Notes du passé: Des chansons plus respectables en vogue

Publié le par Alain GYRE

Des chansons plus respectables en vogue

25.11.2016 Notes du passé

La reine Rasoherina baptisée sur son lit de mort, décède catholique. Ranavalona II et Ranavalona III, elles, se convertissent protestantes. Quand Radama II tourne le dos, les missions catholique et protestante unissent leurs efforts pour réagir contre la tendance à trop de frivolité. Ils composent des cantiques appropriés au goût des Merina, mais empreints d’une certaine respectabilité.

Catholiques  ou protestants, ce sont surtout des chœurs à deux, trois ou quatre voix mixtes, dont les rythmes et mélodies doivent être abondamment pourvus de tierces, de sixtes et de basses chantantes, fort en honneur chez Les Malgaches. « Ce fut surtout sous le règne de Ranavalona II que la musique religieuse gagna la faveur du peuple », précise l’organiste Marie-Robert, maitre de chapelle de la cathédrale catholique d’Antananarivo.

La souveraine, première à être convertie au christianisme, aime la religion nouvelle, le protestantisme, qu’elle pratique avec ostentation. Tous les soirs, elle va à la chapelle, bâtisse en pierre de taille au sud du Palais de Manjakamiadana. Trois groupes de chanteurs dirigés par trois chefs réputés, exécutent à tour de rôle des cantiques pieux suivis de sermons. La prière se termine par un « Hymne à Dieu pour conserver la reine ».

À l’instar de Ranavalona II, ses sujets deviennent « plus religieux » et « la musique populaire qui subit cette influence, acquiert plus de pondération ». À l’exemple de « Tsangambaton-dRatsida » (Monument de Ratsida) ou de « Tsy tany babo i Soanierana » (Soanierana n’est pas une terre captive). Cette dernière chanson, selon Marie-Robert Rason, ne manque pas de grâce. En outre, elle traduit bien le caractère optimiste des Malgaches qui préfèrent, le mode majeur pour interpréter leurs sentiments dans les diverses phases de la vie.

Une autre, plutôt une marche, « Avy taiza ianareo   » (D’où venez-vous  ), est exécutée par la fanfare de la reine lorsqu’elle se rend à Ambohimanga, ville sacrée, ou à Tsinjoarivo, résidence d’été royale.

Deux romances ou chansons sentimentales, véritables tubes sous les deux dernières reines, sont aussi reproduites par l’organiste. Il s’agit de « Ny lakantsika » (Notre pirogue ô ma chère…) et « Miera kely aminao aho ry dada ô !» (Permettez-moi mon père, d’aller en promenade sur les rives de l’Itasy…).

À la même époque, la musique populaire prend un essor considérable grâce surtout aux Mpilalao. Ces troupes folkloriques sont constituées d’un orchestre comprenant trois à quatre violons, un tambour, une grosse caisse et un groupe d’hommes et de femmes à la fois chanteurs et danseurs. Ils sont habillés de longues robes, ou longs manteaux pour les hommes, aux couleurs voyantes, rouge ou mauve, aux manches larges couvertes de galons et de broderies. Les hommes sont coiffés d’un chapeau de paille à large bord. La séance s’ouvre par un grand kabary du chef, dans lequel après s’être présenté  en termes pompeux accompagnés de force gestes et contorsions, il sollicite la bienveillance du public. Puis, il résume dans une harangue émaillée de proverbes, le sujet que chants et danses vont développer.

À cette allocution succède un roulement de tambour. Le chef fait un grand geste. Aussitôt l’orchestre entame le prélude pendant lequel danseurs et danseuses, leur lamba serré autour des reins, défilent d’un pas qu’ils s’efforcent de rendre majestueux devant les spectateurs, en formant un cercle. Le coryphée entonne le chant, les danseurs répondent en chœur en deux ou trois parties. Aux chants succèdent les danses, les hommes d’abord, puis les femmes. Une fête publique ou privée ne saurait se passer du concours des Mpilalao.

Marie-Robert Rason résume la deuxième période de la musique merina. « La musique européenne, les compositions de Radama II, la musique religieuse ont, certes, apporté des éléments nouveaux d’inspiration, mais l’originalité y a perdu. » La technique de simple qu’elle était, devient plus complexe et plus variée, le rythme étant plus classique et plus symétrique. L’inspiration, de son côté, élargit ses horizons. « Le Malgache, avec ses dispositions naturelles à l’imitation, ne peut qu’accueillir avec empressement tout ce qui doit, en l’étonnant par sa nouveauté, lui fournir des thèmes différents de ceux qu’il traite jusqu’alors. Il n’hésite pas à adopter une plus grande légèreté qu’encourage la mollesse caractéristique des mœurs de cette époque. »

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

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