy en rapporte quelques extraits dans le Bulletin de l’Académie malgache, nouvelle série, tomes XLVII-1 et 2.

Le Dr Ramisiray montre le Malgache « entouré de mille dangers», essayant de comprendre ce qui l’environne et de trouver l’origine de ses maux. D’après lui, ils ne subissent pas les maux sans lutter et devant chaque cas, il a une conduite à tenir qui est toujours la même. Pour connaitre la ligne générale du destin ou pour déterminer chaque sort, on s’adresse à l’astrologue ou au devin. Pour connaitre l’esprit malfaisant, cause directe du mal, on recourt à l’expert en « sikidy », seul qualifié pour mettre en cause les Ancêtres (razana), les Vazimba, ou les sorciers (mpamosavy).

Le diagnostic étant établi et aucun danger n’étant inéluctable, les indications thérapeutiques sont prescrites par le faiseur d’amulettes (mpanao ody) ou par le médecin (mpanao fanafody). C’est ainsi que le Malgache se fait

surtout soigner chez les sorciers et les faiseurs d’amulettes lorsqu’il s’agit de guérir les maladies

nerveuses.

Dans la thèse du Dr Ramisiray, les pratiques médicales sont classées en plusieurs catégories : maladies générales, celles des organes, celles dites chirurgicales, celles nerveuses dites diaboliques, maladie finale et enfin, les médicaments. Cette dernière partie traite de l’utilisation de tous les produits d’origine minérale,

animale ou végétale. Une liste est dressée par ordre alphabétique, avec le nom correspondant en français ou en latin, ainsi que le mode d’emploi.

Le Dr Ramisiray groupe dans le chapitre des maladies générales et éruptives la fièvre, la variole, la lèpre, la rougeole, la syphilis, les oreillons, la rage, la blennorragie, la goutte, le rhumatisme… Comme exemple de cas typiques de guérison par la pratique traditionnelle, citons la fièvre (tazo) due à l’odeur même de la terre qui s’exhale après une grosse pluie suivie d’un soleil ardent. La prophylaxie consiste à éviter de manger les fruits sucrés ou gâtés, de boire d’une eau stagnante, d’éviter toute piqure ou blessure de bête, toute fatigue et de mener une vie régulière. Pour le traitement curatif, on utilise des produits végétaux, tels « andemy, nonoka, komy, kiranjay, vahivoraka», ce dernier étant un purgatif énergique prescrit dans le traitement de la splénomégalie (atodin-tazo, œuf de ou à fièvre).

Les fractures se classent dans les « maladies dites chirurgicales ». Considérées comme dues aux maléfices, elles sont soignées par des experts en « sikidy » qui prescrivent des plantes en infusion ou en lavement, ou des bouillons d’os de porc, de crocodile, de chien ou de chat, animaux qui n’ont jamais de fracture, du moins pour les graves fractures du crâne ou de la poitrine.

L’épilepsie figure parmi les « maladies nerveuses dites diaboliques ». Appelée « grand jour » (androbe) parce qu’elle se manifeste « au grand jour », quand il y a foule, l’affection siège au cerveau et se communique par la salive. Outre les procédés folkloriques- herbe verte et couronne de tiges d’herbes séchées pour caler les fardeaux sur la tête (halana)-, il faut faire avaler au malade avec de l’eau, les cendres d’une plume de corbeau et d’un morceau de bois de « hazotokana ».

La « maladie finale », la dernière, est due à la perte de l’âme. Une fois l’âme séparée du corps (lasa ambiroa), la mort survient en « onze mois pour les uns, treize lunes pour les autres », le principe vital ne subsistant plus que d’une manière précaire. « L’âme ne s’envole point de son gré, elle redoute les froides demeures. C’est l’être malfaisant qu’est le sorcier qui possède l’art infernal de ravir l’âme à la demeure paisible du corps. »

Pela Ravalitera

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