Notes du passé: La ville descend de son rocher

Publié le par Alain GYRE

La ville descend de son rocher

22.12.2016 Notes du passé : N°2327

 

Quand le gouvernement général français s’établit à Antananarivo, il s’attelle aux travaux les plus urgents, en particulier l’accès des véhicules modernes jusqu’au Rova. Et ce, à travers les quartiers les plus peuplés de la ville, uniquement desservis par un labyrinthe de ruelles escarpées, ravinées en saison des pluies, coupées d’escaliers glissants. Utilisant autant que possible les anciens tracés, des voies plus larges sont percées, avec des pentes mieux aménagées et pourvues de caniveaux de pierre. La rue descendant du carrefour d’Ambohijatovo vers Antani­narenina, est ouverte en 1898.

Sur la croupe de Faravohitra, l’avenue La Bourdonnais devenue rue George V et construite dès 1896, est doublée par la rue Gallieni à la fin de 1904. Pour celle-ci, il faut faire sauter la roche à coups de mines sur plusieurs centaines de mètres. Se développant en pente douce sur près de deux kilomètres depuis le carrefour de Soarano, voisin de la future gare ferroviaire, elle devient la voie d’accès la plus commode vers la Haute-ville.

Celle-ci voit son visage orné et rajeuni par des jardins créés en des points bien choisis. « Andohalo, le théâtre des solennels Kabary de la royauté malgache, espace nu, poussiéreux ou fangeux, devient la charmante place Jean Laborde » (chroniqueur anonyme des années 1950). Les arbres y poussent vite autour du kiosque où, dès 1897, se fait entendre la musique militaire française.

Entretemps, on essaie d’imposer aux habitants des habitudes d’ordre et de propreté. Les petits marchés sont délimités et n’encombrent plus les voies publiques. En 1913, on commence à paver les rues, on commande des plaques indicatrices. « Cependant, tous les quartiers n’ont pas encore l’eau potable ni des lampes à incandescence. Les détritus domestiques souillent trop souvent les abords des maisons où grouillent des porcs. »

Sur le rocher, peu de terrains sont disponibles pour la construction, mais de nombreux services officiels s’y installent d’abord: la mairie, le secrétariat général, les bureaux, le Cercle des Européens ou de l’Union bientôt remplacé par les bâtiments du Lycée Gallieni… Ainsi la ville, en quête d’espace, doit descendre de son rocher. Elle s’étend surtout vers le nord-est. C’est là que se trouvent des terrains plats qui se prêtent aux œuvres de l’urbanisme et auxquels on accède, à partir des vieux quartiers, par les pentes les moins escarpées. C’est là que passe le chemin qui conduit du Rova à la ville sacrée d’Ambohi­manga et aussi à Mahajanga. C’est là que se tient le grand marché du Zoma et que les premières maisons de commerce européennes s’installent avant la conquête.

Plus tard, le choix fait de l’emplacement de la gare exerce un attrait plus puissant. Certains sont partisans des rives occidentales du lac Anosy, en aval et au sud d’Isoraka. Les terres sont l’objet des spéculations habituelles. Finalement, on se décide pour le vallon d’Analakely qui s’élargit progressivement vers le nord-ouest, entre les collines d’Ambondrona-Antanimena et d’Isoraka-Isotry.

Les pentes sud-est d’Isoraka sont aménagées en parc annexé à la résidence du gouvernement général à Ambohitsorohitra en 1901. Celle-ci est reliée par l’avenue de France à la place Colbert (actuelle place de l’Indépendance) taillée sur le versant qui domine Analakely et refoulant le grand Zoma dans le fond du vallon. Marché qui cède la place aux magasins de commerce et aux bureaux descendus de la vieille ville. Ce quartier d’Antani­narenina (à la terre nivelée) devient alors le centre de la vie administrative et des affaires. Les hôtels et restaurants descendent du vieux Tana. Magasins et entrepôts s’y construisent.

Le vallon d’Analakely, naguère couvert de rizières et parfois submergé d’eau, se peuple moins vite. Longtemps les rues ne traversent que des terrains vagues entre le marché et l’emplacement de la gare installée aux dépens du promontoire rasé d’Antanimena et ouverte à l’exploitation, le 21 novembre 1910.

C’est alors que les blocs du bas-quartier d’Analakely commencent à se remplir. En 1915, l’avenue Fallières (avenue de l’Indépendance) a ses massifs de verdure, mais n’est pas encore bâtie, de même l’avenue de La Réunion (avenue Andrianam­poinimerina) qui prolonge la route de Mahajanga.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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