Des spectacles de qualité pour un public de choix

Publié le par Alain GYRE

Des spectacles de qualité pour un public de choix

10.12.2016 Notes du passé N°2317

 

Commencée en 1897, la construction du théâtre municipal d’Antsapani­mahazo, pour accueillir aussi bien les troupes malgaches que françaises, se termine deux ans plus tard. Il est inauguré le 14 septembre 1899. Son exploitation est confiée à des concessionnaires qui l’utilisent pour un ou deux ans, selon leurs possibilités. La concession qui est un privilège, est accordée par un traité de gré à gré, convenu entre le futur exploitant et l’administrateur-maire, avec l’approbation du gouverneur général en personne. Le traité fait mention du montant du cautionnement déposé par le concessionnaire ainsi que de celui de la subvention accordée par la municipalité.

Les concessionnaires sont souvent des Français qui font venir de la Métropole des acteurs, par leurs propres moyens et avec l’aide de la subvention de la municipalité. Ainsi, le premier occupant est la troupe de Charson, celui qui  a été le directeur de la troupe du théâtre des Folies militaires d’Andafiavaratra, précise l’archiviste Razoharinoro-Randriamboavonjy. Quand on commence à faire venir des troupes de France, explique-t-elle, Toamasina qui est leur lieu de débarquement, voit elle aussi naître son théâtre municipal. C’est dans cette ville qu’elles s’acclimatent et jouent en première avant de rejoindre la capitale. Les frais de déplacement Toamasina-Antananarivo et retour sont à la charge de l’administration municipale de la capitale.

Razoharinoro-Randriamboavonjy cite le Vaovao Frantsay Malagasy, organe officiel de propagande qui, dans sa livraison du 15 septembre 1899, expose  le programme de la troupe Charson.

« Comme la plupart des villes en Europe, Tananarive est enfin dotée d’un théâtre où les Malgaches comme les Européens pourront également se divertir aux heures si longues des veillées. Les artistes français de la troupe Charson donneront trois représentations par semaine, les mardis, les jeudis et les samedis, ainsi qu’une matinée à prix réduit dans l’après-midi des dimanches. Les Malgaches, grands amateurs de spectacles, de chant et de musique, apprécieront l’art consommé des artistes de profession qu’il leur est donné de voir pour la première fois à Tananarive… »

« Le théâtre municipal qui est un lieu de divertissement ouvert à tous, admettra aux fauteuils et aux premières places les Malgaches vêtus à l’européenne. Ceux qui voudront assister aux spectacles mais n’auront pas les moyens de se vêtir comme les Vazaha (sic), auront à des prix moindres, des places d’où ils verront parfaitement tout ce qu’il se passera sur la scène.»

Ainsi, Antsapanimahazo promet d’offrir à « son public d’Européens et de Malgaches qui en auront les moyens », des spectacles de qualité que s’efforcera d’y monter Charson, directeur du théâtre municipal pour 1900 et 1901 et celui de la troupe qui porte son nom et où il est acteur.

En 1902, Charletty lui succède. Il essaie, avec sa troupe, de varier davantage son répertoire en y insérant  L’Arlésienne  et  Carmen, et en organisant de « grands concerts ».

Le troisième directeur du théâtre, Louis Alix introduit, pour sa part, des séances de spiritisme et d’hypnotisme, en plus du répertoire habituel. Il fait représenter la Fille du régiment à l’occasion des festivités du 14 juillet 1903. « À partir de 1903, on voit apparaître Courteline au répertoire. » Alix fait aussi jouer Le jour et la nuit, opéra-bouffe en trois actes, pour la représentation de laquelle il fait appel à Emile Cools, « chef d’orchestre des principaux théâtres de Paris ». Les costumes et les coiffures viennent également de la capitale française.

Razoharinoro-Randriamboavonjy indique que la composition des troupes qui se succèdent à Antsapanimahazo depuis son ouverture, n’est pas homogène. Cette diversité se comprend par les difficultés que peut rencontrer le directeur de troupe à recruter des acteurs. « Recrutement qui a dû se faire tout à fait au hasard des rencontres et des sympathies. »

Elle cite l’exemple de la troupe Charletty : le premier baryton en tous genres et la seconde chanteuse des premières sont du théâtre d’Agen; le premier ténor d’opérette, opéra-comique, de Lyon ; le second ténor, de Lorient ; la première basse, de Brest ; le comique en tous genres, du théâtre de la Gaîté de Paris ; le deuxième comique, de Cherbourg… Néanmoins l’éloignement de leur pays favorise leur cohésion une fois à Antananarivo.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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