La filière crabe durable pour l'avenir des mangroves de Manambolo Tsiribihina

Publié le par Alain GYRE

La filière crabe durable pour l'avenir des mangroves de Manambolo Tsiribihina

© tony rakoto Scylla serrata

 

Posted on 24 October 2016

Après une fermeture de deux mois, la pêche traditionnelle du crabe des mangroves dans le Menabe, comme dans le reste de Madagascar, a repris depuis septembre. Résolument tournée vers une exploitation durable, la filière crabe intègre les petits pêcheurs traditionnels qui vivent dans les mangroves du Delta de Tsiribihina jusqu’à Maintirano.

Gestion durable des mangroves

WWF Madagascar travaille dans les mangroves de Manambolo Tsiribihina, dans les régions Melaky et Menabe, pour la conservation des mangroves. Et la pérennité de l’exploitation traditionnelle du crabe des mangroves passe par la gestion durable de son habitat par les communautés. Actuellement, 35.000 ha de mangroves sont gérées par les communautés de Manambolo Tsiribihina, réparties dans 12 COBA ou COmmunautés de BAse dont 7 sont détentrices de contrats de gestion des ressources naturelles octroyés par le Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts.

© tony rakoto a filière crabe dans le manambolo tsiribihina

 

Des techniques de pêche valorisantes et durables

La valorisation des crabes passe impérativement par la réduction des pertes après capture. En effet, les spécimens les plus appréciés doivent être entiers. De nombreux acteurs du programme SMARTFISH de la FAO et le WWF ont vulgarisé l’utilisation de la balance à crabe ou « Belaroa ». Cet outil évite la surpêche et valorise les prises. Les mailles de 11 cm laissent glisser les crabes juvéniles et immatures, et permettent une sélection à la source des meilleurs crabes, tout en respectant les limitations du ministère de la pêche. En effet, les crabes ayant une largeur de carapace inférieure à 11 cm, ainsi que les crabes femelles grainées, avec des œufs apparents, doivent être relâchés.

Une filière structurée et responsable

La filière crabe de Madagascar dispose d’une règlementation et d’une structure bien ancrées. Actuellement, la filière crabe est structurée entre les communautés qui font la pêche traditionnelle des crabes dans les mangroves, le Groupement des Exportateurs de Crabe, qui regroupe 14 sociétés exportatrices, et l’Etat malgache à travers le Ministère des Ressources Halieutiques et de la Pêche. De l’homologation des fermes aquacoles pour les crabes à la taille minimale de capture de 11 cm en passant par la fermeture annuelle, la filière crabe est aujourd’hui règlementée par six arrêtés ministériels. Cette structuration est essentielle. La promotion de ce modèle de production qui intègre les communautés est la garantie de la pérennité de la filière et assure une gestion communautaire durable des mangroves.

© tony rakoto la filière crabe dans le manambolo tsiribihina

 

Une implication accrue du secteur privé

Pour renforcer l'effectivité de ces dynamiques, l'implication des opérateurs privés est une clef essentielle. En ce sens, des opérateurs tels que la société Copefrito dans la Région Menabe proposent des mécanismes de valorisation de la production et collaborent étroitement avec les pouvoirs publics et les ONG pour renforcer leurs actions et leurs messages auprès des communautés. Cette société offre déjà des débouchés réguliers aux pêcheurs, aux communautés gestionnaires de réserves et aux groupements économiques locaux soutenus par des organismes dont le WWF. Parallèlement, elle développe des actions pilotes pour l'optimisation de la chaine de valeur du crabe en préparant l'implantation de bassins d'engraissement. Ces bassins permettront de réduire les pertes post-capture et de revaloriser commercialement une partie de la production régionale. Entre autres perspectives d'avenir, et avec l'appui de tels opérateurs et des ONG, ces techniques d'engraissement pourraient être diffusées auprès des communautés pour amener des acteurs locaux à créer de micro-fermes artisanales d'engraissement et accroître ainsi la part de valeur ajoutée captée localement.             

Le crabe des mangroves Scylla serrata

Selon le Groupement des Exportateurs de Crabe, le potentiel de production de Madagascar pour le crabe des mangroves, Scylla serrata ou "drakaka" est de 7500 tonnes par an. Actuellement, la production nationale est inférieure à 4500 tonnes par an. L'exploitation du crabe à Madagascar s'étale de septembre à juin. La pêche est fermée sur tout le territoire entre juillet et août pour permettre le renouvellement des stocks. Si Madagascar est réputé pour la qualité de son crabe, l'essentiel de la production nationale est dédié à l'exportation, qui a atteint près de 4000 tonnes durant la période 2013 - 2014. 

http://www.wwf.mg/

© tony rakoto

 

 

Publié dans Economie, Crabe, Mangrove

Commenter cet article