Notes du passé: Une manifestation économique pour calmer les esprits rebelles

Publié le par Alain GYRE

Une manifestation économique pour calmer les esprits rebelles

08.10.2016 Notes du passé

Photo: www.ebay.fr TANANARIVE-FOIRE-EXPOSITION-1948
Photo: www.ebay.fr TANANARIVE-FOIRE-EXPOSITION-1948

«Témoignage de patients efforts de l’ordre spirituel, économique, social, promesse d’un avenir meilleur pour tous les habitants de ce pays, la Foire-exposition du Progrès franco-malgache, malgré la révolte- à cause de la révolte-, n’est donc pas le fruit d’un optimisme téméraire, mais bien une manifestation réaliste, constructive et aussi, de la part de tous, un acte de foi. »

Les blessures physiques et morales occasionnées par la répression lors des évènements de mars 1947 ne sont pas encore cicatrisées que déjà, le gouvernement général français organise une foire d’envergure qui doit durer quatre semaines (5 octobre-7 novembre).

Défi ou paradoxe à l’heure où sonne le glas de la domination coloniale dans le monde Pour le haut-commissaire Marcel de Coppet, ce n’est ni l’un ni l’autre, car « cette foire, c’est précisément pour ramener à leur signification véritable les douloureux évènements que nous venons de connaître ». Et est-ce une méconnaissance ou un total mépris du sens profond de ce soulèvement En tout cas, M. de Coppet en donne une version bien française, tout en insistant sur les conséquences de « la révolte qui s’achève » et qui est une « chose grave ». « Elle a coûté bien des vies humaines. Les destructions, les ruines seront longues à relever. Un climat de malaise est né que le temps seul pourra faire disparaître. »

S’attaquant directement aux « fomentateurs » qui ne sont qu’ « une poignée » d’ambitieux et d’intrigants désireux de rétablir, à leur profit, les privilèges d’un autre âge, le gouverneur général traite leurs partisans de simples exécutants, « d’individus fanatisés appartenant à des tribus primitives, dont Gallieni avait déjà pu mesurer la xénophobie ». Il se réfère ici aux Menalamba, les premiers insurgés (1897) à être appelés « Fahavalo » (ennemis) ou rebelles par les Français.

Selon le gouverneur général, en effet, « toute l’île civilisée est restée calme » puisque c’est au cœur de la forêt, dans les régions « où les facteurs géographiques » rendent difficile la pénétration française, que « les superstitions, la sorcellerie, les serments rituels ont pu provoquer la barbarie- fait capital de l’insurrection- sans lequel les desseins criminels des insurgés seraient demeurés vains ».

Et pour apporter sans doute du réconfort teinté d’espoir à « l’immense majorité des Malgaches », il ajoute: « Mais en dépit des crimes inspirés par quelques criminels insensés, malgré l’odieuse machination tramée dans l’ombre par des ambitieux sans scrupules, le 29 mars 1947 ne doit pas représenter, ne représente pas une solution de continuité dans l’œuvre entreprise ici par la France, non plus qu’une cassure irrémédiable entre les Français et l’immense majorité des Malgaches. Nous pleurons nos morts, mais plus forte que toutes les rébellions, la vie continue, les activités créatrices se poursuivent et la France sans laquelle Madagascar ne serait point en passe de devenir un grand pays moderne, la France demeure. »

Par-delà son aspect purement économique, l’objectif de la Foire qui est réellement une réussite, consiste d’ailleurs à démontrer à quel point les « insurgés » ont tort, comme le laisse entendre le discours de M. de Coppet. « Elle aura permis aux populations de la Grande ile de prendre conscience des réalisations obtenues en un demi-siècle de colonisation franco-malgache. » Et pour apporter une note optimiste quant à l’avenir des rapports entre les deux pays, entre les deux peuples, il affirme que cette foire a redonné aux Malgaches confiance en eux-mêmes.

« À considérer la synthèse de leurs efforts, ils ont compris quel pas ils avaient franchi sur la route du

progrès, sur cette route où la France continuera à les guider avec le souci constant de leur faire

trouver en eux-mêmes, dans le sol de leur Patrie comme aussi bien dans les richesses de leur langue, des valeurs personnelles originales, représentatives de leur génie naturel, de cette âme qui va bientôt découvrir les modes divers de son expression. »

D’ailleurs, « la Métropole, malgré les difficultés financières dues à la seconde guerre mondiale, a décidé de consentir en notre faveur les sacrifices nécessaires ». En 1947, elle accorde à titre exceptionnel 2 100 000 dollars pour l’achat de tissus. Une allocation équivalente en livres sterling est également attribuée, de même un contingent de devises de 8 400 000 dollars pour les six premiers mois de l’année.

« Pour 1948, nous avons établi un programme d’importations qui atteint 275 000 tonnes de marchandises correspondant, en monnaie de compte, à 81 millions de dollars. »

Pela Ravalitera

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article