Note du passé: Une société privée sous contrôle administratif

Publié le par Alain GYRE

Une société privée sous contrôle administratif

19.01.2017 Notes du passé

 

Le cardinal de Richelieu, à l’exemple des Anglais, fait constituer vers 1617, une société coloniale à installer dans le Sud-Est de Madagascar. Pour ce faire, un premier patrimoine à mettre en valeur est donné à Rigault, capitaine au long cours (lire précédente Note). Ce privilège est, en fait, la concession mise à la disposition de la Compagnie française des Indes orientales. Celle-ci, dont le capital n’est pourtant pas limité, doit par la suite rembourser les frais étant partagés en 24 parts.

Elles se trouvent réparties entre des fonctionnaires et des marchands. Les premiers comptent Nicolas Fouquet, le célèbre surintendant es Finances alors qualifié modestement « conseiller du roi », Aligre, conseiller du roi et commissaire pour la Marine, Julius de Loynes, général pour la Marine, Pierre de Beausse, premier commis des parties casuelles du roi- « on peut, pour ce dernier, se demander si sa participation, n’était pas, par personne interposée, celle de Louis XIII »- enfin Rigault, l’un des capitaines « entretenus pour notre service en la Marine ».

Les marchands comptent trois personnes. C’est bien là une affaire privée, mais dont le contrôle administratif est fermement assuré. Les associés se réunissent périodiquement en l’hôtel de Nicolas Fouquet, rue de la Verrerie, et choisissent quatre directeurs, Rigault, Fouquet, de Beausse et Desmartins. Pronis, en route pour Fort Dauphin, est chargé de la direction de la Colonie et en mai 1643, avec le premier navire armé par la Compagnie, il reçoit le pouvoir de parler au nom du roi.

Toutefois, dans l’acte de société, il manque le programme précis de l’exploitation des richesses qu’on va transférer de Madagascar en France. « On conçoit sans peine l’incertitude, les inquiétudes des premiers chefs venus dans un pays inconnu, ans programme et à peu près sans moyens, pour charger des navires qui devaient tous les quatre ou six mois, emporter vers la France des richesses de toutes natures », déclare Edmond François, membre de l’Académie malgache, dans une communication prononcée le 17 décembre 1943, à l’occasion du Tricentenaire de l’établissement de l’autorité française à Madagascar. Les Antanosy reçoivent des équipages européens qui échangent contre des perles ou des miroirs quelques bœufs, du riz, des fruits. » L’inventaire des richesses visiblement exploitables est vite fait. Après quelques livraisons d’essai, on relève que les chargements sont constitués de bois, de gommes, de cire d’abeille et surtout de peaux.

« Mais les bœufs n’étaient pas nombreux en Anosy et les naturels ne désiraient pas s’en dessaisir. » Les roitelets se partagent l’autorité et le terrain, prélèvent sur leurs troupeaux la rémunération des soldats français qui les aident à battre les chefs voisins, mais cela ne peut faire au total qu’un maigre troupeau. Le directeur de la Compagnie doit en venir à la réquisition en vertu d’une autorité que les indigènes ne peuvent concevoir et il faut se battre. « Mais la guerre, la répression ne peuvent non plus faire vivre la Colonie et le directeur local doit organiser des expéditions lointaines pour rejoindre les troupeaux de l’Androy et du pays mahafaly. »

Les dirigeants de la Compagnie prévoient une autre forme d’exploitation plus logique et en apparence plus sûre. Chaque navire amène de France des « colons, ouvriers et paysans. Ces hommes apportent de France leurs outils, et des semences pour mettre en valeur le sol de la jeune colonie. Toutefois, il n’y a toujours pas de programme, à l’exception de l’instruction qui parvient au Fort Dauphin en 1644, pour produire du tabac.

« On déduit sans peine ce que furent les fruits du travail de ces artisans. Ils devront bien lâcher leurs outils pour prendre les armes tombées des mains des soldats, car la mort fauchait largement parmi ces pionniers. La lutte contre les rebelles indigènes n’était peut-être pas très dangereuse, mais la fièvre, la dysenterie, le mal italien tuaient chaque jour des Français. » Mais dans l’hôtel de la rue de la Verrerie, on ne peut réaliser la véritable situation de la Colonie. On conclut vite que « l’incapacité et l’esprit de lucre des directeurs sont coupables de tous les insuccès. Mais le dernier recruté n’annonçant pas plus de résultats que ses prédécesseurs, on se décourage.

Actionnaires et directeurs persévèrent, mais ils doivent se rendre compte qu’une refonte de l’acte de la société est fondamentale. D’autant que, depuis 1653, une nouvelle difficulté surgit : la concurrence du duc de la Meilleraye, grand ami de Fouquet sui veut se substituer à la société qui dépérit.

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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