Notes du passé: La linguistique pour expliquer l’origine indonésienne malgache

Publié le par Alain GYRE

La linguistique pour expliquer l’origine indonésienne malgache

14.01.2017 Notes du passé

 

Madagascar est indonésienne, certes, mais elle ne l’est pas exclusivement. Comme le précise Jacques Dez en 1963, « elle est africaine également, mais cette double qualification ne suffit pas à la caractériser. Elle est encore autre chose de différent ». L’auteur cite un domaine où se révèle le « caractère composite de la civilisation malgache », celui de la linguistique et l’importance prépondérante des apports indonésiens dans la formation de « l’actuelle civilisation malgache ».

Selon J. Dez, un certain nombre de techniques figure dans cet héritage : la numération et la mensuration, l’habitat et le mobilier- « celui auquel se réduisent encore les installations intérieures de la maison dans bien des campagnes »- la forge et la poterie, la vannerie et le tissage, la chasse et la pêche, l’agriculture sur brûlis forestier, la navigation, la notion des échanges commerciaux. Les termes fondamentaux en rapport avec ces diverses techniques sont, en effet, communs au malgache et aux langues indonésiennes et dérivent d’une même origine.

Il en est de même pour ce qui concerne le vocabulaire essentiel qui a trait au sentiment religieux, avec la possibilité d’exprimer les notions de divinité, de sacré, d’interdit, de destin. Pour parler de l’être humain, de la vie, de la mort, pour désigner les relations de famille, pour décrire le corps humain et ses techniques (le manger, le boire, le dormir, l’usage des cinq sens, le porter, le marcher, la respiration, la parure), on use également de nombreux termes de même origine. De nombreux faits de l’intelligence ou des actions accomplies par le corps peuvent être précisés dans les mêmes conditions.

« Tous les termes essentiels qui ont trait aux quatre éléments (eau, feu, terre, air) peuvent être aussi rapportés à la même origine, il ne parait pas déplacer d’affirmer que la civilisation malgache procède d’un fonds culturel indonésien considérable, mais dont on ne sait encore dater  l’époque. »

Et J. Dez de poursuivre : « Si la présence en malgache de certains vocabulaires d’origine indonésienne doit être considérée comme significative, l’absence de certains autres ou leur insuffisance l’est tout autant. » C’est ainsi que, malgré l’importance du domaine végétal et animal, on ne trouve que relativement peu de noms malgaches de plantes ou d’animaux qui puissent être rapprochés de termes indonésiens.

Parmi ces mots, des noms de gros animaux aquatiques en rapport avec des espèces que l’on peut trouver de part et d’autre de l’océan Indien (par exemple, crocodile, tortue marine). « Le milieu naturel malgache était différent du milieu naturel indonésien à bien des égards, pour que des immigrants de civilisation indonésienne n’aient pu trouver l’occasion d’utiliser leur vocabulaire usuel dans ce domaine. On transporte évidemment plus aisément au-delà des mers des idées et des techniques que des animaux ou des plantes. »

J. Dez ajoute que « plus troublante » est la constatation de l’absence totale de termes malgaches d’origine indonésienne relatifs à la rizière irriguée. Ceux dont on use à cet effet à Madagascar, n’ont encore pu être rattachés à rien d’autre de connu dans les années 60. « La linguistique ne peut même pas affirmer d’une façon scientifiquement sûre que le nom malgache du riz soit d’origine indonésienne, bien que cela ait toujours paru des plus vraisemblables. »

Il rattache aussi l’origine des termes ayant trait aux animaux domestiques aux langues du groupe bantou. Car, écrit-il, les rapprochements avec les langues de ce groupe soulèvent un problème particulier. « On croit que les mots bantous (et les choses désignées par ces mots) sont venus de l’Afrique par l’intermédiaire du swahili (langue de ce même groupe) parlé sur la côte orientale d’Afrique et aux Comores. »

L’auteur donne les conclusions les plus récentes des recherches linguistiques (en 1960). Elles conduisent à penser qu’il y aurait eu contact lointain (mais où  ) avec certaines populations bantoues dont les descendants seraient de l’intérieur de l’Afrique orientale, de la civilisation des immigrants venus de l’Est par la mer. Le tout forme le fonds actuel de la civilisation traditionnelle malgache. Cela se traduit par l’usage de certaines espèces animales domestiques (bœuf, mouton, chèvre, âne, chien, poule, pintade), l’utilisation des peaux d’animaux abattus et la connaissance de certaines cultures sèches (mil, patates).

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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