Notes du passé: Les projets de Carpentin sur Sainte-Marie

Publié le par Alain GYRE

Les projets de Carpentin sur Sainte-Marie

29.11.2016 Notes du passé

 

Dans son rapport au gouverneur de Bourbon, de Cheffefontaines, le capitaine de frégate Louis Joseph Victor Carpentin, commandant la corvette la « Seine », parle de la situation de l’établissement français à l’île Sainte-Marie (août 1828).

D’emblée, il souligne que beaucoup de choses sont à dire sur les avantages à tirer de Sainte-Marie et à bien peu de frais en temps de guerre. L’île a, en effet, un port où pourraient relâcher un ou plusieurs bâtiments pourchassés par une force supérieure. Cependant, selon Carpentin, il est absolument nécessaire d’y avoir un officier de marine, tout au moins un maître de port, pour éviter que la mésaventure de la « Normandie » ne se répète. « Le bâtiment est maintenant plein d’eau et rasé jusqu’à la moitié de sa batterie dans l’endroit qui offre un port sûr et à l’abri de tout. »

C’est d’ailleurs à partir de son rapport que des ordres sont donnés pour réparer le chasse-marée, le « Général-Magallon », abandonné et échoué, de même que deux chaloupes. Le « Magallon » devra servir à approvisionner Sainte-Marie en bœufs, riz et autres provisions. « Car on a été obligé plusieurs fois et dernièrement encore, de fréter un bâtiment anglais, et à grand prix, pour avoir ce dont on avait besoin. »

Du reste, en ce qui concerne le ravitaillement, le même problème se pose à l’île Bourbon. Ou alors, il faut passer des marchés, car il n’y a pas de navire de 200 à 300 tonneaux, armé en bâtiment marchand et affecté au service de Bourbon à Madagascar. Pourtant, il s’avère indispensable pour servir à transporter des bœufs, à charger du riz, « car il arrive souvent que l’on en manque » et pour éviter que les Français de Bourbon ne soient forcés d’acheter plusieurs cargaisons à des Anglais ou à des Hollandais. Pour Carpentin, la meilleure solution est de créer un élevage bovin à l’île Sainte-Marie, les pâturages y étant en abondance.

Dans un autre domaine, il rappelle que la goélette la « Turquoise » a dû être envoyée de Bourbon à Maurice pour y être réparée. « Ce qui a coûté très cher. » Aussi suggère-t-il de réaliser ces radoubs à Sainte-Marie où il y a déjà une bonne forge à l’atelier qui est bien équipé. Il suffit, pour ce faire, d’y envoyer un bon charpentier connaissant le calfatage pour diriger les travaux. Toute­fois, il faudra auparavant poursuivre la construction du « petit carénage » abandonné, faute de maçons et de tailleurs de pierres, soit envoyer une douzaine d’hommes pour l’assurer, la main-d’œuvre locale pouvant aussi être utilisée.

« On aurait l’avantage de pouvoir y réparer toute espèce de bâtiments qui en auraient besoin. Et s’il était possible d’avoir une môle, on pourrait nettoyer un passage qui conduit à un emplacement à l’abri de tout où l’on, pourrait mettre des bâtiments, même une frégate. »

Autre sujet évoqué par Carpentin, la défense de Sainte-Marie. Quatre pièces de canon viennent d’y être débarquées. Elles seront installées sur la colline au Monument, à l’est de l’île, pour protéger un côté de la rade et l’île de fortifications. Mais pour que la défense soit complète, précise-t-il. Il faudra encore huit autres pièces de canon, dont quatre seront placées sur Saint-Pierre pour garder l’autre côté de la rade, et le reste sur l’île aux Forbans.

Concernant les infrastructures routières, Carpentin souligne que le capitaine d’artillerie de marine Schoëll, commandant des troupes à Sainte-Marie, aura besoin de 200 à 300 Yolofs pour assainir et ouvrir plusieurs voies. D’autant que de nombreux colons commencent à bâtir des habitations et à mettre en valeur l’île.

À ce propos d’ailleurs, Carpentin suggère la construction d’une place forte pour le représentant du gouvernement de Bourbon, « sur un emplacement qui lui est propre », par exemple sur celui d’Ambarisomotra. Cela ne devra, estime-t-il, présenter aucune difficulté insurmontable, puisque l’île renferme tous les matériaux nécessaires et possède les hommes pour la main-d’œuvre. « Il ne  manque que l’ordre de le faire pour la comptabilité. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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