Notes du passé: De l’accusation calomnieuse à la force 14.12.2016 Notes du passé

Publié le par Alain GYRE

De l’accusation calomnieuse à la force

14.12.2016 Notes du passé

 

Si un seigneur veut se libérer de la tutelle de son souverain envers qui il a fait, malgré lui, son serment d’allégeance, il soulève le peuple. Celui-ci se divise en partisans et en opposants (lire précédente Note). Mais ce genre de crime est souvent éventé avant l’heure, car la crainte ou le respect dû au roi incite certains sujets à le prévenir. Alors le seigneur tout comme ses partisans sont condamnés à mort pour insurrection.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là, car une telle exécution massive est aussi l’occasion unique pour toute personne qui a quelque compte à régler avec une autre, de le réussir. Il suffit de l’accuser de faire partie des rebelles. Car si dans les temps anciens, les comptes personnels se règlent de plusieurs manières, le moyen le plus rapide, le plus sûr et à moindre frais est, sans nul doute, l’accusation calomnieuse. Bien souvent, Andrianampoinimerina doit intervenir pour que cela ne dégénère en véritable génocide. Car connaissant l’attachement de son peuple, il ne peut croire qu’il y a dans son royaume autant d’opposants à sa souveraineté.

« Arrêtez le massacre », ordonne-t-il. « Trop de personnes se haïssent et profitent de l’occasion pour se venger. » Et de poursuivre: « De plus, leur maître est mort et je ne me bats pas contre un mort… » Avant de conclure: « Cependant, si je pardonne, je n’oublie rien pour autant. S’il existe encore des partisans du traître, qu’ils n’oublient rien eux aussi. »

Andrianampoinimerina n’a jamais caché son assurance à vaincre ses ennemis, forts de ses fétiches accompagnés de leurs attirails. Ainsi, quand il s’en va-t-en guerre, il se fait précéder et suivre par les idoles royales. Les souverains merina en comptent douze reconnues comme fétiches nationaux- chiffre sacré- dont Kelimalaza est le plus considéré.

« Bien que profondément monothéiste, les anciens Malgaches professent, mêlé à la notion d’un Dieu supérieur, un culte animiste compliqué du culte des ancêtres et d’un fétichisme » (Régis Rajemisa-Raolison, historien). À l’origine, cette croyance était inconnue. Mais elle se développe considérablement à partir du XVIIe siècle, époque où les roitelets se mettent à guerroyer entre eux et ont besoin d’une force surnaturelle pour les soutenir.

C’est ainsi que Kelimalaza est introduit en Imerina au XVIe siècle par une femme originaire du pays betsileo, Rakalobe. Elle devient vite la première des idoles « pour son prétendu pouvoir d’accorder la victoire à la guerre, d’arrêter la grêle…», bref de réaliser des miracles. À son époque de gloire, Kelimalaza  a son sanctuaire dans le village d’Ambohimanambola où « un véritable corps de prêtres » l’ont gardée. Avec les onze autres idoles nationales, elle est détruite par le feu, le 8 septembre 1869, sur ordre de Ranavalona II, la première reine chrétienne malgache.

Cette notion de force naturelle ou surnaturelle est toujours mise en avant dans toute confrontation. Elle est surtout sublimée dans la légende d’Ibotity où « la cascade des moins forts » est mis en exergue.

Le petit Ibotity monte sur la branche d’un arbre. Le vent souffle, la branche se brise et Ibotity tombe, se cassant la jambe. Alors Ibotity conclut que la branche d’arbre est très forte parce qu’elle a pu lui casser une jambe. Mais la branche rétorque que le vent est plus fort parce qu’il l’a brisée.

À son tour, le vent se déclare moins fort que la colline qui peut l’arrêter; la colline l’est moins que le rat qui la creuse; le rat l’est moins que le chat qui le tue; le chat l’est moins que la corde qui peut le ligoter; la corde l’est moins que le feu capable de la brûler; le feu l’est moins que l’eau qui peut l’éteindre.

Et cela ne s’arrête pas là. L’eau est moins forte que la pirogue qui passe sur son dos; la pirogue l’est moins que la pierre qui sert à la tailler; la pierre l’est moins que l’homme qui arrive à la travailler; l’homme l’est moins que le sorcier qui lui jette un mauvais sort; le sorcier l’est moins que le tanguin qui le tue; le tanguin l’est moins que Zanahary qui l’administre et lui donne son pouvoir.

Alors, dit la légende, à partir de ce jour, Ibotity et tout ce qui existe reconnaissent que Zanahary est le plus fort et le seul maître de tout.

À travers cette légende, dit-on, les Anciens ont conçu les divers échelons des causes secondes par lesquels on passe avant d’arriver à la cause première.

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Commenter cet article