Une musique à l’état embryonnaire en Imerina

Publié le par Alain GYRE

Une musique à l’état embryonnaire en Imerina

21.11.2016 Notes du passé

 

«Les Hova, (ndlr : comprendre les Merina) ont toujours eu des dispositions musicales remarquables et leur musique a fait tache d’huile à Madagascar, s’imposant aux autres peuplades, plus frustes et guerrières, dont toutes les réjouissances consistaient en des ringa, sorte de danses rythmées par les sons de tamtams. »

Cependant, Marie-Robert Rason, organiste et maitre de chapelle à la cathédrale catholique d’Antananarivo dans les années 1950, constate trois périodes nettement définies dans l’évolution de la musique purement merina. La première englobe les premiers rois du XIXe siècle, Andrianampoinimerina, Radama Ier et Ranavalona Ire, c’est-à-dire jusqu’en 1861. La deuxième commence à partir de Radama II jusqu’à la fin de la monarchie, traversant les règnes de ce dernier, de Rasoherina, de Ranavalona II et de Ranavalona III. Et la  troisième période coïncide avec l’occupation française (de 1896 à 1958).

Pendant la première époque, la musique, purement malgache, se découvre en Imerina, « simple, monotone et religieuse ». Elle reflète le culte et le respect qui attachent le peuple à ses maitres et souverains élevés au rang de demi-dieux. « C’est la musique au rythme libre, dégagé de tous accidents et qui n’a pour mobile que le calme et la piété, musique encore à l’état embryonnaire qui, n’ayant subi aucune influence étrangère, coule limpide et sereine pour exprimer les sentiments. »

Sous Andrianampoinimerina et son fils Radama Ier, la tradition ne lègue pas, semble-

t-il, de chansons populaires. Ils sont si occupés à faire la guerre à leurs voisins qu’ils n’ont pas le droit de favoriser le développement des arts. Leur but est surtout d’étendre le royaume et de mettre en valeur les terres. « Conséquence naturelle : le peuple terrorisé par des troubles continuels et absorbé par un travail incessant, n’avait guère de temps pour s’adonner à la musique. » Car pour cultiver cet art plein de difficultés et pour que l’inspiration s’épanouisse dans toute sa fraicheur, il faut une atmosphère de calme et de sérénité.

Avec la paix constatée aux divers points de l’ile pendant les premières années qui suivent l’avènement de Ranavalona Ire, l’éclosion de chansons se voit. D’après Marie-Robert Rason, pour agrémenter sa cour, la souveraine subventionne deux illustres femmes, Raivo­mahatana et Rasoanotadiavina- bientôt Raivodosy vient les rejoindre- pour former les « Mpiantsa » ou chanteuses royales. Ces dernières, dans toutes les manifestations publiques, doivent chanter en chœur devant le cortège royal.

L’auteur relate une scène où Ranavalona­manjaka se laisse bercer par les « Mpiantsa » qui interprètent l’ « Hymne à la reine ». Assise dans son palanquin, sous un énorme parasol de velours écarlate, Ranavalona les écoute ravie. Au nombre d’une cinquantaine, ces chanteuses royales, revêtues d’une robe longue descendant jusqu’aux chevilles, la tête serrée dans un mouchoir rouge, la main droite agitant en cadence une écharpe en signe d’ovation, répètent animato, en esquissant un léger mouvement de danse, cette mélodie inlassablement entonnée par le coryphée.

« Devant elles, au son d’une conque marine, souffle avec rage une manière de héraut ; une trentaine d’hommes, la tête enveloppée également d’une sorte de turban rouge, un énorme pagne rose autour des reins,  poussent par intervalle des cris gutturaux et bizarres, exécutent des danses qui n’auraient rien à envier aux rythmes américains aujourd’hui. »

Il est à préciser qu’au début de son règne, Ranavalona Ire est choyée de ses sujets qui ne manquent pas une occasion de la célébrer par divers hymnes en son honneur.

« C’est à partir de cette époque que la musique malgache toute entière prit son essor. » Des extraits de vieux airs répandus dans toute l’ile que se transmettent les générations, le prouvent. D’ailleurs, les Malgaches mettent à profit leur « élan naturel » pour composer, chanter, improviser, danser. Dès lors, fêtes, réunions familiales, évènements joyeux ou tristes, sont l’occasion de chants. « À tel point que, pourrait-on dire, la musique pour le peuple malgache est à sa vie ce que l’eau est au riz. C’est une compagne fidèle dans toutes les circonstances de l’existence, sa joie dans les fêtes, sa consolation dans les détresses. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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