Notes du passé: Des sites pour tourisme villageois a Ambohidranandriana

Publié le par Alain GYRE

Des sites pour tourisme villageois a Ambohidranandriana

05.12.2016 Notes du passé

 

Comme tous les sites historiques de Madagascar, le « royaume » des Andriamasoandro à Ambohidranandriana, dans la région Vakinankaratra, comporte de nombreuses destinations qui peuvent intéresser les amateurs du tourisme villageois.

C’est le cas de Vontovorona. C’est un massif montagneux comprenant Vontovorona proprement dit (2 054m), Itendro-nord (2 049m), Itendro-sud (2 070m) et Ambohi­kely (1 954m). Vontovorona est la montagne que l’on aperçoit de la RN 7, à quelques kilomètres de la ville d’Eaux. Elle figure parmi les sites conseillés aux visiteurs d’Antsirabe. Il se situe à environ 5 km d’Ambohidranandriana.

À son pied, une pierre est levée. Elle marque le campement des Andriamasoandro lorsqu’ils sont arrivés dans la contrée, bien que le premier venu sur les lieux soit Andrianony, mais il ne fait que passer. Jusqu’à aujourd’hui, de nombreuses personnes viennent y prier et offrir des offrandes (coq rouge, rhum, bonbons de fabrication artisanale…), poussés par le besoin de se marier, d’avoir un enfant, de faire fortune, de recouvrer la santé, etc.

Le sommet de la montagne est aménagé pour recevoir des randonneurs. Des blocs de pierre offrent leur service pour le repos après la rude montée. De là, l’on a une admirable vue sur les quatre coins de la région, notamment sur les frontières de l’ancien État d’Ambohidranandriana: Ambohi­tsimanova au Sud, Manazary à l’Ouest et Andranomanelatra-est au Nord. La limite Sud-Est se situe au niveau de la stèle érigée au pied de la montagne. Un autel rituel est aussi installé sur le sommet, mais il n’a aucun lien avec la migration des Andriamasoandro.

Cependant du fait d’un tabou qui interdit de salir les lieux, tous les randonneurs et visiteurs doivent prendre leur précaution avant d’escalader la montagne, en faisant leurs besoins voire en se purifiant les mains. Autre « fady » sur ces lieux sacrés, l’introduction de tout ce qui a rapport avec la viande de porc.

Après la conquête française la plupart des serviteurs et dépendants des Andriamasoandro les Maromena et les Marolahy, quittent le site fortifié pour s’installer à l’extérieur du fossé et sur les monts environnants. Vers les années 1950, les Marolahy décident de construire un tombeau qui, par sa beauté et sa grandeur, dépasserait ceux des nobles et symboliserait leur libération de l’état de serviteurs. Il est évident qu’ils usent vraiment usé de leurs méninges (Farahevitra signifie littéralement ultime idée) pour aboutir au résultat qu’ils veulent atteindre. Ce qu’on en voit aujourd’ hui l’atteste, car la construction est vraiment grandiose.

Pourtant, la construction du tombeau ne pourra jamais être terminée. Profond d’une dizaine de mètres et comportant deux à trois niveaux auxquels l’on accède par un escalier de pierre, il est fait d’énormes plaques épaisses de granit en guise de lits funéraires et de piliers pour les soutenir. On en voit encore quelques échantillons laissés à l’abandon.

Ces plaques de pierre sont à l’époque, découpées sur place au niveau de leurs rainures à l’aide de bouses de bœufs brûlées. Elles sont posées sans l’usage de ciment, mais d’une manière si bien agencée qu’elles tiennent l’équilibre jusqu’à aujourd’hui et ne présentent aucun risque d’accident.

Ces énormes plaques de pierre sont, dit-on, transportées des collines environnantes. Les Maro­lahy, précise-t-on encore, assurent une rotation pour les tirer à l’aide de cordes végétales (bozaka). Et chaque fois que celles-ci cassent, il faut abattre un bœuf. Etant donné le poids de ces plaques de pierre et la fragilité des cordes utilisées, on imagine aisément le nombre d’animaux sacrifiés. C’est dire aussi que leur transport ne dure pas qu’une seule année, d’autant que les hommes doivent en même temps s’adonner aux travaux des champs.

Malheureusement, ce projet ambitieux ne peut être apprécié par les mânes des Andria­masoandro. En effet, depuis les années 1950, trois générations successives lancent la construction puis poursuivent les travaux. A chaque fois, les initiateurs décèdent mystérieusement.

Selon les Zanadray, descendants directs d’Andriamaso­andro, l’explication en est toute simple. Pendant la première guerre mondiale, un Andriamaso­andro appelé Rainisalama et habitant à Ambohimanatrika, recourt aux services d’un Marolahy. Celui-ci s’enrôle et part en France à la place du fils de Rainisalama, tandis que ce dernier prend en charge toute sa famille et lui donne un hectare de rizières à Amparihi­mena, dans la plaine de Vava­harana. C’est ce qu’on appelle « takalom-basy ». Rainisalama n’est pas le seul noble à négocier ainsi.

Le Marolahy est cependant revenu sain et sauf de la guerre. En reconnaissance à Rainisalama qui t et qu’il considère comme son « père », il décide de translater ses restes à Farahevitra. Ce qui serait tout simplement inimaginable, un Andriana ne pouvant être enfoui dans un tombeau de roturiers. D’où ces décès qui ressemblent à des rituels sacrificatoires.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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