Hazo Midoroboka : Bande de voyous

Publié le par Alain GYRE

Hazo Midoroboka : Bande de voyous

1 décembre 2016

 

Oublié depuis presque deux décennies, le groupe de « vaky sôva » Hazo Midoroboka renaît de ses cendres. Les fils et petit-fils de la formation originelle reprennent le flambeau pour porter haut ces chants polyphoniques traditionnels des hautes terres et perpétuer l’engagement de leurs aïeux.

« Ampitapitao » (Faites passer le message) reste un des titres de Hazo Midoroboka les plus connus du grand-public. Le morceau a surtout été rendu célèbre grâce à l’émission du même titre, sur la Radio nationale, qui se poursuit des années 1980 à aujourd’hui. Le texte est engagé à la manière de l’époque, mais terriblement d’actualité, demandant de faire passer le message comme quoi le pouvoir, la terre, la force et l’avenir appartiennent au peuple et doivent lui revenir de droit, et non à une frange d’oligarques. Des titres de cet acabit, ils en ont une centaine à leur répertoire, à l’instar de « Tsindrin-tsaranga » (Discrimination sociale) qui incite à ne pas accepter de se faire discriminer pour sa couleur de peau ou l’état de son porte-monnaie.

Hazo Midoroboka a été fondé au début des années 1970, alors que Madagascar traversait une intense crise sociopolitique. Il fait du vaky sôva, ces chants polyphoniques traditionnels des hautes terres pleins d’exaltation et d’engagement, accompagnés uniquement de claquement de mains (et plus tard de percussions). Pendant 20 ans, jusque aux années 1990, le groupe était sur toutes les scènes. Et puis, du jour au lendemain, on n’en a presque plus entendu parler. « Hazo Midoroboka n’a jamais été dissous, c’est l’occasion de se produire sur scène qui manquait. C’est juste que le vaky sôva a été éclipsé par les nouveaux rythmes étrangers. Les organisateurs de concerts nous ont oubliés », explique Thommy, fils d’un des fondateurs et actuel leader de la formation de 13 membres. En 2015, conscients de la valeur culturelle et sociale du vaky sôva, les fils et petits-fils des premiers membres décident de lui redonner vie. Quelques morceaux sont maintenant sur Youtube et passent à la télé.

Ecrits essentiellement par un certain Tsilavina Ralaindimby, l’ancien ministre de la Culture, les textes sont très engagés. Du coup, Hazo Midoroboka, dont les membres sont des sans diplômes et surtout des sans emplois du bas-quartier d’Ampamarinana, est vu par plus d’un comme un groupe d’anarchistes. « On nous considérait comme pas fréquentables. Mais qu’avons-nous fait de mal, nous qui ne sommes que des victimes de l’injustice sociale ? » Et d’affirmer qu’ils sont d’abord et avant tout la voix du peuple, vox populi.

Le nom du groupe Hazo Midoroboka fait référence à arbre irradiant, mais les gars sont aussi connus comme les Jomak’Ampama, autrement dit les « anarchistes d’Ampamarinana ». « Cela vient de l’erreur d’un animateur de radio en 1973 qui avait oublié notre nom. Alors il a dit ce qui lui est passé par la tête, en fonction de notre apparence », raconte Thommy. Cheveux crépus, bandeau rouge sur le front, gilet blanc sur leur torse nu et lambahoany vert sur les reins, ils incarnaient l’image type des voyous de l’époque. « Les préjugés sont tenaces mais cela ne change rien à notre manière de voir, de penser et d’agir », souligne Thommy, sourire en coin. Message à faire passer ?

 

SolofoRanaivo

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