Face à face corps expéditionnaire et troupes merina à Manonga

Publié le par Alain GYRE

Face à face corps expéditionnaire et troupes merina à Manonga

31.12.2016 Notes du passé

 

Les évènements de Madagascar depuis 1895, date d’arrivée du corps expéditionnaire et de pacification français, occupent de larges places dans les numéros du Bulletin du Comité de Madagascar. Dans son édition de juillet, il donne un résumé des actions des mois précédents.

Ainsi le 1er avril, raconte-t-il, trois individus sont surpris à Antsiranana, « faisant des signaux avec les Hovas ». Arrêtés, ils sont conduits devant le commandant Martin. L’un d’eux qui fait des aveux très complets, est acquitté. Les deux autres, Victor Boulanger et Koutiti, Malgaches nés à Sainte-Marie, sont condamnés à mort et fusillés le 3 avril au matin, « devant toute la population indigène ».

Est-ce la vue de cette justice expéditive, nul ne le sait, mais toujours est-il que fin avril, un certain nombre de chefs sakalava se soumettent au fur et à mesure que le corps expéditionnaire s’avance dans l’intérieur du pays. Ces soumissions se produisent en arrière de la colonne et non en avant, « de telle sorte qu’elles ne nous rendent aucun service politique ».

Pour le compte de mai, le Bulletin reprend des articles du correspondant du « Temps », du 3 au 23 du mois, qui donnent les détails sur les opérations militaires après l’occupation de Marovoay.

Le 2 mai, après la prise de ce village, la brigade Metzinger reprend sans tarder sa marche. Le

4 mai, le détachement du colonel Pardes, fort de deux compagnies de tirailleurs sakalava, d’une compagnie de tirailleurs algériens et d’une pièce d’artillerie, reçoit l’ordre de se porter au-delà du marais de Marovay vers Manonga, à 12km à vol d’oiseau au sud-est de la localité. Leur mission est de rattraper le gouverneur Ramasombazaha qui s’enfuit dans cette direction.

Le 6 mai, la petite colonne arrive à Manonga après une marche rendue très pénible par le mauvais état des sentiers et les nombreux marais qu’elle doit traverser. D’après les villageois sakalava, les Hova sont partis deux jours plus tôt et se sont dirigés vers Trabonjy par des sentiers peu fréquentés, à travers la forêt qui borde la rive gauche de la rivière de Marovoay. Des reconnaissances envoyées par le colonel démontrent, en effet, l’existence d’un rassemblement de troupes hova au village d’Ambodimonty, situé entre Ambohibary et Manonga. Interrogés, les habitants de la contrée déclarent que les Merina sont environ au nombre de 2 000 et seraient armés de six pièces de canon.

« Ils venaient directement de Tananarive et devaient renforcer la garnison de Marovoay. Arrivés après l’évacuation de cette ville, ils s’étaient arrêtés à Ambodimonty. Le colonel Pardes reçut alors l’ordre de les surveiller et de garder un gué de la rivière Karembo qui se jette dans le marais de Marovoay et qui pouvait servir aux Hovas pour gagner l’Est au cas où une colonne partie de Marovoay les aurait chassés de leur position. »

Le 15 mai, jour fixé pour l’occupation du gué, les Français s’aperçoivent en début de matinée que les Merina tiennent déjà le lieu et marchent sur Manonga. La colonne française se met immédiatement en mouvement en suivant les collines qui bordent la route du gué, profitant des bouquets d’arbres dont elles sont couvertes, pour s’abriter. À 1 500m du village, les éclaireurs signalent les Merina en assez grand nombre, un peu en arrière du mamelon distant de 400m environ.

« La section d’avant-garde commandée par le lieutenant Foreston de l’infanterie de marine, s’avança rapidement pour arriver sur le mamelon, avant l’ennemi; au moment où elle atteignait la crête, elle se trouva à quelques mètres des Hovas et reçut presque à bout portant un feu de salve. » La première surprise passée, les Français ripostent rapidement et se précipitent à la baïonnette. Le corps à corps ne dure que quelques minutes.

« Les Hovas laissèrent sur le terrain 60 morts. » Un canon Krupp leur appartenant et mis en batterie sur la route à quelques pas du mamelon, est saisi avant qu’ils aient le temps de s’en servir.

« Cinq d’entre eux s’étaient laissé tuer sur la pièce. » Du côté français, 12 tirailleurs sont blessés, dont 4 grièvement, parmi lesquels un sergent. Le lieutenant Foreston, qui a brillamment enlevé sa troupe, est légèrement blessé au flanc.

À 10 heures, l’engagement est terminé et les Français occupent la rive opposée du gué. « Le lendemain, les Hova évacuaient prudemment Ambodimonty se repliant sur Trabonjy et Ambato. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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