Notes du passé: Fin du premier épisode de la colonisation française

Publié le par Alain GYRE

Fin du premier épisode de la colonisation française

31.01.2017 Notes du passé

 

Fort Dauphin est le point d’appui  de la colonisation française à Madagascar, affirme Urbain Faurec (lire précédente note). Pourtant, dès le gouvernorat de Pronis, l’opposition de ses hommes se manifeste contre leur jeune chef de 23 ans. Pour diverses raisons.

D’abord, comme beaucoup de coloniaux, Pronis épouse une femme du pays, Andrian-Ravelo, fille du roitelet du voisinage. « Méthode de colonisation qui a ses avantages, mais les

subordonnés de Pronis refusaient de voir dans cette femme du pays habillée à la française qu’il tient pour sa femme, autre chose qu’une concubine » (père A. Engelvin). Mais en prenant femme malgache, il adopte toute sa parenté. Ainsi une autre source de mécontentement nait, car « tandis qu’il ne sert à ses subordonnés qu’une maigre pitance, il gaspille les biens de la Compagnie pour gaver sa parenté indigène ».

La révolte couve chez ces hommes ulcérés, ses soldats l’arrêtent et le mettent en prison où il passe six mois. Il est libéré le 26 juillet 1646, grâce au capitaine Le Bourg du « Saint-Laurent» qui l’impose à nouveau comme chef aux révoltés, appuyant sa sentence « de l’autorité des canons de son navire braqués sur la ville ».

Plus tard, Pronis fait saisir deux des meneurs et les enchaine au pied du grand mat de la citadelle. « L’un devait mourir fou après six mois de ce supplice et l’autre, n’obtenir sa grâce qu’au bout d’un an » (chronique rapportée par Engelvin). « Se faisant ensuite amener 12 autres de ces hommes, il leur fit, par dérision, raser barbe et cheveux et les fit comparaitre devant lui, en chemise et la corde au cou, avant de les condamner à être déportés dans l’ile Mascareigne (Bourbon ou La Réunion). » Le Bourg prend livraison des condamnés, les enferre au pied des mats du « Saint-Laurent » et les transporte dans cette ile où il les abandonne sans vêtement sur la plage.

Pourtant, Pronis commettra bientôt une nouvelle faute plus grave, mais il n’en porterait pas seul la lourde responsabilité. Le Bourg revient un jour accompagné d’un navire à bord duquel un certain Van der Mester se trouve pour chercher des esclaves qu’il lui a promis. Le Bourg ne sait pas encore où les prendre. Il s’en ouvre à Pronis qui, devenu son obligé, « lui livra 70 indigènes » (Urbain Faurec). Ce sont d’abord ses propres domestiques puis, chose plus grave, des habitants des environs qu’il attire au fort « sous la fallacieuse promesse d’une distribution gratuite de provisions » et qu’il embarque de force à bord du navire « après les avoir fait lier deux par deux »…

Le 15 décembre 1648, débarque à Fort Dauphin un envoyé de la Compagnie en voyage d’inspection. Il s’agit d’Étienne de Flacourt, un des hauts personnages et actionnaires de la Compagnie. À la suite des rapports de Le Bourg qui inquiètent ses pairs, il a pour

« mission de s’informer sur la cause des désordres, renvoyer en France le sieur Pronis et lui faire rendre compte de son administration et du maniement des effets de la Compagnie » (Urbain Faurec).

Flacourt ménage d’abord son prédécesseur et lui confie même une mission jusqu’à l’ile Sainte-Marie. Mais comme il est de caractère versatile, il le malmène bientôt, le maltraite même, et en février 1650, Pronis s’embarque pour la France. Il reviendra cinq ans plus tard pour relever Flacourt qui gouverne la Colonie de 1648 à 1655.

Comme Pronis, il a aussi à faire front à ses administrés et les populations locales. Il

enregistre des succès et aussi des déboires tels qu’il essaie de quitter Fort Dauphin « clandestinement ». « Mais son embarcation ne pouvait affronter la grosse  mer et il revint au logis, assez penaud » (A. Engelvin). Il passe alors la succession à Pronis, revenu de France, et s’embarque le 15 mars 1655 « pour plaider sa cause et celle de la Colonie qui végétait ».

Le 20 mai 1660, Flacourt revient prendre la direction de la Colonie, amenant avec lui

200 personnes. Mais son navire est attaqué par trois navires pirates barbaresques, le feu prend aux poudres, le bâtiment s’engloutit avec presque tous ses passagers. Dix sept survivants sont conduits à Alger comme esclaves. « Flacourt avait disparu. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Commenter cet article