Note du passé: Un vaste plan d’établissement français à Madagascar

Publié le par Alain GYRE

Un vaste plan d’établissement français à Madagascar

18.01.2017 Notes du passé

 

L’installation française dans la Grande ile ne résulte ni d’un évènement fortuit ni de simples circonstances.

« Ce fut l’une des étapes d’un plan très vaste étudié depuis bien des années », confirme Edmond François, membre de l’Académie malgache dans une communication du 17 décembre 1943, à l’occasion du Tricentenaire de l’établissement de l’autorité française à Madagascar.

Le premier projet de constitution d’un empire colonial remonte au règne d’Henri IV. Au début du XVIIe siècle, ce souverain s’intéresse au projet que lui soumet un Hollandais, Peter Lintgens, pour créer une Compagnie française des Indes, « devant tirer des deux bouts du monde, tout ce que la Nature a produit », précise-t-il. Parmi les associés français figureraient la reine Marie de Médicis et Antoine Godefroy. Les membres hollandais seraient Mathieu Cobus, Girard de Roig, P. de Biringhem.

« L’entreprise avorta. »

Elle est reprise sous le règne de Louis XIII par Girard de Roig et Geoffroy de Limoges. Le roi accorde des lettres patentes, mais les associés ne réalisant rien après quatre ans, le Conseil du roi est saisi de la revendication formulée par deux marchands, Escheziel de Caen et Mirisson de Rouen. Girard de Roig s’oppose à cette prétention et, pour départager les parties, le Conseil décide qu’une telle société serait mise sur pied qui rassemblerait les anciens et les nouveaux actionnaires. Cette Compagnie arme au moins trois navires qui voyagent ensemble sous la direction du capitaine de Beaulieu.

En 1633, le privilège prend fin et « il ne semble pas que les actionnaires eussent été enrichis par les profits de cette première compagnie française des Indes ». Celle-ci ne se donne aucun but défini dans la mer indienne et ne forme aucun projet particulier quant à l’occupation de Madagascar. Pourtant, Richelieu est, à plusieurs reprises, saisi de plusieurs propositions pour ouvrir des comptoirs à Madagascar et veut y établir solidement les couleurs françaises.

Aux XVIe et XVIIe siècles, l’existence d’un empire colonial est conditionnée par la liberté « sinon la maitrise » de la navigation sur les routes maritimes. À cette époque, deux de celles-ci intéressent en particulier la France. « L’une devait conduire aux mines d’argent du Mexique et au fabuleux El Dorado, l’autre joindrait la mer des Indes, les perles, les épices. » Sur ces routes, il est non seulement indispensable de défendre ses propres navires recherchés par les corsaires, mais il faut encore s’efforcer de saisir les vaisseaux marchands de la Hollande et de l’Angleterre. Pour conduire la guerre « de course », des bases sont nécessaires où les navires peuvent se ravitailler. Celles des Français doivent être les Antilles vers l’Occident et, sur la route des Indes, le Sud-Est de Madagascar ou les Mascareignes, « points que tous les voiliers devaient reconnaitre après le passage de Bonne-Espérance ».

Au temps de Richelieu, on ne peut concevoir « la colonisation officielle ». Les relations internationales ne sont pas codifiées et la lutte permanente sur toutes les mers est nécessairement génératrice de conflits entre les gouvernements. Pour n’être pas entrainés dans de fréquentes guerres, les États préfèrent développer leurs projets et leurs politiques derrière des intérêts privés. « L’exemple en avait été fourni par l’Angleterre qui avait fondé en 1600, une Compagnie des Indes orientales. » Non seulement cela donne à la Grande-Bretagne une assise solide en Asie, mais elle enrichit encore ses commanditaires. « Les actions émises valaient le triple dès 1617. » Les bénéfices sont tels qu’on estime pour chaque voyage que le profit retiré représente de 218 à 340% de la valeur du navire.

Aussi pour donner à la France un point d’appui dans le Sud-Est de Madagascar, Richelieu fait constituer une société coloniale. Il charge de ce soin Julius de Loynes, secrétaire du roi et général pour la Marine. Pour faciliter la constitution de la Compagnie, « un premier patrimoine à mettre en vigueur est donné à Rigault, capitaine au long cours.qui visite peut-être Madagascar». Il reçoit le privilège du commerce et de la navigation dans la Grande ile pour le dédommager « des grandes dépenses qu’il a engagées et pour avoir utilisé ses connaissances afin de créer un établissement à Madagascar ». D’après Edmond François, ces grandes dépenses ne peuvent être  que les sommes engagées pour l’armement du voilier « Saint Louis », dont on presse le départ  afin qu’il soit hors de France avant la rédaction de l’acte de société. Quant à ses connaissances de l’ile, il semble bien qu’elles devaient être superficielles.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Pierre van den Boogaerde « Shiprwrecks of Madagascar »

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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