Francophonie: les Malgaches entre désintérêt et espoir

Publié le par Alain GYRE

Francophonie: les Malgaches entre désintérêt et espoir

 

Dans le quartier des 67 hectares, proche du centre-ville d’Antananarivo, les populations redoutent l’arrivée de la saison des pluies qui peut provoquer d’importantes inondations.

© RFI/Paulina Zidi

Par Paulina Zidi Publié le 26-11-2016

Ce week-end, la capitale malgache accueille le XVIe sommet de la Francophonie. Un rendez-vous biannuel de chefs d’Etat de gouvernement. Pour l’occasion, de nombreux chantiers ont été lancés à Antananarivo avec la construction d’un centre de conférences, des nouveaux hôtels et de nouvelles routes. Des travaux qui n’ont pourtant pas amélioré la vie des populations. Reportage dans les quartiers populaires d’Antananarivo.

De notre envoyée spéciale à Antananarivo,

Sur l’aéroport d’Ivato, les jets et autres avions des délégations sont alignés devant le pavillon d’accueil en ce vendredi, jour d’arrivée des chefs d’Etat. Pourtant à un kilomètre de là, cette situation ne suscite aucun commentaire. Pour les habitants d’Ivato village, un quartier populaire situé juste à côté de l’aéroport, la vie se poursuit comme tous les jours. Le sommet de la Francophonie, tout le monde en a entendu parler. Mais bien peu s’en préoccupe : « C’est pas pour le peuple ce genre d’évènement, nous confie un habitant. C’est bien pour les politiques. Ils organisent ce qu’ils veulent, pour nous cela ne change rien ».

Peu de retombées sont attendues par la population de ces quartiers pourtant situés à proximité des hôtels et centre de conférences qui vont accueillir les différents évènements. En temps normal, les touristes s’égarent rarement vers Ivato village et ils ne sont plus attendus pendant le week-end. Seule la présence policière renforcée montre aux habitants qu’ils se passent quelque chose de nouveau. « Ils nous mettent la pression, explique un homme croisé sur le chemin. Il y a plein de choses que l’on a plus le droit de faire. Par exemple, ils ont interdit les charrettes en ville. C’est une semaine de travail perdu pour certains ». D’autres vendeurs de rue n’ont plus le droit de vendre leur marchandises aux touristes à la sauvette.

Deux journées chômées

Même constat dans le quartier des 67 hectares. Ici, on est tout à côté du centre-ville. La nouvelle route flambant neuve avec éclairage public s’arrête à l’entrée des zone d’habitations et après c’est un mélange de taule, de bois et de petites ruelles boueuses. Des quartiers inondés régulièrement en saison des pluies. Les préoccupations sont bien loin de la Francophonie. Dans les quartiers bas de la capitale, on manque de tout : d’eau, d’électricité, d’école… Les enfants sont peu scolarisés et l’apprentissage du français n’est pas un besoin immédiat et d’ailleurs peu d’habitants parlent français.

Florent, qui nous guide dans ce dédale de ruelles, explique que personne, pas un officiel, n’est venu en amont pour voir de quelles améliorations auraient besoin les habitants du quartier avant d’entamer les nombreux chantiers de préparation du Sommet de la Francophonie. Une situation que reconnaît l’élu du quartier. Pour Jean Godard, la liste des besoins est longue : « Moi, j’ai demandé plusieurs fois des bornes fontaines, des canaux d’évacuation, des pompes à eau, de l’éclairage public, mais pour l’instant on a rien, et avant ce sommet on a rien eu. Les gens qui viennent pour la Francophonie, ils ne vont pas venir dans nos quartiers donc on a rien rénové ».

Pour célébrer la Francophonie, les autorités ont déclaré ce jeudi et vendredi journée chômées. Les écoles ont été fermées toute la semaine. Une information qui n’a pas vraiment changé le quotidien de Jacqueline et de Georges. Ils fabriquent tous les deux des briques et des tuiles aux abords d’Antananarivo. « J’ai bien entendu que des gens n’allaient pas travailler aujourd’hui, nous confie Jacqueline. Mais moi, je suis obligée de travailler donc je suis venue quand même pour fabriquer mes tuiles ».

« Le Français, c’est important pour avoir un travail »

Toutes les voix ne sont pas critiques par rapport à ce sommet. Pour Colombe, habitante des 67 hectares, au contraire, c’est une bonne opportunité. « J’ai été ce jeudi sur le village de la Francophonie avec mes enfants, on a vu plein de belles choses ». Elle regrette toutefois le prix d’entrée de 2 000 ararys pour un adulte. Une somme bien conséquente pour elle. A ses côtés, Nirin est d’accord. Pour elle, la Francophonie, c’est important. « Le Français, ça représente beaucoup de chose, c’est important pour avoir un diplôme, un travail ».

Il y a aussi pour beaucoup, la fierté de montrer le potentiel de Madagascar. La manne touristique, les Malgaches en sont conscients. Alors si accueillir ce type d’évènement peut permettre de donner une bonne image du pays, eh bien tant mieux. Ca peut aussi relancer économie moribonde et donner envie aux investisseurs de venir à Madagascar. « Oui, si les choses se passent bien, les gens vont être intéressés par Madagascar. Ils vont vouloir acheter nos produits et il y aura plus de travail », espère une vendeuse du marché artisanal. Tout haut, un homme l’interpelle : « Regardez, la France ça fait plus de cinquante ans qu’on est avec et depuis rien n’a changé ».

 

Georges fabrique des tuiles et ne s’est pas arrêté de travailler lors des jours chômes en raison du Sommet de la Francophonie.  RFI/Paulina Zidi

Georges fabrique des tuiles et ne s’est pas arrêté de travailler lors des jours chômes en raison du Sommet de la Francophonie. RFI/Paulina Zidi

Tout comme Jacqueline qui ne se repose que le dimanche.  RFI/Paulina Zidi

Tout comme Jacqueline qui ne se repose que le dimanche. RFI/Paulina Zidi

Entrée du quartier populaire d’Ivato village en périphérie de la capitale, Antananarivo, Madagascar, le 25 novembre 2016.  RFI/Paulina Zidi

Entrée du quartier populaire d’Ivato village en périphérie de la capitale, Antananarivo, Madagascar, le 25 novembre 2016. RFI/Paulina Zidi

Dans le centre-ville d’Antananarivo, les charrettes et les pousse-pousse ont étaient interdits par les autorités.  RFI/Paulina Zidi

Dans le centre-ville d’Antananarivo, les charrettes et les pousse-pousse ont étaient interdits par les autorités. RFI/Paulina Zidi

La ville et ses environs sont quadrillés par les forces de sécurité.  RFI/Paulina Zidi

La ville et ses environs sont quadrillés par les forces de sécurité. RFI/Paulina Zidi

Dans le centre-ville d’Antananarivo, les charrettes ont et mises à l’arrêt et une partie de la population se retrouve sans travail.  RFI/Paulina Zid

Dans le centre-ville d’Antananarivo, les charrettes ont et mises à l’arrêt et une partie de la population se retrouve sans travail. RFI/Paulina Zid

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