Notes du passé: Colonisation et évangélisation vont de pair

Publié le par Alain GYRE

Colonisation et évangélisation vont de pair

30.01.2017 Notes du passé

 

Lorsque la flotte française occupe l’ile de France (ile Maurice depuis l’occupation anglaise en 1810), une grande croix est érigée sur un rocher de la plage portant, au dessus de l’écusson royal, une inscription latine qui se traduit ainsi : « Ne t’étonne pas de voir les lys fixés sur la tête de la croix bénie : la France ordonne que la croix se dresse ici. » Car découverte des

« terres neuves » et évangélisation de leurs habitants vont de pair, même si ces expéditions faites par des compagnies commerciales « eurent bien souvent en vue l’Eldorado que la Jérusalem céleste. Mais enfin, les missionnaires étaient transportés gratuitement et entretenus dans les missions aux frais de compagnies de commerce ou de l’État » (père A. Engelvin).

Richelieu puis Colbert imposent ainsi aux directeurs des compagnies de navigation, l’obligation de prendre à bord de leurs vaisseaux des religieux comme aumôniers de l’équipage et comme missionnaires des populations autochtones où ils vont « trafiquer ». C’est pourquoi saint Vincent de Paul qui fonde la Congrégation de la Mission en 1625, pour prêcher au peuple des campagnes de France, est sollicité en 1645, par les dirigeants de la Compagnie de l’Orient et par le nonce du Pape à Paris, d’envoyer des missionnaires à Madagascar. Le chef de la Congrégation dit alors à ses disciples : « Nous n’y avons jamais pensé ! Mais comme c’est désir du Pape et qu’il a pleine autorité d’envoyer ad gentes tout prêtre catholique, nous avons accepté ce nouveau champ d’apostolat. »

Quand Pronis débarque du « Saint Louis » sur la plage de Sainte-Luce, en tant que commis de la Compagnie de l’Orient et avec 40 Français sous ses ordres, en septembre 1642, ils trouvent provisoirement installés dans les villages des environs, huit Français d’un navire de Dieppe, naufragés sur la côte. Cauche est le chef de ces colons malgré eux qui vivent tant bien que mal en trafiquant avec la pacotille qu’ils peuvent sauver du désastre. Pronis leur présente le privilège royal accordé à la Compagnie qui lui attribue le monopole du commerce à Mada­gascar. Ils se rangent  sous son autorité.

« Mais la plage marécageuse de Sainte-Luce, soumise aux rafales des moussons, suintant la fièvre contre laquelle les paillotes hâtivement élevées ne  suffisaient pas à protéger les immigrants déjà fort éprouvés par un voyage en mer qui avait duré six mois. En quelques mois, le cimetière eut plus de locataires que le village des colons dénommé Saint-Pierre. »

Les survivants partent à la recherche d’uns ite plus hospitalier et le trouvent à 40 km plus au sud, sur la presqu’ile de Taolanara où ils se transportent avec armes et bagages. Là ; ils peuvent bâtir sur le roc, élever un fortin qui les mettrait à l’abri de toute attaque, soit par terre, soit par mer… « Ils pouvaient reposer leurs yeux brûlants de fièvre sur un panorama ravissant et respire l’air sain que la brise apporte du large océan.»

La cité est alors appelée le Fort Dauphin pour honorer le jeune fils du roi de France, le futur Roi Soleil, Louis XIV. Il faut maintenant se mettre au travail pour établir un comptoir où les prochains navires trouveraient « rafraichissements » et marchandises pour leur retour en France.

Mais les désillusions apparaitront bientôt. « L’effectif se composait alors des 14 survivants des hommes amenés par Pronis l’année précédente, des 17 Français demeurés avec Cauche et d’un renfort de 60 hommes arrivés de France en mai 1643, à bord du Saint-Laurent, capitaine de Régimont. En tout, moins de 100 hommes, premier noyau de cet établissement de Fort Dauphin, qui devait donner en 1665, le nom de l’ile Dauphine à Madagascar tout entier et demeurer, pendant deux siècles, la capitale et le point d’appui de notre colonisation dans la Grande ile » (Urbain Faurec, « Aventuriers et conquérants de Madagascar »).

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

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