Notes du passé: Des sites touristiques sur fond historique

Publié le par Alain GYRE

Des sites touristiques sur fond historique

07.12.2016 Notes du passé : N°2315

 

C’est un véritable ilot touristique, éden de verdure et havre de protection pour les navires à cales. Nosy Mangabe appelée Ile Marose dans le fond de la vaste baie d’Antongil, constitue un point d’escale régulière pour les navires de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. En effet, après avoir doublé le Cap de Bonne-Espérance, ils se dirigent vers Maurice et Sumatra en évitant les dangereuses rafales du Canal de Mozambique.

Fidèles à une coutume maritime qui devra plus tard rendre bien des services aux historiens, les marins hollandais relâchant à l’Ile Marose ne manquent pas de fixer sur les falaises et les dalles de pierre la trace de leur passage. Ils y gravent leurs noms, ceux de leurs navires et la date de leur séjour. Inscriptions qui permettent de jalonner avec précision la série des voyages et des incursions maritimes de l’époque, entre 1595 et 1657.

Outre cette importance historique, Nosy Mangabe se rattache aussi de manière directe à l’installation des Français à Madagascar puisque le 14 février 1774, l’aventurier hongrois Benyowski y débarque. Il est chargé par Louis XV de fonder une colonie dans la baie d’Antongil. La petite ile conservera le souvenir de cet évènement par une nouvelle dénomination. Car soit par esprit courtisan, soit par reconnaissance envers ses protecteurs, Benyowski donne à l’ilot le nom du duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne, et la plage sur laquelle il aborde, est baptisée elle-même du nom de M. de Boynes, ministre de la Marine. Et c’est sous ces noms que l’une et l’autre figurent sur les anciennes cartes.

Benyowski et ses compagnons ne laissent pas de traces sur cette ile car ils y séjournent peu de temps pour s’en aller dans le fond de la baie, le 14 février 1774, où leur tentative de colonisation se termine par un désastre. Secondé par les autochtones, il bâtit Louisbourg, érige des forts, construit des routes, creuse des canaux. Mais fin 1774, il abandonne la cause de la France et se déclare indépendant. Du reste, quelques dizaines de milliers de Betsimisaraka le reconnaissent comme leur roi.

Il ne tarde pas cependant à être assailli par bien des difficultés. Il part alors pour l’Europe et ose encore solliciter en personne le concours de la France qui repousse ses prétentions. Pas plus heureux en Autriche et en Angleterre, il va jusqu’en Amérique d’où il revient à Madagascar en 1785 avec quelques subsides insuffisants. Mais cette fois, la France le traite en rebelle et dans un engagement avec des troupes envoyées de Bourbon contre lui, Benyowski est tué d’un coup de feu dans la baie d’Antongil, le 27 mai 1786.

Tous les sites touristiques malgaches n’ont malheureusement pas un passé historique aussi marquant. Telles les gorges du Manambolo dans la traversée de l’Antsingy (ou Tsingy). Elles renferment des grottes qui, depuis fort longtemps, sont choisies par les populations locales pour y déposer leurs morts. Les difficultés d’accès rendent presque inviolables ces ultimes asiles.

De même, les simples abris sous les roches sont utilisés comme cimetières. L’un d’eux se trouve près du village de Bekopaka: les cercueils contenant les corps sont déposés sur la pierre, abrités des intempéries par la voûte surplombante. Les ossements qu’ils renferment semblent appartenir à des Vazimba, appelés Beosy dans la contrée et qui constituent une des populations les plus anciennes de l’île. « Peut-être même la seule race autochtone avant l’arrivée des envahisseurs venus de l’Orient.» De ce fait, ces cimetières offrent un grand intérêt ethnographique.

Autre curiosité du pays sakalava: les bois silicifiés de la région de Morafenobe, géants renversés et transformés en pierre défiant l’éternité. Ce sont des arbres fossiles constitués de quartz ou de calcédoine. Ils sont uniquement représentés par des troncs et ceux-ci ne sont jamais ramifiés car les branches sont brisées ou détruites au cours du transport par les courants entre les lieux de provenance et de dépôt. On indique parfois le Bongalava comme étant l’emplacement sur lequel vivent ces forêts.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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