Notes du passé: Les Madégasses de Foulpointe au XVIIIe siècle

Publié le par Alain GYRE

Les Madégasses de Foulpointe au XVIIIe siècle

18.11.2016 Notes du passé

 

Durant son bref séjour sur la côte Est malgache, le baron Daniel Lescallier sillonne du

21 au 28 août 1792, la région de Foulpointe. Court séjour certes, mais très enrichissant pour lui puisqu’il lui permet d’émettre différentes suggestions sur les meilleurs moyens de « prendre possession des iles françaises et d’avoir quelques idées générales sur les peuples madégasses ». En général doux et affables, confiants envers les Français, « dont plusieurs ont abusé sans risques de cette confiance», la race malgache est très diversifiée, écrit-il dans son Mémoire: noirs à cheveux crépus, peau rouge, cuivrée ou presque aussi claire que les mulâtres…

Du côté de Foulpointe, «les indigènes» ne savent pas écrire, mais précise-t-il, dans certaines parties de l’ile, ils connaissent des caractères arabes. « C’est par les côtes du Nord et de l’Ouest, plus voisines des iles Comores et d’Anjouan, que s’étaient portées à Madagascar, dans les temps anciens, quelques colonies de Maures ou Arabes. C’est par là que ces mêmes peuples, établis sur divers points de la côte orientale d’Afrique, ont fait des émigrations en cette ile et continuent d’y faire quelque commerce. »

Pourtant, la plupart des Français qui arrivent pour faire fortune, rapidement s’ils le peuvent, traitent les Malgaches de paresseux « parce que, limités dans leurs désirs et fournis abondamment pour tous les besoins de la vie, ils ne mettent pas d’empressement à satisfaire l’avidité des Européens et leur désir exclusif d’un gain précipité ». Mais selon Lescallier, les Malgaches sont très actifs et s’adonnent à l’élevage de nombreux troupeaux et des volailles, et à la culture du riz pour assurer leur subsistance. Ils ont même un excédent suffisant pour attirer des navires de l’ile de France (Maurice) qu’ils ravitaillent.

L’artisanat malgache est aussi développé. Ils fabriquent des nattes, des sacs, des « calottes appelées satoucs » (satroka ou chapeaux), des paniers, des étoffes « appelées rabanes ». Ils tirent d’une « sorte de palmier nommé raphia » un fil qu’ils utilisent dans la fabrication, avec art et finesse, des étoffes très fines dénommées pagnes, de diverses couleurs et rayures.

« Quelques-uns de ces pagnes sont comparables à la soie par le brillant, la finesse et la vivacité des couleurs, mais la matière n’en est point également souple et moelleuse. Ces étoffes se coupent facilement à l’user. » Lescallier précise que ce travail des femmes se fait sur des métiers à tisser assez analogues à ceux des tisserands français, mais leur cadre est plus léger et il peut se plier sur lui-même et se ranger dans un côté de la case. Elles utilisent aussi des plantes pour obtenir des couleurs « selon des procédés secrets ».

Les Malgaches travaillent aussi le fer pour avoir des lances ou des sagaies, dont certaines sont ornées de cuivre incrusté dans le fer et formant sur la lame des dessins réguliers. «J’ai vu des Madégasses raccommodant leurs fusils et faisant divers ouvrages analogues.» Ils emploient une petite enclume et un marteau, un peu de charbon de bois et une soufflerie très simple.

Certains Malgaches travaillent l’or et l’argent avec «la plus grande dextérité» et en obtiennent des bracelets, des plaques d’or et d’argent ciselés- ces bijoux servent d’ornement sur le devant des vêtements féminins- des chaînes d’or et d’argent travaillées avec la plus grande finesse «et que ne dédaigneraient pas d’avouer nos chaînetiers de Paris».

D’autres industries se voient à l’intérieur du pays, souligne Lescallier, pour fabriquer des toiles et des couvertures de coton, des grands châles ou manteaux bleus pour habiller les chefs. Ils sont garnis d’une broderie en étain en guise de galon ou en argent, « ces broderies lourdes et massives n’ayant pas l’art de filer l’argent et de l’allier à la soie ». Les hommes sont habillés d’une toile ceinte au milieu du corps et d’un grand morceau d’étoffe, ordinairement de toile de coton bleu, dont ils s’enveloppent tout le corps et les épaules. Cette espèce de manteau appelé « simbo » leur sert aussi de couverture. Ils se couvrent la tête d’une calotte artistiquement tissée avec du jonc.

Leur armement consiste en une lance (ou sagaie) et un fusil. Ils ne sortent jamais ou très rarement sans leur sagaie.

L’habillement féminin n’est pas plus compliqué que celui des hommes: une toile de coton blanche appelée « sadika » qu’elles se mettent autour de la taille et un « sembo » comme celui des hommes, d’une étoffe plus recherchée.  Ce « sembo » leur sert comme aux hommes de couverture quand elles se couchent. Les femmes portent enfin une espèce de courte chemise qui descend à peine jusqu’au nombril et ne semble faite que pour couvrir le sein, mais les plus âgées la portent plus longue.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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