Notes du passé: Ambavaloza et Andriamamovoka, très célèbres à Tsinjoarivo

Publié le par Alain GYRE

Ambavaloza et Andriamamovoka, très célèbres à Tsinjoarivo

06.12.2016 | Notes du passé : N°2313

 

Jean Laborde construit le Rova (enceinte royale) de Tsinjoarivo comme lieu de villégiature de Ranavalona Ire. Les travaux de construction débutent en 1834 pour se terminer deux ans plus tard. Hormis Rasoherina qui règne de 1863 à 1868 et qui se déplace peu pour des raisons de santé, Ranavalona II (1868-1883) et Ranavalona III (1883-1897) aiment, comme la première du nom, séjourner à Tsinjoarivo. Surtout Ranavalona II qui est souvent souffrante et qui apprécie le repos qu’elle jouit dans ce cadre sauvage.

Cependant, comparées à leurs séjours de vacances, leurs visites officielles y sont rares: trois pour Ranavalona Ire (1840, 1842, et 1856), deux pour Ranavalona II (1880 et 1882), deux également pour Ranavalona III (1889 et 1890). Tous les rituels de leurs séjours sont organisés sous la première souveraine, les deux suivantes ne faisant que suivre ce qui est déjà fixé, se contentant d’en enlever ce qui est dépassé et d’améliorer ce qui peut l’être.

Comme la coutume l’établit depuis des temps immémoriaux, la reine ne quitte jamais le Rova par la grande porte du nord-est par où elle est entrée. Pour sortir, elle emprunte le portail du sud-ouest. Ce dernier mène également aux deux célèbres chutes de l’Onive qui coule au pied du Rova et dénommées Ambavaloza en amont et Andriamamovoka en aval.

Le nom d’Ambavaloza vient de deux rochers situés au pied de la chute. Très visibles lorsque l’eau est basse pendant la saison sèche, ils donnent l’impression de former une gueule ouverte de fauve où l’eau s’engouffre avant de la rejeter.

Tant les historiens que les villageois affirment que c’est là que se pratique, à l’époque, le « jeu favori» de Ranavalona Ire, « reine cruelle ». Il consiste à jeter en amont de la chute des veaux réquisitionnés chez les éleveurs. Emportés par le courant, ils se débattent avant de se fracasser sur les rochers de la rivière. Ce spectacle serait très apprécié par la reine. Quand les veaux manquent, elle y ferait précipiter les prisonniers dont les peines dépassent quatre années de détention.

Un peu plus en aval, pour atteindre la chute d’Andriamamovoka il faut descendre un grand escalier de pierres qui a aussi son histoire. Jadis avant de se marier, les fiancés doivent se présenter devant la souveraine pour recevoir sa bénédiction. Elle ne la donne qu’après que le jeune homme et la jeune fille, chacun de son côté, descend les 257 marches qui forment l’escalier. Nombre que chacun doit dire à la souveraine.

Si leurs deux réponses sont justes, ils reçoivent ce « tsodranon’ny mpanjaka » tant espéré. En revanche si elles sont fausses et, de surcroît, ne concordent pas, elle les sépare immédiatement car, argue-t-elle, ils sont incapables de s’entendre et donc de vivre en harmonie.

Andriamamovoka porte bien son nom. A quelques marches de la passerelle d’où l’on a une belle vue sur la chute, on se fait déjà aspergé par des « poussières » d’eau. En reflétant les rayons du soleil, ces gouttelettes d’eau forment un arc-en-ciel dont l’emplacement varie selon la position du soleil: à l’ouest dans la matinée, à l’est dans l’après-midi. La tradition orale soutient pourtant que cet arc-en-ciel n’apparaît que si l’on siffle d’une certaine manière.

En saison sèche, quand l’eau est très basse, il est possible de traverser la rivière en empruntant les rochers. La reine, elle, se contente d’une plateforme naturelle située près de la chute pour prendre son bain. Elle se laisse aspergée par les embruns de l’eau qui vient frapper le bas de la plateforme, précisent les villageois. Il semble également que c’est près de cette plateforme que se déroulent les sacrifices rituels de boeufs « volavita » organisés à Tsinjoarivo.

C’est entre les deux chutes d’eau également que sont exécutés les jeunes gens qui tiennent compagnie à Ranavalona Ire la nuit. Au petit matin, des éléments de la garde royale entraînent chaque malheureux élu vers son destin, au bord de l’Onive, pour le décapiter. Par cet acte, dit-on, elle supprime la preuve de son inclination pour les beaux mâles du village. Par respect pour ces « victimes innocentes», il est interdit de se soulager entre les deux chutes. C’est d’ailleurs l’unique tabou qui existe dans le Rova et ses proches environs. Une autre coutume populaire se déroule au pied d’Andriamamovoka jusqu’en août 2008.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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