Notes du passé: Le malgache emprunte les langues européennes

Publié le par Alain GYRE

Le malgache emprunte les langues européennes

17.01.2017 Notes du passé

 

À partir du XVIe siècle, l’influence européenne commence à s’exercer sur Madagascar. Celle-ci se traduit aussi par des emprunts linguistiques à la mesure de l’influence de chacun des pays qui viennent s’y faire concurrence. La linguistique peut ici, dans une certaine mesure, apporter un témoignage de l’étendue respective de ces diverses influences.

Celle des Portugais (tout le XVIe siècle), puis celle des Hollandais (fin du XVIe-première moitié du XVIIe siècle) semblent être minimes. Ces navigateurs, préoccupés de trouver des points de relâche pour leurs  navires, ne visent qu’à un commerce réduit avec les habitants de l’ile.

Ils laissent dans la langue malgache peu de traces de leur passage, notamment les uns et les autres, le nom d’un fusil. De plus, l’un des noms de la piastre (dans l’Ouest « parata ») est d’origine portugaise. « Il n’y a rien de surprenant à ce que de l’argent portugais ait été connu et reçu dans certaines régions. Dans celles-ci, en outre, le nom de la chemise- kamisa, d’origine portugaise- atteste que ces navigateurs furent les premiers à faire connaitre cette partie du vêtement. »

D’après J. Dez, en 1963, il semble que les Portugais introduisent le manioc dans la Grande ile. Il indique cependant, qu’il est difficile de relier le nom portugais du manioc au mot malgache. Sur la côte Ouest de Madagascar, il existe un autre nom du manioc qui peut être rattaché directement au bantou, « ce qui révèle donc un emprunt particulier à la côte orientale d’Afrique ».

Abordant d’autres influences européennes, l’auteur mentionnent que les Anglais laissent leur nom à un fusil, introduisent l’oie, dans le courant du XVIIIe siècle au plus tard, « et non au XIXe siècle comme on l’a longtemps cru », et peut-être le chat, dès le début du XVIIe siècle.

« Mais c’est surtout à l’influence qu’ils exercèrent à Tananarive, dans le courant du XIXe siècle que la langue malgache doit divers emprunts à la langue anglaise, dont certains ont été attribués trop hâtivement à la langue française. » Divers commandements ou termes militaires, la plupart sortis de l’usage depuis, mais utilisés dans l’ancienne armée merina, rappellent, précise J. Dez, le rôle joué par des hommes comme Brady, dans la création et l’organisation de l’armée de Radama.

D’un usage plus durable sont les mots qui rappellent l’introduction de la religion chrétienne, l’enseignement et l’imprimerie par les missionnaires anglais (Bible, livre, école, leçon, divers équipements scolaires, le terme « gazety » pour désigner les journaux…). J. Dez signale aussi que d’autres termes permettent d’évoquer l’influence technique de divers nationaux britanniques, dont le plus marquant est Cameron dans différentes activités. Notamment la constitution des maisons en briques, la menuiserie et la charpenterie, l’orpaillage, les soins donnés aux habits. « C’est par erreur que les termes malgaches désignant la brosse et le repassage sont considérés comme d’origine française. »

Les Anglais amènent également l’usage de compter le temps en heures et en minutes et, sans doute, le lapin. Enfin, il y a l’innovation capitale qu’est l’invention d’un système d’écriture en caractères latins de la langue malgache, plus exactement du dialecte merina. Elle est réalisée avant 1823, sous la « direction intelligente » de Radama Ier et par une collaboration d’Anglais et de Français présents à Antananarivo.

Quant à l’influence française, il en reste peu de traces dans le Sud-Est malgré l’ancienneté et la durée de l’installation au Fort Dauphin. En revanche, elle est beaucoup plus marquée sur la côte Est et Nord-Est avec l’installation de Français au XVIIIe siècle, de celle d’une station de naturalistes français au sud de Toamasina, fin XVIIIe siècle-début XIXe siècle, du développement des entreprises réunionnaises sur cette même côte au XIXe siècle. Il en reste dans la langue un certain nombre de mots dans la région qui s’étend entre Sainte-Marie et Mananjary (cuiller, haricot, par exemple). Certains et ce qu’ils désignent s’étendent, depuis le début du XIXe siècle, dans toute l’ile, souvent recueillis par les Merina qui les diffusent vers les autres régions.

L’influence française est plus lente à s’exercer dans la capitale et ne se développe qu’à partir de l’époque de Jean Laborde. Elle se traduit, entre autres, par des termes désignant l’habillement à l’européenne, le mobilier et la vaisselle (chaise, table, armoire…), les moyens de transport (charrette), les aliments, diverses techniques (rabot, scie, savon), les distractions, la religion et l’enseignement…

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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