Notes du passé: Quatre expéditions merina contre Toliara

Publié le par Alain GYRE

Quatre expéditions merina contre Toliara

17.11.2016 Notes du passé 2297

 

Si la fortune de Toliara vient « sans doute » de son rôle de résidence royale, une baisse progressive de l’autorité des souverains se voit au XIXe siècle. À l’Est, la poussée bara limite le royaume à la zone côtière. Mais le fait essentiel vient du Nord. Une guerre (Vezo-Masikoro d’après le P. Engelvin) entraîne la destruction totale de la ville en 1860.

Le roi vaincu Lahimiriza est très jeune lorsqu’il succède à son grand-père, et ses oncles s’emparent du pouvoir alors que l’enfant se réfugie chez un parent, le roi des Bara-Imamono. Quelques années plus tard, le jeune homme bat ses oncles près de Toliara et retrouve son titre. Il semble toutefois perdre tout contrôle sur la région au nord de Manombo.

Cette autorité royale sera davantage limitée sous son fils Tompomanana par la volonté centralisatrice de la monarchie merina. Déjà en 1835, une expédition merina est envoyée contre les Bara avec 5 000 hommes conduits par Rainiharo. Celui-ci détache un millier de soldats sous la conduite de Raombalahimaso vers Saint-Augustin. L’expédition arrive quelques jours après l’affaire du « Voltigeur » et doit se replier devant l’hostilité de la population.

Quatre autres expéditions seront organisées par la suite. Les colons de Toliara et de Saint-Augustin se réfugient peu à peu sur l’îlot de Nosy Ve, croyant éviter ainsi des vexations et les redevances habituelles. Malgré les demandes de Tompomanana, rien n’est payé. En 1888, près de 500 Antefiherenana donnent l’assaut de l’îlot et s’emparent des marchandises. Or, depuis le traité de 1885, la reine de Madagascar est reconnue par la France, représentée par Le Myre de Vilers, comme responsable de la Grande ile. Une expédition est vite décidée, mais la première tentative échoue sur l’Onilahy. Une deuxième se déroulera en 1889. Six cents hommes s’embarquent à Morondava sur le « Normandy » et descendent à Toliara, le 8 mars. Des pourparlers s’ouvrent avec les représentants de Tompomanana qui ne veut rien céder et se montre prêt à se battre. Rainimiadana, chef de l’expédition, préfère rembarquer et se réfugie à Andranompasy.

Mais une troisième expédition se prépare. Confiés au prince Ramahatra, cousin de Ranavalona III, plus de 900 hommes s’embarquent à Fort-Dauphin toujours sur le « Normandy ». Le 6 janvier 1890, Ramahatra arrive devant Toliara. Les négociations échouant, la ville est bombardée et incendiée. Puis une ambassade chargée d’exposer les intentions pacifiques de la reine est envoyée auprès de Tompomanana qui accepte de traiter et de se lier par le serment du sang avec Ramahatra. Depuis, la liberté de commerce est accordée aux Européens moyennant des taxes douanières de 10% ad valorem. Le produit de ces taxes doit être partagé entre Tompomanana et le gouvernement de Madagascar. Un gouverneur merina et un poste militaire sont installés à Toliara, des bureaux de douanes à Soalary, Sarondrana, Saint-Augustin, Toliara, Ranobe et Manombo.

Tout paraît résolu. Toutefois, les choses se gâtent dès 1891. Le gouverneur de Toliara n’aurait pas versé au roi sa part des droits douaniers. Alors qu’il se rend à la résidence royale près de Manombo, il tombe dans une embuscade et blessé, ne rejoint Toliara qu’à grand peine. Aussitôt  les postes de l’Onilahy sont attaqués et Toliara est assailli par 200 hommes que seule l’artillerie peut repousser. Une dernière expédition est ainsi décidée: 820 hommes débarquent dans la ville en juillet 1891. « En fait, il s’agissait surtout de Betsileo pas toujours volontaires; il y a eu des désertions, mais le poste renforcé ne sera plus attaqué. » Néanmoins, la population vezo ne collabore plus totalement avec le gouverneur qui est ravitaillé par les Bara avec lesquels il entretient d’excellentes relations et qu’il aide même militairement en 1894, pour s’emparer de Sakaraha.

Quand les forces françaises arrivent en 1896, la garnison merina est transformée en une garde indigène. Cependant, l’indomptable Tompomanana organise une résistance pendant quelques mois. Ainsi, lors de la première visite du général Gallieni en juillet 1897, il refuse de le voir. Tompo­manana mourra l’année suivante vers l’âge de 60 ans et sera inhumé dans le tombeau royal près de Miary.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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