Notes du passé: Entre hymnes à la reine et rondes enfantines

Publié le par Alain GYRE

Entre hymnes à la reine et rondes enfantines

22.11.2016 Notes du passé

 

Au début de son règne, Ranavalona Ire est aimée de ses sujets, fatigués des guerres de ses prédécesseurs, comme en font foi les Hymnes qu’ils lui dédient. Marie-Robert Rason, organiste et maitre de chapelle de la cathédrale catholique d’Antananarivo, rapporte que c’est à  partir  de son règne, en effet, que la musique merina commence à apparaitre avec la création, à la cour, des chanteuses royales appelées «Mpiantsa  » (lire précédente note).

Celles-ci, dirigées par trois professionnelles, Ranaivo­mahatana, Rasoanotadiavina et Raivodosy, lui interprètent, entre autres, l’ Hymne en l’honneur de la reine et l’ Hymne royal chanté à l’occasion des voyages. L’organiste commente que, contrairement à l’Hymne à la reine, les « Mpiantsa », pour chanter le premier titre, sont divisées en deux groupes. Le premier comprenant les « chanteuses de droite » entonne avec feu les deux premières mesures ; le deuxième, chanteuses de gauche, lui répond en parties plus animées. L’hymne recommence invariablement jusqu’à défaillance du coryphée. Mais « en dépit de sa rusticité, chanté par des voix de femmes avec la chaleur et la piété qu’il comporte, il respire un je ne sais quoi d’oriental, de doux et de suave ».

Marie-Robert Rason donne un autre exemple, l’Hymne royal chanté à l’occasion des voyages, un air qui, « pourrait-on dire », est la base d’une foule de compositions postérieures. « Il est, en effet, d’une conception facile et chantante, appréciable surtout dans son décor naturel.»

Comme chansons enfantines, l’organiste en recense des centaines, mais leurs mélodies, « à peu de choses près », n’offrent que de légères variantes. Il en cite néanmoins quatre qui paraissent les plus typiques et marquent « l’innocence et la candeur ». La première est dialoguée entre deux groupes : l’un représente une bande joyeuse qui, à la vue d’un oiseau perché au haut d’un grand arbre, lui demande : « Iza iry ambony iry ô   » (qui est là-haut  ) La réponse est donnée par l’autre groupe censé représenté l’oiseau.

La deuxième mélodie est intéressante, mais aussi brève que la précédente. « C’est une chanson enfantine qui rappelle à tout Malgache de l’ancien temps, le plus grand jour de l’année », le Fandroana, jour du bain royal sinon anniversaire de la reine pour Ranavalona III. Le souverain fait une large distribution de bœufs gras et de lamba à tous ses sujets à cette occasion solennelle. Les festivités doivent durer trois jours consécutifs et toutes les familles s’invitent à un grand festin. « La joie et l’ivresse de cette manifestation patriotique ont inspiré cette chanson originale.»

La troisième est vraiment une ronde enfantine et par son rythme syncopé et sa mélodie au développement plus large, « elle nous transporte dans une atmosphère limpide et candide ».

Marie-Robert Rason plante le décor. Dans la case enfumée, devant le foyer où pétille le bozaka (paille sèche), vieillards et vieilles femmes, branlant le chef, la fredonnent gravement. Dehors, par un beau clair de lune, les invités, garçons et filles, « rangés en rond, les mains mollement agitées pareilles aux tiges de riz  mûr bercées par la brise du soir, la chantent con anima, tandis qu’au loin, on entend les hurlements plaintifs des chiens ». La chanson est reprise jusqu’à défaillance du chef de chœur.

La quatrième chanson enfantine ne cède en rien aux trois autres. Caractérisée par une série de tierces majeures au premier motif et l’accord de fa majeur au quatrième degré, suivi sans préparation de celui du sol majeur à la dominante, elle ne laissera pas de piquer la curiosité. « Elle est exécutée avec un calme et une expression que comporte cet air qui charme toute âme malgache. »

La première période de la musique merina est enfin marquée par des chansons populaires éclectiques. Telles la Mélopée chantée à l’occasion de la circoncision, l’Hymne en l’honneur de l’idole Ramahavaly, Ô Ralila et Mazava atsinanana qu’aujourd’hui on fredonne encore. Nous y reviendrons dans notre prochaine Note.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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