Notes du passé: L’autonomie de chaque peuplade étudiée en 1895

Publié le par Alain GYRE

L’autonomie de chaque peuplade étudiée en 1895

30.12.2016 Notes du passé

 

Les observateurs français proposent en 1895 de maintenir le gouvernement hova qui existe à Madagascar et de l’utiliser au lendemain de l’expédition, « sous peine de grever notre budget de charges écrasantes » (A. Martineau).

Il ne leur reste donc plus qu’à trouver la formule de gouvernement qui « concilie la haute suprématie que nous devons exercer dans l’île entière avec le respect des coutumes indigènes et les titres à notre reconnaissance que certaines tribus ou peuplades auront pu acquérir pendant la campagne ».

D’après A. Martineau, la formule n’est pas aussi complexe qu’on le croit au premier abord. « Si le pouvoir des Hova était assis dans l’île entière, elle se traduirait par l’établissement d’une garnison française de 2 à 3 000 hommes à Tananarive ; le protectorat trouverait une garantie suffisante dans cette reconnaissance matérielle de notre autorité. »

Cependant, avant d’arriver à ce choix du gouvernement hova comme base du protectorat, des études sont faites car, dans la Grande ile, il existe « 10 à 12 tribus distinctes, sans autre lien commun que leur sujétion à la cour d’Imerina ».

A. Martineau se demande alors s’il faut les maintenir sous le joug merina ou donner à chacune l’autonomie et ainsi établir plusieurs protectorats.

L’auteur prend alors l’exemple des Sakalava. De tradition, ces derniers sont considérés comme les alliés des Français. « Ils nous rendent, dit-on, de grands services pendant cette guerre : si le sort des autres peuples nous touche peu, ceux-là du moins doivent bénéficier de nos sympathies. »

Il est vrai que les Sakalava sont pour les Français de précieux auxiliaires, dont la loyauté et le dévouement méritent récompense. « Nous devons les associer directement à notre œuvre de civilisation. »

Pourtant, selon les résidents français, cet éloge est fort exagéré. Et s’ils cèdent leurs îles- Nosy Be, Nosy Mitsio, Nosy Faly …- « c’est moins pour se mettre sous la protection des Français que pour échapper sans lutte à l’autorité hova ». Et ils se retournent contre leurs protecteurs quand « ceux-ci les ont débarrassés des Merina! »

Les Sakalava forment au XVIIIe siècle une agglomération puissante et homogène qui domine la Grande ile, de la baie de Saint-Augustin au Sud, jusqu’au-delà de Nosy Be au Nord. Et « les Hova étaient leurs tributaires ». Mais ce vaste empire se démembre à la suite de guerres de succession au trône, donnant naissance à une multitude de petites royautés, chacune indépendante.

Les Merina mettent à profit ces divisions pour reprendre leur liberté et quelques décennies plus tard, pour conquérir l’ile à leur tour. « Au lieu d’attaquer tous les Sakalava à la fois, ils les divisèrent ; pendant qu’ils faisaient aux uns la guerre, ils donnaient aux autres des assurances pacifiques: les Romains n’ont pas employé d’autres procédés pour soumettre le monde. »

Réduits à l’impuissance par la rivalité de leurs chefs, les Sakalava n’arrivent pas à réunir leurs forces. Aussi en moins de vingt ans, ils perdent le Boeny et une partie du Menabe.

En 1895, « la plupart de leurs chefs et de leurs princes ont disparu ; les Hova ont supprimé une partie à la suite de la conquête, et ceux qui restent, sont de fidèles serviteurs de la reine ou vivent dans des régions que nul n’a pu ou voulu traverser: l’Ambongo et une partie du Menabe ».

Aux yeux de leurs sujets, ils gardent un prestige certain, si dans la réalité, leur autorité se réduit à régler les différends qui peuvent s’élever dans les familles ou dans les tribus.

« Incapables d’un acte d’énergie, ils ont fini pour la plupart par accepter les faits accomplis. »

Certains se soumettent même et envoient des émissaires à Antananarivo pour porter des présents au souverain, surtout pendant la fête du Bain royal annuel. D’autres acceptent des postes et titres pour leurs parents ou eux-mêmes. L’objectif de tous est d’assurer « une existence peu coûteuse ». « Pourvu qu’on leur laisse percevoir quelques impôts, les autres soucis sont rapidement oubliés. »

Attitude qui n’est pourtant pas généralisée, car plusieurs Ampanjaka ne manquent jamais l’occasion d’exposer leurs griefs contre les Merina et leur reine. Cette dernière accapare les droits de douane et ne leur laisse que des revenus insuffisants!

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Commenter cet article