Un compromis théorique dans la langue malgache

Publié le par Alain GYRE

Un compromis théorique dans la langue malgache

31.10.2016 Notes du passé

 

Hormis la traduction de la Bible par les missionnaires, celles réalisées dans les écoles par les enseignants et leurs élèves posent dès le départ un problème essentiel.

Il s’agit du support avec lequel il faut écrire la langue malgache ou la graphie. Jusqu’à cette époque, les quelques textes publiés en malgache, « l’avaient été d’une manière purement phonétique et empirique, sans qu’aucun effort ait été tenté pour établir des règles fixes de concordance entre l’alphabet utilisé et les sons entendus » (Jean Valette, archiviste-paléographe).

En effet, l’alphabet arabe est utilisé pour transcrire des textes malgaches, mais il est vite abandonné au profit de l’alphabet latin. « Ce rapide abandon montre que l’alphabet arabe n’était guère répandu. »

Pourtant, dans les langues européennes, chaque lettre ne recouvre pas toujours le même son. « Par exemple, la même voyelle anglaise peut avoir plusieurs sons selon le mot dans lequel il se trouve. La lettre x en français se prononce de cinq ou six façons différentes. Notons aussi que dans le mot français oiseau, aucune des lettres qui le composent, ne correspond à un son réellement prononcé. »

Tous arrivent alors à un compromis théorique comme le rapporte Coppalle.

Les élèves emploient dans leur écriture les caractères européens et, pour éviter les défauts de ces caractères, il est convenu entre Hastie, Jones et Jeffreys d’une part, et Robin, d’autre part, que l’on prononcerait les consonnes comme les Anglais et les voyelles comme les Français. On devra retrancher de l’alphabet les lettres inutiles à la langue ambaniandro, mais ces sages dispositions ne sont pas exécutées. « L’élève lit toujours dans son alphabet c, q, w et x dont il n’a pas l’emploi, et les maîtres anglais prononcent toujours les voyelles à la manière anglaise. »

Grâce à sa simplicité et malgré les rivalités, le système adopté se révèle « particulièrement heureux » et l’écolier malgache est de loin plus favorisé sur ce plan que son petit camarade anglais ou français.

Ce problème de la correspondance des sons et des lettres étant résolu, il reste celui du vocabulaire. Un certain nombre de concepts, chrétiens en particulier, sont alors totalement inconnus de la pensée malgache, d’où l’absence de mots qui n’ont jamais jusqu’alors pénétré en Imerina. On y supplée en empruntant aux vocabulaires anglais et français des mots « aujourd’hui complètement passés dans l’usage » et dont, bien souvent, la forme malgache est telle qu’il est difficile de les reconnaître à première vue.

Chapus cite notamment « lasaka » (le sac), « soavaly » (cheval), « pasipaoro » (passeport), « koarantina » (Corinthien), « farantsay » (français), « mompera » (mon père), etc.

Jean Valette parle également des travaux de grammaire, plus rares au début. Le Rev. Jeffreys écrit vers 1825 une grammaire malgache restée manuscrite et perdue.

Enfin, les travaux étant réalisés, il faut les diffuser pour qu’ils puissent toucher le plus grand nombre de gens. L’imprimerie n’ayant pas encore pénétré dans la Grande ile, les missionnaires doivent faire preuve de ténacité et d’abnégation pour surmonter cette difficulté. Cette tâche marque l’année 1826.

La Société biblique de Londres offre 150 rames de papier. La Société des Missions de Londres s’occupe de fournir une presse à ses missionnaires et désigne pour en assurer le fonctionnement un de ses agents, Hovenden qui a auparavant travaillé à Saint-Pétersbourg (Leningrad). Accompagné de son précieux matériel, il arrive à Antananarivo le 20 novembre 1826, mais succombe aux fièvres le 15 décembre suivant.

Coup de sort vite surmonté grâce à l’habileté et au dévouement de Cameron qui retrouve un manuel d’imprimerie dans les bagages du mort, dans une case mise à sa disposition à Ambatonakanga. Il réussit ainsi à monter la presse et à se familiariser avec son maniement. Dès le 4 décembre 1827, il arrive à tirer quel­ques exemplaires des Dix Commandements.

 

Pela Ravalitera

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