Notes du passé: Une révolution qui arrive à point

Publié le par Alain GYRE

Une révolution qui arrive à point

17.12.2016 Notes du passé

 

Le Marseillais nommé Arnoux,  associé de la Maison de Rontonay de Bourbon, fonde en son nom et en celui de cette dernière, une plantation de caféiers et une sucrerie à Mahela, à quelques kilomètres de Mananjary. Les deux affaires prennent une rapide extension. Arnoux meurt en 1828, peu après Radama Ier.

De son côté, Napoléon de Lastelle, établi un peu plus haut, à Toamasina, s’associe à son tour avec de Rontonay et s’occupe d’une sucrerie, tandis que son frère Charles de Lastelle est nommé à Mahela en remplacement d’Arnoux. Et c’est lui qui, selon certains historiens, recueillerait Jean Laborde qui échoue sur la côte, et non son frère Napoléon. Ce dernier est le premier des deux Français qui ont l’insigne honneur de ne pas être englobés dans la proscription générale qui chasse en 1845, tous les Européens, aussi bien les Anglais que les Français. Le deuxième de ces privilégiés est Jean Laborde.

Un petit retour historique s’impose. La situation politique de Madagascar est grave à l’époque. Les relations de la France avec le gouvernement hova sont, depuis longtemps, des plus tendues. À cette époque, le gouverneur anglais de Maurice, Sir Robert Farquhar, reçoit l’ordre de son gouvernement de ne pas considérer Madagascar comme faisant partie des Établissements cédés par la France à la Grande-Bretagne, par le traité de Paris de 1814, sous la dénomination générale des Dépendances de l’Ile de France, devenue Ile Maurice.

Il apprend ainsi, bien à regret, l’ordre donné en mars 1817 par le vicomte Dubouchage, ministre français de la Marine, au gouverneur de Bourbon d’avoir à procéder à la reprise de possession des Établissements français sur la côte orientale de Madagascar. Le 15 octobre 1818, Sylvain Roux reprend solennellement possession de Sainte-Marie que la reine Betty cède à la Compagnie des Indes en 1750, et de Tintingue, le 4 novembre.

Mais le 13 avril 1822, Radama Ier proclame nulle toute cession du territoire qu’il n’aurait pas ratifiée et il envoie un corps expéditionnaire de 3 000 hommes commandé par Rafaralahy, sous la direction de l’Anglais James Hastie. Sylvain Roux ne peut empêcher les Merina de prendre Foulpointe et d’occuper la côte. Il meurt peu après et il est remplacé par le capitaine du génie Blévec.

Début juillet 1823, le roi merina se rend à  son tour à Toamasina, à la tête de 2 000 Voromahery, les Éperviers royaux, et arrive à Foulpointe accompagné de Jean René. Là, solennellement, il arrache et jette dans la boue la pierre monumentale dans laquelle est enfermé un écrit constatant la prise de possession par les Français de la côte orientale. Dans un grand Kabary, en présence des Betsimisaraka et des Anglais, il s’écrie : « Si quelqu’un garde le souvenir de cette pierre et cède un pouce de terre aux Vazaha qui prétendent en être maîtres, nous le renions » (R.P. Callet, « Tantara ny Andriana »).

Le mois suivant, les troupes de Radama pillent dans le Nord tout ce que possèdent les Français. En face de Sainte-Marie, ils brulent les villages de Fondaraza et de Tintingue et le roi, par une dépêche en date du 4 aout 1823 destinée au commandant de Sainte-Marie, revendique la souveraineté exclusive de tout Madagascar. Le 27 juillet 1828, Radama tourne le dos à 36 ans. Sa femme principale, la princesse Ramavo, devient reine sous le nom de Ranavalona Ire.

Quelques années plus tard, elle édicte des mesures sévères anti-Vazaha. Se produit alors l’affaire Pinson. Installé à Sainte-Marie, ce dernier quitte cette ile pour se rendre à la baie d’Antongil où il veut se fixer. Un gros temps l’oblige à aborder sur la Grande terre. Les Hova qui se trouvent là par hasard, le saisissent, le garrottent et le mènent devant le chef de Fenoarivo. Aussitôt, celui-ci fait savoir que, le lendemain, un homme blanc serait vendu au prix ordinaire de tout esclave. Les traitants du voisinage se cotisent, achètent le malheureux et préviennent le commandant français de Sainte-Marie qui envoie sans tarder un officier protester contre cette violation du droit des gens.

L’affaire se complique. Six navires commandés par le capitaine de vaisseau Gourbeyre arrivent, le 8 juillet 1829, sur la rade de Toamasina. Par une lettre datée du 14 juillet, il donne au gouverneur de Ranavalona, André Soa, un délai de vingt jours pour reconnaitre les droits de la France. Son silence serait considéré comme un refus formel.

Ce n’est que le 10 octobre que trois navires viennent s’embosser à Toamasina, à trois cents toises du Fort hova. Le lendemain, le bombardement commence et les troupes françaises débarquent. Foulpointe et la Pointe à Larrée sont repris.

Mais la révolution de juillet en France vient tout remettre en cause. Le roi rappelle les bateaux de guerre et enjoint au gouverneur de Bourbon de ne plus parler de la question de souveraineté. Il doit se contenter de régler les conventions commerciales entre la France et Madagascar.

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