Antananarivo, un centre agricole dès sa fondation

Publié le par Alain GYRE

Antananarivo, un centre agricole dès sa fondation

28.11.2016 Notes du passé N°2306

 

«L’extension de la ville ne semble pas menacer la rizière, peu propice aux constructions et dans laquelle cent cinquante ans d’efforts ont enfoui trop de capitaux, de travail et d’argent pour qu’il soit sage de la faire disparaitre. L’agriculture conservera une solide position dans la vie de Tananarive », écrit l’économiste Henri Fournier dans une thèse présentée à Strasbourg. S’il peut encore voir l’état actuel de l’ancienne plaine du Betsimitatatra, surtout en saison des pluies, ses cheveux se dresseraient sur sa tête.

Dès sa fondation, Antanana­rivo est un centre agricole important. On estime alors à 5 000 ou 6 000 hectares la superficie mise en valeur par les souverains merina au cours du XIXe siècle. Cependant, les sages dispositions édictées par Andrianampoinimerina pour l’aménagement des terres et leur irrigation sont assez vite négligées. Aussi, le système est-il « passablement délabré » et en fait, l’irrigation est réduite aux parties supérieures des vallées quand l’Adminis­tration française prend le réseau en charge.

Sans entrer dans les détails des aménagements hydrauliques réalisés par l’administration coloniale dans la plaine du Betsimitatatra, on peut indiquer les nouveaux travaux de creusement du canal Andriantany qui irrigue et draine la rive droite de l’Ikopa jusqu’à son confluent avec la Mamba, la construction de nombreux ouvrages, barrages, prises d’eau, vannes, etc., pour régler la distribution de l’eau, l’abaissement du seuil de Farahantsana, point où l’Ikopa sort de la plaine,  pour en faciliter l’écoulement.

Au total, la plaine groupe environ 10 000 hectares sur les 28 000 que comprend tout le bassin fluvial. Sur le seul territoire de la commune d’Antananarivo, 111 kilomètres de canaux en assurent l’irrigation, tandis que la construction du barrage de Mantasoa, à 60 kilomètres en amont, permet de créer une réserve d’eau, de régler la distribution et de régulariser le régime de l’Ikopa. Les 10 000 hectares qui sont dans un rayon de 10 kilomètres de la proche banlieue d’Antananarivo ont non seulement une influence directe sur le ravitaillement de la ville, mais commandent l’activité d’un certain nombre d’habitants qui en sont propriétaires. Les uns mettent leurs rizières en métayage et conservent pour eux le tiers ou la moitié de la récolte, les autres exploitent directement.

La commune urbaine elle-même compte alors environ 2 500 hectares de rizières qui sont parmi « les plus riches connues », certaines ont un rendement de 3,5 tonnes à l’hectare, chiffre comparable à celui obtenu par les meilleurs producteurs mondiaux (le Japon réalise à l’époque 3,2 tonnes). Le riz de première saison est récolté à partir de janvier, le riz intermédiaire de mars à avril, celui de deuxième saison, d’avril en mai. « Sans doute, le développement considérable de l’agglomération urbaine proprement dite a-t-il fait perdre sa primauté au caractère rural, mais celui-ci subsiste néanmoins et la vie rurale de Tananarive, en recul du fait de l’urbanisation, conserve toujours des positions très fortes dans la plaine. »

À la demande des Européens, bientôt imités des Malgaches, les cultures maraichères se développent autour de la ville, en particulier dans les vallons du sud-est. Mais ces jardins suburbains ne suffisent déjà plus. Les légumes affluent dans la capitale en provenance des zones plus éloignées, tandis que les anciens potagers cèdent la place aux cultures des fleuristes, aux arbres fruitiers et à la vigne pour laquelle les petits propriétaires ont une prédilection accrue.

Quelques milliers de bœufs et de porcs, quelques centaines de moutons et de la volaille- oies, canards et poulets- sont élevés autour d’Antananarivo, mais le troupeau de bovidés « qu’il faut considérer comme un instrument de travail », n’est qu’un appoint pour les riziculteurs.

Sauf quelques propriétés d’agrément et quelques vignobles qui appartiennent aux Européens et sont situés sur les collines, la propriété rurale est essentiellement malgache. Il existe un seul grand domaine, celui de la Station agricole officielle de Nanisana qui, sur une cinquantaine d’hectares, sert de station témoin pour la sélection des variétés de riz, de manioc, de pommes de terre, de légumineuses et d’arbres fruitiers. Environ 5 000 propriétaires malgaches se partagent  10 000 parcelles de rizières d’une superficie moyenne de 23 ares. Pour les autres cultures maraichères ou fleuristes, le morcellement est encore plus accentué (3 000 propriétaires cultivent 5 000 parcelles surtout groupées à Ambohimanarina et Anosipatrana) qu’on évalue le nombre de cultivateurs professionnels d’Antana­narivo à plus du dixième de la population de l’époque.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence nationale Taratra

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